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Le sénateur Nicolas About nommé au CSA, l’opposition s’interroge

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François Vignal, avec Alexandra Colinot et Tâm Tran Huy (images)
Le 21.01.2011 à 20:09
Le sénateur Nicolas About nommé au CSA, l’opposition s’interroge
Nicolas About.
© AFP

Gérard Larcher a nommé au CSA Nicolas About, président du groupe centriste du Sénat. Il «fera bénéficier de son regard d’élu», selon le président du Sénat. L’ex-ministre de la Culture Catherine Tasca évoque un «soupçon de politisation». La gauche s’interroge sur les conséquences pour les sénatoriales.

L’information avait fuité dans la presse ces derniers jours. Gérard Larcher allait nommer un parlementaire au Conseil supérieur de l’audiovisuel. L’heureux élu n’est autre que Nicolas About, président du groupe Union centriste du Sénat. Sa nomination a été annoncée ce vendredi. Il doit par conséquent quitter tout mandat électif. « Comme conseiller du CSA, Nicolas About fera bénéficier de son regard d’élu la collégialité du CSA et participera au renforcement de son rayonnement », selon un communiqué de Gérard Larcher.

Nicolas About, ancien président de la commission des affaires sociales de 2001 à 2009, « entend s’engager au service d’une télévision plus accessible aux personnes handicapées et protectrice de la jeunesse, mais aussi œuvrer en faveur du respect de la diversité, dans tous les sens du terme, des origines au handicap », poursuit le communiqué de la présidence du Sénat.

« C’est un grand honneur », a réagi Nicolas About. « C’est une chance extraordinaire de passer de l’application des lois après y avoir réfléchi ». C’était « un souhait », précise-t-il. « Je ne m’en étais ouvert à personne ». Il entend apporter son « expérience » sur la « diversité, la protection de la jeunesse, de l’enfance, le pluralisme. J’ai eu l’occasion de travailler sur tout ces sujets ».

Regardez Nicolas About :

Interrogé par publicsenat.fr, Patrick Bloche, secrétaire national du Parti socialiste chargé des médias s’étonne. « C’est une décision qui amène à nommer des gens qui ne sont pas spécialement reconnus dans l’audiovisuel : Francine Mariani-Ducray, ancienne directive des musées de France (nommée par l’Elysée, ndlr), Nicolas About, ancien président de la commission des affaires sociales. Depuis 14 ans que je suis député, je ne l’ai jamais rencontré sur les questions liées aux médias. C’est une nomination de néophytes », juge Patrick Bloche. Qui ironise : « Au moins il doit être téléspectateur ! »

Le député-maire du XIe arrondissement de Paris souligne aussi que le CSA est « une autorité administrative indépendante. C’est toujours bizarre de recycler des politiques dans une autorité indépendante ». Catherine Tasca, vice-présidente PS du Sénat et ex-ministre de la Culture et de la communication, parle elle d’un « soupçon de politisation » du CSA.

« Je suis un homme libre », assure Nicolas About, qui rappelle être « un centriste proche du modem à l’origine », avant de le quitter pour rejoindre le Nouveau centre. « Je ne suis pas sûr que le pouvoir cherche un allié à travers moi. (…) Et à compter de ce jour je n’appartiens plus à aucune formation » (voir dans la vidéo).

« Opérations d’exfiltration de sénateurs », selon David Assouline

Sa nomination n’est pas sans conséquences pour le Sénat. Elle prend effet à compter du lundi 23 janvier. Il doit laisser sa place à sa suppléante, Rosell Cros. Il laisse aussi vacante la présidence du groupe. Autre conséquence : Nicolas About ne sera pas candidat lors du renouvellement de la moitié des sénateurs en septembre. Elu des Yvelines, il devait figurer sur la liste du président du Sénat. « Le président Larcher m’avait proposé d’être son suivant de liste, mais je crois que j’ai accompli toute ma vie politique. J’ai été comblé par les responsabilités qui m’ont été accordées et aujourd’hui j’aspire à autre chose », explique Nicolas About (voir la vidéo).

Au Sénat, cette nomination laisse dubitative l’opposition. « C’est surprenant », souligne Catherine Tasca. « Le fait que Gérard Larcher choisisse un parlementaire de son département (…) est-ce qu’il y a là de sa part une stratégie d’ensemble ? », se demande l’ex-ministre de la Culture.

Même étonnement de la part du sénateur de Paris David Assouline. Pour le secrétaire national à la communication du PS, la nomination « ne semble pas être le fruit d’un choix bien pensé et réfléchi correspondant à une expérience, à un travail particulier concernant l’audiovisuel, mais plus à des opérations, qui se répètent,  d’exfiltration de sénateurs en fin de mandat ». L’objectif, selon David Assouline est «d’éviter des concurrences et des divisions au prochain renouvellement sénatorial. C’est une drôle de façon de préparer cette élection. Et de tenter d’éviter une victoire de la gauche en septembre prochain ».

« Volonté de l’UMP que le groupe centriste soit moins fort ? » s’interroge Hervé Maurey

Nicole Borvo Cohen-Séat, présidente du groupe CRC (à majorité communiste) va plus loin. Elle dénonce « la stratégie actuelle de nomination de sénateurs dans les organismes indépendants - je dis indépendant entre guillemet - pour régler le problème des sénateurs dont on veut se débarrasser pour en faire élire d’autres ».

Selon la sénatrice communiste, l’idée est de « régler le problème du trop plein de candidats masculins dans les Yvelines. Il y a quatre candidats hommes dans ce département, pour au mieux trois sièges pour la majorité ». Les quatre sénateurs UMP dans les Yvelines sont actuellement Dominique Braye, Bernadette Dupont, Alain Gournac et Gérard Larcher. Nicolas About est élu pour le Nouveau centre. Qui peut bénéficier de la place laissée par About ? « Probablement » Alain Gournac, selon Nicole Borvo Cohen-Seat. « Je suppose qu’il s’est battu comme un chien ».

Et du côté des centristes ? « C’est la reconnaissance de leur travail », sourit d’abord le sénateur Nouveau centre Hervé Maurey. Il est surtout « songeur ». « Il y a beaucoup de nominations ces derniers temps qui visent à ce que le groupe centriste perde un certain nombre de ses membres : à commencer par Christophe Gaudin, nommé préfet. Pierre Fauchon, au Conseil supérieur de la magistrature. Maintenant About », remarque le sénateur. Et Hervé Maurey de se demander : « Est-ce que ça traduit une volonté de l’UMP que le groupe centriste soit moins fort, moins gênant, moins incontournable, en réduisant le groupe au rôle de figurant ? On peut se poser la question. Combien de temps faudra-t-il pour que le groupe centriste passe sous la barre des 15 (qui permet de créer un groupe, ndlr) à ce rythme-là ? », se demande-t-il. Pour le moment, les centristes devront surtout élire un nouveau président de groupe. Il aura la lourde tâche de rassembler les différentes sensibilités centristes du Sénat.