«Sarkozy a la capacité quasi maladive d’intervenir dans les médias»

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François Vignal
Le 05.11.2010 à 18:56
sarkozy - AFP
© AFP

Le groupe PS de l’Assemblée nationale demande « la création d'une commission d'enquête parlementaire sur les éventuelles surveillances confiées à la DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur) et visant des journalistes, et sur le respect de la protection de leurs sources ». Ce qu’a annoncé jeudi Patrick Bloche, secrétaire national du PS chargé des médias. Explications.

Avez-vous des soupçons sérieux quand à l’implication du pouvoir ?
Il y a suffisamment d’affaires qui se cumulent dans le temps, ne serait-ce que ces derniers jours : les vols d’ordinateurs de trois journalistes qui enquêtent sur le même sujet, ce que dit Le Canard enchaîné du rôle qui serait celui de la DCRI, la géolocalisation des journalistes qui travaillent sur l’attentat de Karachi. Sans revenir sur Le Monde et la protection des sources. Et quand on essaie d’accumuler des informations touchant à ce que peut être la vie d’un journaliste, c’est pour en faire un moyen de pression. Cette accumulation nous amène à dire que ça entretient le doute. Il faut que la lumière soit faite. Le mieux est de lancer une commission d’enquête. Elle permet de mener des auditions et sa composition est pluraliste.

Votre demande va-t-elle aboutir ?
Nous verrons. Mais nous seront peut-être amené à utiliser notre droit de tirage qui permet d’obtenir la création d’une commission d’enquête. Comme Brice Hortefeux nous dit que la DCRI n’est pas la Stasi, raison de plus pour faire une commission et lever le doute, s’il y a doute, ou confirmer le fait qu’il y a des dérives et reflexes assez malsains de vouloir surveiller les journalistes quand ils mènent des investigations. Or c’est la base de la liberté de la presse.

Plus généralement, comment jugez-vous le rapport du pouvoir face aux médias ?
Il y a ce rapport de surveillance ainsi qu’une capacité d’interventionnisme assez systématique. La nomination de Pierre Sled à France 3 en est le meilleur exemple. Et bien sûr la réforme de 2009 sur l’audiovisuel public et le droit de nomination de ses présidents. Depuis trois ans, la liberté d’expression et le pluralisme de l’information ne se portent pas très bien en France.

La surveillance des journalistes n’est-il pas un mal français ? François Mitterrand avait mis sur écoute des journalistes en son temps…
Je ne dis que c’est tout blanc ou tout noir. Je ne suis pas dans une démarche manichéenne. Mais François Mitterrand n’est plus Président depuis 15 ans et incontestablement, lui n’avait pas cette capacité quasi maladive d’intervenir systématiquement dans les médias et ne s’était pas accordé de droit d’intervention et de nomination.

 

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