Et si Eric Woerth restait au gouvernement ?

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François Vignal
Le 27.10.2010 à 19:37
Et si Eric Woerth restait au gouvernement ?
Eric Woerth, en juillet dernier sur l’hippodrome de Chantilly (Oise), ville dont il est maire.
© AFP
Après le vote de la réforme des retraites, certains estiment Eric Woerth renforcé par la bataille législative et le verraient bien rester au gouvernement, à commencer par lui-même. Pourtant, l’affaire Bettencourt et son volet politique plane toujours.

Le temps médiatique va vite. Très vite. En juin dernier, Eric Woerth était sous le feu des révélations – presque quotidiennes – de l’affaire qui a vite porté son nom. Début septembre, après une courte pause estivale, le ministre du Travail reconnaît être intervenu dans l’attribution de la légion d’honneur de Patrice de Maistre, après avoir dit le contraire. La gauche crie au mensonge. Certains, tel le socialiste Claude Bartolone, demandent de nouveau sa démission.

Aujourd’hui, Sénat et Assemblée nationale ont voté la réforme des retraites. Le gouvernement a résisté jusqu’ici à la pression de la rue. Eric Woerth a tenu. Il est toujours ministre. Et certains le voient déjà rester, malgré le remaniement. A commencer par lui. Sur Canal +, comme dans les couloirs du Sénat, Eric Woerth l’affirme : il se verrait bien rester au gouvernement. Il se dit même pas « mal placé » pour rester au ministère du Travail.

Oublié, quand les syndicats ne voulaient plus en faire leur interlocuteur, quand Fillon montait au créneau sur France 2 à sa place, quand Laurence Ferrari, le soir de la première manifestation, l’interrogeait plutôt sur ses ennuis judiciaires. C’était hier, et pourtant déjà si loin. Entre temps, 200 heures de débat au Parlement, dont 140 au Sénat. Et un Eric Woerth présent tous les jours ou presque.

Un large sourire

Le ministre ne cache plus sa satisfaction. Vendredi, après le vote du Sénat, il vient de finir de répondre aux journalistes salle des conférences. Un collaborateur lui passe un portable : « Oui François ? ». Eric Woerth s’isole. Et se retourne avec un large sourire. Quasi enfantin. On sent le soulagement. Mardi, il aborde le même sourire quand le Sénat vote solennellement le texte. Sur France Info, il pavane presque. « La réforme des retraites, c'est moi », lance-t-il, en réponse au leader de FO, Jean-Claude Mailly, qui voit en Raymond Soubie, conseiller social de l'Elysée, le « vrai ministre du Travail, puisque tout se décide à l'Elysée ». Petite revanche. A l’Elysée, on parle de lui désormais comme d’un « maillon fort » de la majorité.

Au Sénat, le rapporteur UMP du texte, Dominique Leclerc, lui sait gré du temps passé. « Sa prestation le renforce dans sa fonction et son autorité ministérielle. J’ai beaucoup apprécié sa prestation et sa personnalité de ministre du Travail. J’espère qu’il restera au gouvernement », affirme le sénateur UMP à Public Sénat. Philippe Marini, sénateur-maire UMP de Compiègne – dont l’hippodrome s’est retrouvé mêlé aux ennuis d’Eric Woerth – souhaite aussi « qu’il reste au gouvernement ». « Lié d’amitié avec lui », il souligne son « professionnalisme », sa « sérénité » et « son profil modeste » durant ces dernières semaines. « D’ici quelques mois, l’opinion lui rendra justice », va jusqu’à dire Philippe Marini.

« Les électeurs n’ont pas beaucoup de mémoire »

A gauche, un éventuel maintien d’Eric Woerth au gouvernement – au Travail ou ailleurs – serait évidemment condamné. « Dans toute autre démocratie digne de ce nom, il aurait démissionné au bout de 24 heures », affirme à Public Sénat le député Vert Noël Mamère. L’hypothèse du maintien ne le surprendrait pas tant que ça: « Avec ce gouvernement, tout est possible. Quand on se permet de violer le secret des sources des journalistes, qu’on joue les barbouzes ou qu’on stigmatise les Roms, on peut garder Woerth ».

Mais Eric Woerth au gouvernement n’est-il pas un risque pour 2012 ? « Les électeurs n’ont pas beaucoup de mémoire. Nicolas Sarkozy joue sur ça », pense Noël Mamère. Il ajoute : « Pour moi ce n’est pas une affaire Woerth, mais une affaire Sarkozy. C’est le financement de sa campagne électorale qui est en question ».

Si le vote par le Parlement de la réforme des retraites sert aujourd’hui Eric Woerth, il n’a pas interrompu le temps judiciaire. Un juge d’instruction indépendant doit être nommé dans le volet politique de l’affaire Bettencourt, celui qui concerne le ministre. Le syndicat de la magistrature s’étonne de cette décision tardive et pointe une « coïncidence troublante » avec l’adoption de la réforme des retraites. Reste que l’avenir judiciaire incertain d’Eric Woerth n’exclut pas un retour de bâton. Comme une épée de Damoclès au-dessus de sa tête. Gouvernement ou pas.