Sport et politique : les raisons du boycott des matchs en Ukraine

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Antoine Boyer
Le 08.06.2012 à 18:19
Sport et politique : les raisons du boycott des matchs en Ukraine
© afp
Aucun représentant de l’Allemagne, de la France et de l’Angleterre ne se rendra aux matchs de l’Euro 2012 se déroulant en Ukraine. Les dirigeants entendent protester contre l’emprisonnement de l’opposante Ioulia Timochenko. De son côté Amnesty International France appelle les pays européens à « s’intéresser à la situation de Timochenko mais aussi à celle d’autres personnes de la société civile. Le combat pour les droits humains doit durer après l’ Euro. »

L’Euro 2012 qui se déroule en Pologne et en Ukraine commence ce soir par le match d’ouverture Pologne-Grèce à Varsovie, la capitale polonaise. En 2007, l’UEFA avait désigné ses deux pays pour organiser la compétition européenne de football, qui regroupe les 16 meilleures équipes nationales du continent. L’Ukraine se voyait ainsi encouragée dans sa transition démocratique après sa Révolution orange de 2004, quand l’élection du candidat prorusse Ianoukovitch avait été invalidée pour fraude. Mais la situation politique de l’Ukraine s’est dégradée depuis quelques années. L’espérance orange ayant déçue, Ianoukovitch est élu démocratiquement président de l’Ukraine en 2010. Depuis, les principaux dirigeants de l’Union Européenne dénoncent le virage autoritaire du régime qui porte atteinte aux libertés fondamentales. Pour Francis Perrin, vice-président d’Amnesty International France, « il y a de sérieuses violations des droits humains en Ukraine. La police se livre à des extorsions de fond sur des particuliers, procède à des détentions arbitraires. Il y a même des allégations sérieuses de torture et de mauvais traitements par la police ».   

La peine de sept ans de prison infligée à Ioulia Timochenko est l’illustration principale de cette dérive du pouvoir en place. Elle est emprisonnée depuis octobre 2011, à Kharkiv, une des villes ukrainiennes organisatrices, pour abus de pouvoir dans une affaire de contrat gazier. Cette peine de prison a été dénoncée, notamment par Amnesty International qui y voit « un emprisonnement pour des raisons politiques ». « Ce n’est pas aux tribunaux d’être juge d’un contrat gazier négocié avec la Russie. Les juges des décisions politiques, ce sont les citoyens » poursuit Francis Perrin. La fille de l’ancienne Première ministre Yevgenia Timochenko milite depuis plusieurs mois pour la libération  de sa mère. Elle accuse le président ukrainien de se laisser aller à des vengeances personnelles. Plusieurs collaborateurs de l’opposante au régime sont également en prison. Cette incarcération est aussi à l’origine de la sévérité affichée par plusieurs dirigeants européens à l’égard du régime de Ianoukovitch : François Hollande et Angela Merkel ont décidé de boycotter les matchs se déroulant en Ukraine. Ainsi le sport est rattrapé par la politique, mais à un degré moindre que le boycott sportif d’une cinquantaine de pays occidentaux aux jeux olympiques de Moscou de 1980. 

« Pas d'impact politique majeur »

Ce boycott de l’Euro, pour favoriser la libération de l’opposante Ioulia Timochenko, est-il efficace ? Il a été décidé le 31 mai par le gouvernement français, qui n’enverra aucun représentant aux matchs que dispute l’équipe de France sur le territoire Ukrainien. La ministre des sports, Valérie Fourneyron, justifie cette mesure au regard de « la préoccupation qui est la nôtre du respect des valeurs européennes et de la lumière sur la situation de Mme Timochenko ». Les britanniques ont rejoint hier l’initiative française assurant « qu’aucun membre du gouvernement ne sera aux trois matchs de poule de l’Angleterre ».     

Pour Philippe Moreau Defarges, chercheur à l’institut français des relations internationales (IFRI), « cette décision de boycotter l’euro est assez confuse. On ne sait pas grand-chose sur les négociations qui sont en cours pour sa libération. Ce boycott ne risque pas d’avoir un impact politique majeur sur la situation en Ukraine».  Francis Perrin de l’organisation Amnesty International France revient sur l’efficacité d’un boycott face aux violations des libertés fondamentales. « Le boycott  n’est clairement pas suffisant si les pays européens ne poursuivent pas la démarche engagée contre les violations des droits humains en Ukraine après l’Euro » affirme-t-il.     

La Russie s'oppose au boycott

Malgré ces tensions politiques, les amoureux du football ne seront pas privés des 31 matchs de la compétition. La finale se déroule à Kiev, la capitale Ukrainienne, le samedi 1er juillet. Si la France, l’Allemagne ou l’Angleterre atteignent la finale, les joueurs seront privés de la présence de leur chef d’Etat pour les encourager. L’équipe nationale russe peut, elle, se targuer d’avance de la présence de Vladimir Poutine en cas de place en finale. Le président de la Russie a pris position contre « le boycott des évènements sportifs pour des raisons politiques ». A moins que François Hollande ne change d’avis en cas de performance exceptionnelle de l’équipe de France, à l’instar de Nicolas Sarkozy, qui s’était rendu à Pékin pour la cérémonie d’ouverture des jeux olympiques après avoir annoncé le contraire.