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Sénatoriales dans le Nord : ça grince chez Aubry

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François Vignal
Le 07.12.2010 à 16:10
Sénatoriales dans le Nord : ça grince chez Aubry
La maire de Lille et première secrétaire du PS Martine Aubry, au côté du premier secrétaire de la fédération du Nord Gilles Pargneaux, le 20 septembre 2008 à Paris.
© AFP
La liste PS dans le Nord pour les sénatoriales de septembre 2011 exclut, au nom du renouvellement et de l’équilibre entre territoires, le sortant Bernard Frimat, vice-président du Sénat. Ses soutiens soulignent la présence d’une proche de Martine Aubry à la seconde place de la liste. A sa tête, Michel Delebarre ne cache pas ses ambitions.

« L’ambiance est tendue dans la fédération du Nord » du PS. Mais quelle mouche a piqué Joël Jaspard, responsable de la section socialiste de Valenciennes ? C’est la liste PS pour les sénatoriales de 2011 qui suscite cet émoi. Une liste validée par les militants à 75% jeudi dernier. Mais seulement par 16% des adhérents de la section valenciennoise. En cause, l’absence sur la liste du local Bernard Frimat, vice-président PS du Sénat. « Nous regrettons profondément ce choix. On peut le comprendre pour des raisons d’opportunité territoriale et d’équilibre autour de la direction du parti. Martine Aubry a voulu faire monter autour d’elle une équipe dont elle était sûre du soutien », pense Joël Jaspard. Sollicité, Bernard Frimat n’a pas souhaité s’exprimer.

La tête de liste est occupée par le député-maire de Dunkerque Michel Delebarre, suivi d’Audrey Linkenheld, 37 ans, proche de Martine Aubry et adjointe au logement de la maire de Lille. Certains voient déjà en elle la candidate d’Aubry. Trop facile ? « Ce n’est pas du tout cela. On a fondé les listes sur le renouvellement et l’équilibre territorial », répond Gilles Pargneaux, premier secrétaire fédéral dans le Nord. Il ajoute : « Compte-tenu des résultats à Valenciennes, notamment aux régionales - 17% contre 25% dans le département - il était temps qu’on puisse ouvrir un cycle nouveau ».

« Volonté de renouvellement dans toutes les fédérations »

« C’est toujours le même problème quand on veut renouveler. Mais dans toutes les fédérations il y a cette volonté de renouvellement (voté par les militants au nom de la rénovation, ndlr). Ça n’enlève rien aux qualités de Bernard Frimat », souligne Christophe Borgel, responsable des fédérations et des élections au PS. Le soutien du sénateur à la motion défendue par Bertrand Delanoë pour le congrès de Reims lui a-t-il couté cher ? C’est ce que croit Joël Jaspard : « L’idée qu’il ne serait pas sur la liste circule dans les couloirs depuis la fin du congrès de Reims », glisse-t-il. « Si c’était ça, Michel Delebarre ne mènerait pas la liste. Il a aussi soutenue la motion de Delanoë. Il est aujourd’hui plutôt proche d’Hollande », répond Christophe Borgel. 

« Je suis par fidélité lié à François Hollande », confirme Michel Delebarre. Qui ajoute : « Je suis sénatorialement compatible. C’est difficile tout ça. C’est une alchimie. Et ma proximité avec Mauroy n’est pas inconnue. J’ai quelques années dans le parti. (…) J’ai des qualités auprès des collectivités territoriales, des grands électeurs, un minimum de relations… Tout ça joue. Voila mes tares », ironise-t-il. « Le port de Dunkerque est autonome. Delebarre aussi. Il pèse suffisamment pour qu’on ne vienne pas lui chatouiller les pieds », glisse Joël Jaspard.

Delebarre veut jouer « un rôle de responsable de premier rang au Sénat »

Un poids politique qui ne brime pas son ambition, au contraire. De quoi rêver de la présidence du Sénat s’il bascule à gauche ? « Mon nombre d’envies est inestimable », lance-t-il avec le sourire. Plus sérieux : « Je vais faire les choses dans l’ordre. Faire d’abord en sorte d’être élu, d’avoir le maximum d’élus pour la liste, faire en sorte que la gauche l’emporte, avoir un rôle de responsable de premier rang au Sénat, et ensuite, il y aura des discussions avec les camarades. Mais certains ont déjà des mérites ».

