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Sondages : à quelques mois de la présidentielle, le Sénat exige plus de transparence

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Laurent Berbon
Le 14.02.2011 à 15:30
Le Sénat veut faire le ménage dans les sondages. Une proposition de loi adoptée lundi entend mettre davantage de transparence dans les sondages à caractère politique ou électoral. Les instituts de sondage approuvent la démarche, mais se disent inquiets sur certains points du texte.

Remettre de l’ordre dans les sondages pour « garantir la sincérité du débat politique ». Telle est l’ambition des sénateurs Hugues Portelli (UMP) et Jean-Pierre Sueur (PS), auteurs d’une proposition de loi adoptée lundi en séance publique au Sénat, malgré l'opposition du gouvernement. « Nous sommes le pays où l’addiction aux sondages dans la vie politique est la plus forte en Europe », relève Hugues Portelli.

Un texte globalement satisfaisant, estiment les instituts de sondage toutefois préoccupés par deux points du texte.

Les sondeurs mettent en garde contre des « effets pervers »

Les professionnels des sondages jugent d’abord malvenue l’obligation de rendre publics les chiffres bruts des enquêtes, c’est-à-dire avant redressement. « L’ensemble de la profession est unanime pour mettre en garde contre les effets pervers de la publication des résultats bruts », explique Frédéric Dabi directeur du département opinion de l’Ifop. « Si j’étais provocateur, je dirais que ces chiffres bruts sont des chiffres faux. Ça va jeter un trouble et être exploité dans le champ politique », s’inquiète ce dernier, et d’autres professionnels du secteur comme Pascal Perrineau (Cevipof) ou Jean-François Doridot (Ipsos).

Frédéric Dabi rappelle que « d’un point vue politique, on sait très bien qu’il y a des votes minorés comme le Front national et des votes surdéclarés comme les écolos ». Un travail de redressement s’impose donc avec des « secrets de fabrication » que chacun souhaite garder pour soi « dans un secteur très concurrentiel », insiste Frédéric Dabi.

Mais pour le socialiste Jean-Pierre Sueur, les instituts de sondage doivent se montrer cohérents. « Puisqu’ils disent qu’ils font de la science, ils doivent en tirer toutes les conséquences. Quand vous faites de la science, vous faites de la publication en disant quelle est votre méthode », avance le sénateur du Loiret. Ce dernier explique en substance que le texte ne fait pas obligation de publier ce redressement dans le journal. Il faut simplement que ce redressement soit déposé à la commission des sondages qui le rendra consultable à tous sur son site internet. 

La fin des gratifications pour les sondés

Autre point de désaccord, la gratification des sondés. Le texte interdit aux personnes interrogées en ligne de recevoir une gratification de quelque nature qu’elle soit. « Traditionnellement, quand les Français acceptent de répondre à un sondage, ils le font de manière gratuite pour contribuer au débat public », justifie Jean-Pierre Sueur. « Les personnes qui répondent en ligne ne sont pas rémunérées mais dédommagées », rappelle d’abord Frédéric Dabi. Une gratification qui peut prendre la forme d’un livre ou d’une participation à un programme de fidélisation. « Depuis 2007, nous sommes entrés dans un cycle d’abstention infernal. La gratification en ligne est une manière de pouvoir stimuler les réponses et d’avoir des échantillons représentatifs », ajoute le sondeur.

« Il y a beaucoup de très bonnes choses dans ce texte »

En revanche, Frédéric Dabi reconnaît volontiers qu’ « il y a beaucoup de très bonnes choses » dans ce texte que la commission des lois du Sénat a par ailleurs adopté à l’unanimité mercredi dernier. Une démarche  également plébiscitée par le président du Sénat Gérard Larcher, ne manque pas de souligner Jean-Pierre Sueur. Le Sénat propose notamment que la loi de 1977, qui impose des obligations aux sondeurs et aux médias, ne s’applique plus uniquement aux sondages ayant un lien avec un scrutin mais à tous les sondages politiques. Sans toutefois définir ce qu’est un sondage politique. « C’est tout sondage qui porte sur ce qui fait partie du champ du politique. Mais je ne vais pas définir la politique dans la loi. Tous les sujets peuvent devenir politiques »,  répond Jean-Pierre Sueur à ceux qui regrettent l’absence d’une définition précise dans le texte. Une critique que partage Frédéric Dabi même si celui-ci se félicite que la proposition de loi permette de « faire la différence »  avec  « ces questions du jour » ou ces « donnez votre avis » qui ne sont pas des sondages. « Il y a de plus en plus de consultations de lecteurs dans les médias. On publie dans le journal sans dire ce que c’est. C’est tout sauf un sondage. Il faut distinguer le sondage d’une simple consultation de lecteurs », ajoute Hugues Portelli.

Toujours dans un souci de transparence, la proposition de loi prévoit l’obligation pour l’institut de sondage de publier les marges d’erreur. La commission des sondages, créée en 1977, devra par ailleurs publier un rapport annuel d’activité.

Si elle était adoptée par les deux chambres du parlement, la proposition de loi entrerait en vigueur dès 2012 et s’appliquerait de facto à la présidentielle.