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Sarkozy et la presse : «Je t’aime moi non plus»…
Le chaud et le froid. Pour ses derniers vœux à la presse du quinquennat, Nicolas Sarkozy a joué l’originalité : court, pas de questions et un long parallèle entre lui et le « couple » qu’il forme avec les journalistes…
Le chaud
Sa phase de reconquête passe aussi par la presse. « Vous faites un beau métier », un « métier irremplaçable » « vous êtes chanceux », flatte le chef de l’Etat. Il s’inquiète du rythme et des déplacements qu’il impose aux journalistes accrédités à l’Elysée : « Vos familles doivent souffrir parfois. Mais à la différence de moi, on n’en parle pas »… Face au poids grandissant des réseaux sociaux, « où chacun devient acteur de la vie politique », Nicolas Sarkozy défend le travail des titulaires de la carte de presse : « Je crois qu’on est à l’aube d’une nouvelle reconnaissance du métier de journaliste ». Alors que La Tribune vient de mettre fin à son édition quotidienne papier, et après les graves difficultés de France Soir, il s’inquiète : « Si la presse écrite disparaît, vous verrez que le tour de la télé et de la radio viendra ».
Le froid
Nicolas Sarkozy, l’air de rien, balance ses piques à la presse. A l’heure des buzz, qui font les choux gras d’Internet, il dénonce les comportements « moutonniers ». « Il y a du bruit à un endroit de la sphère. Tout le monde va où il y a du bruit. (…) On se passionne pour tout et parfois pour rien ». Evoquant les difficultés de la presse, il commence ainsi : « Je ne le dirai pas car ça a un côté humiliant »… avant de le dire quand même : l’Etat a donné « 580 millions d’euros d’aides supplémentaires ». Il regrette le manque de neutralité des médias – « La France est un pays où la presse est tellement libre qu’elle n’est pas obligée d’être impartiale » – et pointe ses erreurs – « imaginez un monde où la presse ne se tromperait pas, où ses pronostics ne seraient pas déjoués »…
Le couple
Et le couple. Voilà comment Nicolas Sarkozy voit sa relation avec les journalistes. Etonnant. Une familiarité pour le moins osée ? Ou simplement des propos qui ont le mérite de la franchise ? « Je ne détecte dans notre couple aucun des stigmates annonciateurs d’un divorce », commence le chef de l’Etat, comme pour vouloir se rassurer et rassurer sa moitié. « Vous les connaissez : d’abord la lassitude. Franchement, je ne détecte pas de lassitude. Ensuite votre exigence. Je vous remercie. Avec moi, vous ne renoncez pas ». Le chef de l’Etat continue : « Notre couple est vivant. Mais dans un couple, il faut se dire les choses ». Il va crever l’abcès.
Si tu reviens j’annule tout
Sourire en coin, Nicolas Sarkozy ironise : « Je voix bien vos tentatives pour me remplacer, pour essayer autre chose, pour espérer ailleurs. Jusqu’à présent vous êtes toujours revenus ». On l’imaginerait presque dire « si tu reviens, j’annule tout ». Voilà surtout le chef de l’Etat qui, l’air de rien, décrit une profession à sa botte. Un couple. Mais où les journalistes seraient les dominés. Lors de la campagne présidentielle de 2007, les relations entre l’ex-candidat et la presse étaient parfois spéciales. Nicolas Sarkozy avant su créer de bonnes relations, comme l’a fait d’une certaine manière François Hollande aujourd’hui. Parfois, le résultat n’était pas très glorieux pour la profession. Lors d’une visite en Camargue, caméras, rédacteurs et photographes était entassés dans une charette pour suivre un Nicolas monter son cheval, Ray-Ban sur le nez.
Ce mardi, à l’Elysée, il se souvient : « Je suis passé aussi vis-à-vis de vous par des hauts et des bas. Au début, on a tellement envie de séduire. Rien n’est trop beau pour vous convaincre. On prend pour des trahisons ce qui n’est au fond qu’une liberté professionnelle. Puis on vous aime beaucoup moins. Puis, avec l’expérience, on se dit que tous ces rapports n’ont pas leur place entre responsables politiques et journalistes ». Finalement, la presse libre, c’est mieux ? Pour le Président, « c’est le mot de sentiment » qui ne convient pas. « Quand on met des sentiments dans des rapports professionnels comme nous avons, on se trompe. Quand on y met du professionnalisme, on s’apaise ». Et d’ajouter : « On découvre que la seule façon de progresser, c’est d’être critiqué. Et là merci ».

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