«La sécurité absolue du nucléaire, seuls les imbéciles peuvent y croire», selon Corinne Lepage

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François Vignal
Le 05.12.2011 à 13:21
«La sécurité absolue du nucléaire, seuls les imbéciles peuvent y croire», selon Corinne Lepage
Corinne Lepage.
© AFP

Un coup d’éclat de Greenpeace qui tombe en pleine campagne et alors que le débat sur le nucléaire divise la classe politique. Des militants de l’association ont réussi à s'introduire dans plusieurs centrales nucléaires, dont celle de Nogent-sur-Seine « pour faire passer le message que le nucléaire sûr n'existe pas ». Selon la candidate à la présidentielle Corinne Lepage, « il est très important de pouvoir juger de la fragilité du système. Il faut très certainement revoir les procédures de sécurité ». La présidente de Cap 21 « n’ose imaginer ce qui se passerait avec la chute d’un avion ». Entretien.

Des militants de Greenpeace se sont introduits dans la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine. La sécurité des centrales est-elle suffisante en France ?
La preuve que non. J’avais souligné dans mon livre, « La vérité sur le nucléaire », que nous étions très mal préparés au risque d’accident, ainsi que le danger de la sous-traitance. Cela fait tomber un mythe, que seuls les imbéciles peuvent croire : celui de la sécurité absolue du nucléaire. Je ne dis pas qu’EDF fait mal son travail, mais cette sécurité n’est pas à l’échelle humaine. Cela pose des questions. On a affaire à une société nationale qui vit de la rente nucléaire. Or elle utilise cette rente pout tout sauf la sécurité nucléaire. Il suffit de regarder la manière dont sont faits les investissements, par exemple pour racheter British energy, ou des rachats plus ou moins ratés en Amérique du Sud.

Greenpeace provoque les autorités françaises on leur disant « à eux de retrouver les militants » qui se sont introduits dans les centrales. Le ministère de l’Intérieur a annoncé une fouille « approfondie » de toutes les centrales. On a l’impression d’un jeu de cache-cache dans les centrales… La preuve de failles dans la sécurité ?
Oui. Il est très important de pouvoir juger de la fragilité du système. Il faut très certainement revoir les procédures de sécurité. Je n’ose imaginer ce qui se passerait avec la chute d’un avion. La France a refusé que les stress tests sur l’évaluation de la sûreté des centralesrépondent à un certain nombre de risques.

Il y a un risque en cas d’attentat par avion ?
Les centrales n’ont pas été conçues pour supporter un choc au-delà d’un Cessna... (petit avion de tourisme monomoteur à hélice, ndlr). Que faire pour éviter une tentative d’attentat ? Le sujet est posé.

On a vu Nicolas Sarkozy attaquer François Hollande sur la question du nucléaire, suite à l’accord entre le PS et Europe Ecologie-Les Verts. Ce sera l’une des questions de la campagne ?
Pour moi, la question essentielle est celle de l’avenir industriel français. Le choix du tout nucléaire que fait Nicolas Sarkozy est economiquement suicidaire pour l’avenir de la France. On parie sur le fait qu’on va continuer à vendre des centrales au monde, ce qui ne se passe pas. On ne vend aucun EPR. Pendant ce temps, on refuse de développer l’industrie liée aux industries renouvelables.

Le sommet européen du 8 et 9 décembre est à nouveau annoncé comme crucial. Pensez-vous que Nicolas Sarkozy est à la hauteur ?
Je pense que dans le discours de Toulon il y a une incohérence de fond : on ne peut pas dire qu’il faut passer à un stade supérieur de l’Europe, avec moins de souveraineté, et revenir à un système intergouvernemental, qui est le contraire de la construction européenne telle qu’elle s’est faite. Angela Merkel est opposée à Nicolas Sarkozy. Elle veut un système européen et non intergouvernemental, un contrôle des règles par la Cour de justice européenne, et Nicolas Sarkozy par le Conseil, soit le politique. Et elle ne veut rien entendre sur la Banque centrale européenne. L’urgence, c’est la confiance. Mais cela passe par des mesures qu’on ne prend pas : sur les recettes, la gabegie et
la probité.

Une plus forte orthodoxie budgétaire est donc indispensable ?
Il est clair qu’on ne peut pas continuer à dépenser plus qu’on ne gagne. Mais il faut séparer l’investissement du fonctionnement. Et sur l’investissement, nous sommes en manque criant. Le risque est de construire une récession qui augmente le déficit public. C’est le risque de la politique mise en place.

Vous allez à la conférence sur le climat de Durban, en Afrique du Sud. Apres Copenhague, qui a fait du bruit, personne n’en parle ou semble s’y intéresser. Est-il difficile de parler changement climatique en temps de crise ?
L’humanité se suicide tranquillement. Ce n’est pas une question de mode ou de priorité, mais les gouvernants ne veulent pas comprendre que la crise climatique et financière sont la même question : celle d’une très mauvaise allocation des ressources. Je vais donner une image : une maison où l’occupant renforce sa porte pour lutter contre un cambrioleur, alors que la maison brûle. C’est  exactement ça. Des bouleversements nous attendent à court terme du fait de l’impossibilité de limiter à court terme les émissions de gaz à effet de serre. Certains veulent renforcer les frontières, mais si on ne peut plus vivre en Afrique du Nord, ça va être intéressant comme sujet… Il faut avoir une approche transversale des sujets et bâtir un nouveau modèle économique qui mêle industrie, finance et écologie.

Où en êtes-vous des 500 signatures qui vous permettront de vous présenter ?
J’avance. Je n’ai pas de compteur jour par jour. Je compte bien les obtenir. Au risque de décevoir certains. La voix d’une femme libre, qui ne dépend pas de l’appareil d’un parti, ça dérange tout le monde.

Donnez-vous des consignes de vote pour le second tour ?
Pas encore. Pour l’instant je me bats de manière à peser. Mais il est clair que je ne souhaite pas la réélection de Nicolas Sarkozy.

 
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