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Sarkozy à Drancy, venu «voir le rabbin à côté du pasteur, de l’imam et du curé»

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François Vignal, à Drancy
Le 10.04.2012 à 18:32
Sarkozy à Drancy, venu «voir le rabbin à côté du pasteur, de l’imam et du curé»
Nicolas Sarkozy dans un restaurant portugais de Drancy (Seine-Saint-Denis), avec Jean-Christophe Lagarde (à gauche) et Nathalie Kosciusko-Morizet (à droite).
© AFP
Nicolas Sarkozy s’est rendu en banlieue parisienne. Un déplacement annoncé à la dernière minute. Au programme, rencontre avec des responsables religieux, «hommage» à la communauté berbère et attaques contre Hollande, qui «ne dit rien» sur les banlieues.

10h38. Un mail du service presse de Nicolas Sarkozy annonce son déplacement le jour même à 12 heures en Seine-Saint-Denis. A 11 heures, un bus part du QG… Direction Drancy, ville du député-maire Jean-Christophe Lagarde, soutien du candidat UMP. Un déplacement annoncé à la toute dernière minute. Afin d’éviter tout comité d’accueil ? On sait que les rapports entre Nicolas Sarkozy et les banlieues ont souvent été difficiles. En 2007, le « Kärcher » avait marqué les esprits et causé l’incompréhension. « C’est une incompréhension qui a permis mon élection… » ironise le candidat.

« Je ne peux pas empêcher Tariq Ramadan de rentrer simplement parce qu’il a appelé à voter Hollande »

Dans cette ville du Nord-est de Paris, Nicolas Sarkozy est allé à la rencontre des responsables religieux. Le ton est à la tolérance et l’ouverture, alors que la gauche accuse le Président sortant de diviser les Français et de jouer sur les peurs.  « C’est important de voir à Drancy le rabbin à côté du pasteur, de l’imam et du curé », lance à la sortie le candidat, « ils se comprennent et se rencontrent ». « Les religions ne sont pas l’ennemi de la République », assure-t-il. Avec ses 650.000 personnes en France, Nicolas Sarkozy salue « la communauté juive, la deuxième du monde ». Il ajoute : « Quand un Juif est insulté, c’est une tache sur le drapeau tricolore français ».

Il justifie d’avoir refusé la venue en France de prédicateurs musulmans, ou d’avoir « expulsé des gens qui tiennent des propos radicaux ». De quoi « protéger » les musulmans contre « les amalgames » sur l’Islam, affirme le Président-candidat. Un responsable de la communauté musulmane fait alors remarquer à Nicolas Sarkozy que certains de ces « gens » sont « soutenus par le Qatar, grand ami de la France »… Réponse un peu gênée du candidat, qui préfère attaquer le « double langage » de Tariq Ramadan, « l’homme qui proposait un moratoire sur la lapidation des femmes adultères. Il est toujours sur le fil du rasoir. Mais je ne peux pas l’empêcher de rentrer simplement parce qu’il a appelé à voter pour François Hollande ! »

Hollande n’a « pas une seule idée » sur les banlieues

Ce déplacement en banlieue est l’occasion pour le candidat UMP de défendre « les 45 millions » du plan de rénovation urbaine, lancé par « Jean-Louis Borloo », et d’attaquer le candidat socialiste. « Il a passé deux jours dans les banlieues et pas une seule idée. Rien », lance-t-il. A l’inverse, il se dit « très impliqué dans la vie des quartiers ».

La pluie s’intensifie. Nicolas Sarkozy s’engouffre dans sa Peugeot dernier modèle. Direction le centre culturel berbère de Drancy. « Il n’y a pas d’autres lieux comme celui-ci », assure son responsable. Il accueille le candidat : « L’un des pères de l’Eglise, Saint Augustin, est un berbère », rappelle-t-il. « C’est connu. Enfin moi je le sais », lui répond le candidat, pas mécontent. Il tient à « rendre hommage à la communauté berbère, sa langue, sa culture ». Il continue : « C’est une communauté extrêmement nombreuse en France, qui n’a jamais posé de problèmes d’intégration ». Il salue ses « capacités de travail ». Il est près de 13 heures. Sarkozy a faim. Petit tour sur la table dressée dans la salle, remplie de produits berbères. Quelques bouchés de galette traditionnelle. « C’est pour ça que je fais du vélo », rigole le candidat. Les « you you » accompagnent son départ. Sur le pas de la porte, le service de presse cherche une caméra : on attend la TV berbère. Le candidat répond à trois questions, avant  de repartir. Au bout de la rue, sous son parapluie, Evelyne attend. Elle n’a rien vu, ou presque. « C’est la campagne, c’est sûr. Jusque là, personne n’était venu », remarque cette habilitante, baguette sous le bras.

Déjeuner portugais à la « Ferme du coq »

Dernière étape de sa sortie en banlieue : un déjeuner dans un restaurant portugais, avec des jeunes du service civique. Au menu, accras de morue en entrée et Chorizo grillé, morue au four en plat, fromage blanc. Nom de l’établissement : Quinta Do Galo. En français, la Ferme du coq… « Il a dit que l’école, ce n’est pas que pour travailler dans les bureaux, mais aussi pour faire des travails manuels », raconte à la sortie une employée. Selon Nicolas Sarkozy « la clef, c’est la formation professionnelle ».

Après sa visite à Meaux, avec Jean-François Copé, et Valenciennes, aux côtés de Jean-Louis Borloo, cette visite de deux heures est pour Nicolas Sarkozy le moyen de « prendre le temps de voir les gens des quartiers ». Et de se démarquer de François Hollande. Lors de sa visite vendredi à Vaulx-en-Velin, près de Lyon, le candidat PS a eu cette formule : « Les banlieues n'attendent pas un plan Marshall - d'ailleurs elles ne savent même pas qui était M. Marshall - mais de la considération, du respect et des politiques durables ». « En banlieue, on sait qui est M. Marshall », lance en échos Jamal Guenaoui, responsable de l’association de Drancy « Changeons de regard », pendant que Sarkozy finit de répondre aux journalistes devant le restaurant. Se disant « ni de droite, ni de gauche », l’homme apprécie cependant que « le Président se soit déplacé ». Il aime moins François Hollande : « Qu’il arrête de nous prendre pour des cons ». Les quelques badauds présents jouent des coudes pour prendre une photo avec Nicolas Sarkozy. La visite s’est passée sans heurts. Nicolas Sarkozy peut remonter dans sa voiture. Le convoi file. Il pleut toujours à Drancy.