Quand à la seconde place d’Audrey Linkenheld, « ça n’a rien à voir » avec sa proximité avec Aubry, explique Christophe Borgel, car « les listes sont chabadabada ». Comprendre un homme en alternance avec une femme. Michel Delebarre n’a pas tout a fait la même réponse : sa proximité « a dû jouer. Mais d’autres éléments aussi. Ne pas faire figurer la métropole lilloise assez haut sur la liste aurait été une erreur ».

« Je suis rapidement entrée dans le fond de la pensée d’Aubry »

Audrey Linkenheld est dans le sillage de la première secrétaire depuis près de 10 ans. Militante du MJS, elle a d’abord « bien connu » Benoît Hamon raconte-t-elle. Quand Martine Aubry prend la responsabilité de l’élaboration du projet socialiste pour la présidentielle de 2002, elle fait appel à la jeune militante. « On a rapidement accroché. J’étais le pendant technico-politique : relation avec les secrétaires nationaux, les fédérations, écriture d’une grande partie du texte ». Depuis, les deux font route commune. « Je suis rapidement entrée dans le fond de sa pensée ».

Chargée ensuite des questions économiques au cabinet de la maire de Lille, elle est propulsée directrice de cabinet d’Aubry fin 2003, poste qu’elle occupe jusqu’en 2008. Elle est aussi responsable de l’instance de coordination des sections lilloises du PS. Bref, une belle assise politique. Son arrivée sur la liste des sénatoriales, « c’est un choix collectif qui n’est pas venu d’une demande de ma part, mais d’une discussion à plusieurs, notamment avec Martine Aubry. Elle m’a demandé de rejoindre la liste, ce que j’ai accepté », explique Audrey Linkenheld.

« Apporter du sang neuf au Sénat »

« Avec mes 37 ans, j’ai forcément une expérience différente à apporter. Ça ne veut pas dire que c’est mieux d’être jeune. Mais on ne vit pas la même chose lorsqu’on a 20, 30, 50 ou 70 ans. Ma conscience citoyenne est née dans les années 90, j’ai connu des années de crise particulières. Ça m’a marqué différemment que si j’avais connu les trente glorieuses ». De quoi « apporter du sang neuf au Sénat », souligne-t-elle. « On peut difficilement faire du renouvellement en gardant les mêmes. Des choix ont été faits ». Même si elle « comprend que ceux qui les subissent ne soient pas satisfaits ».

Jean-Pierre Bel, président du groupe socialiste au Sénat, a bien essayé de défendre Bernard Frimat. Il est venu le dire à Gilles Pargneaux. « J’ai énormément d’amitié et de complicité avec Bernard Frimat. Il fait un travail exceptionnel au Sénat, il a la connaissance de la maison et de la procédure parlementaire, ce qui est utile à un groupe comme le mien », explique le sénateur à Public Sénat.

« Donner à Bernard Frimat la place qui est la sienne »

Gilles Pargneaux défend « l’équilibre » de la liste : « Sur 5500 grands électeurs dans le Nord (qui élisent les sénateurs, ndlr), 2350 sont dans le seul arrondissement de Lille ». D’où la 2nd place à la lilloise Audrey Linkenheld et la 5e place éligible à René Vandierendonck, maire de Roubaix et vice-président de la région. « Le territoire de Valenciennes-Douai compte 1400 grands électeurs. Dominique Bailly, maire d'Orchies et président du groupe PS au conseil régional le représente ». La 4e place revient à la sortante Marie-Christine Blandin, au nom de l’accord avec Europe Ecologie-Les Verts. Pargneaux résume : « C’est le renouvellement, l’efficacité politique et l’implantation » qui a guidé ses choix.

Joël Jaspard exclut une liste dissidente. Il ne souhaite « pas de division » et se défend d’être « dans un état d’esprit anti-Aubry ». Ce qui serait difficile dans le Nord. Mais il espère encore un changement d’ici la convention nationale de samedi, qui doit entériner les listes pour les sénatoriales. « Il y a encore l’espace pour que la sagesse revienne et donner à Bernard Frimat la place qui est la sienne dans la liste. Ça peut bouger. L’expérience montre que c’est possible », croit Joël Jaspard. Gilles Pargneaux, en patron de la fédé, n’est pas du même avis : « Conformément à nos règles, le vote des militants est souverain ». Ce qui ne manque pas de sel quand on se souvient des polémiques après l’élection de la première secrétaire.

Article mis à jour à 19h10 avec les propos de Michel Delebarre.