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Les Schtroumpfs staliniens et nazis ? L’auteur du « Petit livre bleu » s’explique

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François Vignal
Le 01.06.2011 à 09:05
Les Schtroumpfs staliniens et nazis ? L’auteur du « Petit livre bleu » s’explique
Antoine Buéno, auteur du Petit livre bleu.
© AFP

Son livre, avant même sa sortie, a suscité la polémique sur Internet. Antoine Buéno, écrivain, chargé de mission au groupe centriste du Sénat, enseignant à Science Po et plume de Bayrou en 2007, sort ce mercredi le Petit livre bleu (Ed. Hors Collection). Il y explique pourquoi « les Schtroumpfs sont l’archétype d’une utopie totalitaire empreinte de stalinisme et de nazisme », non sans revendiquer « une part d’autodérision ». Entretien.

Pourquoi avoir écrit ce Petit livre bleu ?
Cela fait plusieurs années que je suis sur la question. J’ai commencé à m’y intéresser au début des années 2000. Il y a eu une première théorie de base que j’ai insérée dans un roman, Triptyque de l'asphyxie. Puis ça a donné ce Petit livre bleu.

Plusieurs caractéristiques de l’œuvre m’ont amené à m’y intéresser. J’ai cherché une analyse, et je n’en ai pas trouvé. Je m’y suis mis. Ma théorie est que les Schtroumpfs sont l’archétype d’une utopie totalitaire empreinte de stalinisme et de nazisme.

Une utopie, parce que c’est une société de félicité, une collectivité sans argent, en autarcie, stable. Le communisme, on le trouve dans la collectivisation, la condamnation de l’argent, les grands travaux. Puis il y a l’uniforme rouge du grand Schtroumpf. Le nazisme, c’est le racisme avec le Schtroumpf noir, le faciès de Gargamelle qui rappelle les caricatures antisémites. Le fait qu’il est accompagné d’un chat qui s’appelle Asraël. Il est mu par la cupidité. Et il y a la sublimation de la blondeur de la Schtroumpfette.

La chose la plus importante, c’est que l’auteur des Schtroumpfs, Peyo, n’a pas voulu les caractéristiques que je souligne. Il n’était pas du tout politisé. Mais une œuvre populaire peut véhiculer des choses même si ce n’est pas voulu. Ça dit des choses de l’époque et de la société, et comment les stéréotypes peuvent être en en décalage avec la société qui a évolué. Pour faire un méchant, on ne fait pas un grand blanc aux yeux bleus. Les stéréotypes ont la vie dure.

Votre ouvrage, avant même sa sortie, a suscité la polémique…
Oui, elle a vite grandi. Elle est née d’une dépêche AFP il y a un mois. Je m’en suis pris plein la figure, mais les accusations portent sur du vent. On me reproche quelque chose d’affectif. C’est « touche pas à ma madeleine, touche pas à mes Schtroumpfs ». Soit je suis un âne. Soit je suis un escroc qui fait un coup de pub… Je n’ai pas répondu à toutes ces insultes jusqu’ici. Maintenant je sors de ma réserve. Ma démarche est sérieuse et potache à la fois. Bien entendu il y a une part d’autodérision. Il est intéressant d’associer des concepts de sciences politiques aussi lourds et des œuvres populaires. Il faut regarder TF1 avec les lunettes d’Arte et Arte avec les lunettes de TF1. On s’amuse beaucoup plus quand on est en décalage. C’est très enrichissant quant à la compréhension qu’on peut avoir de la société. C’est juste un moyen de mieux la comprendre.

Et la polémique sort même des frontières de l’hexagone…
Oui, elle est européenne maintenant. J’ai reçu des journalistes de Suède, d’Allemagne, du Danemark. Ils en ont parlé en Italie, en Espagne.

Vous vous êtes fait schtroumpfer avec cette polémique ?
Je suis très honnête et cash. D’un coté ça ne me fait pas plaisir de me faire traiter d’abruti et d’escroc. D’un autre je ne vais pas me plaindre qu’on parle de mon livre. Il faut assumer.

La prochaine fois, Astérix ?
Non, c’est fait. Tintin aussi. Mes collègues me parlent des Chevaliers du Zodiac (manga rendu célèbre en France par le Club Dorothée dans les années 90 sur TF1, ndlr) !

Et Ken le survivant (manga violent dont la version dessin animé passait aussi à la télévision dans les années 90) ?
Ken le survivant, j’aurais beaucoup à dire. C’est une œuvre d’anticipation d’un monde post-apocalyptique qui m’intéresse…