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Ségolène Royal mise sur le nucléaire, les écologistes sont en fusion

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Simon Barbarit
Le 29.02.2016 à 18:27
Ségolène Royal mise sur le nucléaire, les écologistes sont en fusion
© AFP

« Le feu vert » de Ségolène Royal au prolongement de la durée de vie des centrales nucléaires françaises creuse un peu plus la fracture entre le gouvernement et les écologistes. Construites pour fonctionner 40 ans, elles pourraient passer à 50 ans voire plus…

Les écologistes ont été cueillis à froid en apprenant, dimanche, que la ministre de l’Ecologie, Ségolène Royal était prête à donner « son feu vert » au prolongement de 10 ans de la durée de vie des centrales nucléaires. Pour le Secrétaire national par interim EELV, David Cormand, la ministre signe là, la fin de l’écologie et « la mort » de la loi Transition Energétique adoptée l’année dernière. Le texte prévoyait notamment de passer de 75% à 50% la part du nucléaire dans la production électrique de la France à l’horizon 2025. « Il y a un gros problème de cohérence et de constance dans la stratégie énergétique du gouvernement. Les conséquences des objectifs de la loi Transition Energétique devaient nous conduire à fermer 17 à 20 réacteurs sur les 58 dont nous disposons, pas de les prolonger de 10 ans » note-il.

Jean-Vincent Placé appelle Royal au pragmatisme

 Une annonce d’autant moins facile à avaler qu’elle intervient 15 jours après le dernier remaniement et l’entrée de 3 écologistes au gouvernement. Et justement ce lundi, le nouveau Secrétaire d’Etat à la réforme de l’Etat et ancien président du groupe  écolo du Sénat, Jean-Vincent Placé a dû sortir les rames pour commenter les déclarations de Ségolène Royal. « Attention pas toutes les centrales » a-t-il modéré. « C'est à dire qu'il y aura quelques centrales qui auront vocation à être modernisées. Mais je le dis aussi pour mes collègues du gouvernement. Attention, la filière nucléaire aujourd'hui telle qu'elle est, avec les échecs de l'EPR, et en Finlande et à Flamanville est plutôt au bord de la faillite. Donc très sincèrement, je ne vois même pas comment on va trouver l'argent pour prolonger » a-t-il déclaré avant d’ajouter qu’un prolongement de 10 ans se « heurterait à un problème de réalisme et de pragmatisme ». Thomas Porcher professeur d’économie à la Paris school of business pointe lui l’antinomie du discours de Ségolène Royal : «  la ministre assure que le prolongement de la durée de vie des centrales s’inscrit dans les objectifs de la baisse de la part du nucléaire. Or le parc nucléaire français est déjà en surcapacité, les coûts de ce prolongement empêchent la substitution progressive des énergies renouvelables ».

« Bravo Madame la ministre »

Une fois n’est pas coutume, c’est à droite que Ségolène Royal a reçu du soutien. Le président (LR) du groupe d’étude Energie au Sénat, Ladislas Poniatiowski s’est même fendu d’un « bravo Madame la Ministre ». « Je comprends que sa majorité la pousse à être prudente, mais je pense qu’elle pourrait faire encore un effort supplémentaire, et pourrait monter jusqu’à 60 ans » a-t-il incité. Jean-Bernard Levy, le PDG d’EDF, avait lui-même vendu la mèche dans ce sens à la mi février affirmant que « l’Etat avait donné son accord » pour moderniser le parc actuel de façon à ce que sa durée de vie monte de « 50 à 60 ans », « sous réserve que la sécurité nucléaire soit garantie ». Comme l’a précisé Ségolène Royal hier, c’est en effet dans les mains de l’Autorité de sûreté nucléaire que relève la décision finale. Une autorité administrative indépendante qui, comme son nom l’indique, est chargée de contrôler la sécurité des sites. « Il serait en effet absurde de ne pas prolonger leurs durées de vies dans la mesure où elles sont en bon état. Dès le départ elles ont été construites avec des normes de sécurité plus élevées que les centrales américaines » assure Ladislas Poniatiwski. Outre-Atlantique, du reste, la NRC, l’autorité de sureté nucléaire envisage, elle, de prolonger de 60 à 80 ans la durée de vie des parcs.

L’argument économique sujet à caution

Autre argument mis en exergue par la ministre de l’Environnement : la baisse des prix. Arguant que ces centrales exploitées par EDF « sont déjà amorties », elles produiront « une électricité meilleur marché ». « Faux », lui a répondu une nouvelle fois David Cormand, « l’énergie électrique d’origine nucléaire c’est 120 euros le coût du mégawattheure contre 80 euros pour le renouvelable ». Pour Thomas Porcher, c’est surtout la stratégie énergétique à long terme de la France qui est ici mise en question. « Les parts de marché sont aujourd’hui dans le renouvelable. Depuis la catastrophe de Fukushima, le nucléaire a mauvaise presse. Le Japon ou l’Allemagne ont fortement réduit leur demande en la matière. Les Etats-Unis, eux, investissent dans le gaz de schiste. De plus, le coût du nucléaire en France est croissant. L’EPR de Flamanville est un fiasco. Sa mise en service est repoussée fin 2018 et devrait coûter 9 milliards d’euros, très au-delà des 3 milliards initiaux. Sans oublier l’instabilité réglementaire et des tergiversations politiques qui entourent des énergies renouvelables. Alors qu’en Allemagne, il existe un consensus autour de la promotion des énergies renouvelables, en France, on peut dire que le seul consensus est sur le nucléaire ».

Sur l’argument économique de Ségolène Royal, c’est encore le sénateur Les Républicains Ladislas Poniatowski qui assure le service après-vente. Il  pointe l’avantage de l’électricité d’origine nucléaire sur le renouvelable « plus cher car subventionné ». « C’est vrai que le parc nucléaire français est en surcapacité, mais pas toute l’année. En hiver par exemple ce n’est pas le cas. Nous continuons à faire des bénéfices en vendant notre électricité à nos voisins européens. Par ailleurs, l’électricité allemande est taxée 3 fois plus qu’en France » rappelle-t-il.

EDF demande à l'Etat une augmentation des tarifs pour les particuliers

Il n’en demeure pas moins que cette annonce d’une « électricité meilleur marché » d’origine nucléaire semble sujette à caution. Si pour l’instant l’Etat, actionnaire majoritaire d’EDF, n’a pas répercuté le coût réel des investissements du groupe sur les tarifs, la donne pourrait bientôt changer. Alors que la dette de l’électricien français s’élève à 37,4 milliards d’euros, le prolongement de son parc nucléaire coûterait 100 milliards d’ici 2030, selon la Cour des Comptes. Sans compter le rachat de l’activité réacteur d’Areva, le retard pris sur l’EPR de Flamanville ou encore sa participation au projet Cigéo d’enfouissement des déchets nucléaires, dont le coût a été fixé à 25 milliards par le ministère de l’Environnement. On comprend mieux pourquoi, le mois dernier, le patron d’EDF, Jean-Bernard Levy a demandé à l’Etat de pouvoir augmenter les tarifs pour les particuliers. On comprend moins par contre la communication de Ségolène Royal.