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Syrie 5 ans après : de la révolte au chaos

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Simon Barbarit
Le 15.03.2016 à 19:12
Syrie 5 ans après : de la révolte au chaos
© AFP

270 000 morts, la moitié de sa population déplacée, 5 ans après les premières révoltes, la Syrie est plus que jamais en plein chaos. Ces dernières années ont vu se succéder la répression sanglante du régime de Bachar Al-Assad à celle de l’Organisation État Islamique. Les répercussions du conflit touchent aujourd’hui une soixantaine de pays.

15 mai 2011,  suivant l’exemple des printemps arabes, c’est par les réseaux sociaux que la population syrienne tente de contourner l’interdiction de manifester instauré par l’état d’urgence en 1963. Sur une page Facebook, on peut lire« La révolution syrienne contre Bachar Al-Assad 2011 » appelle à « une Syrie sans tyrannie, sans loi sur l'état d'urgence, ni tribunaux d'exception » et incite à protester « dans toutes les villes syriennes ». L’appel passe inaperçu en Occident, et conduit à une manifestation timide dans la ville de Deera. Le vendredi suivant, le 18 mars, une première manifestation est matée dans le sang. Au lieu d’une révolution syrienne ce sera la répression qui sera en marche. Les rassemblements seront quasi-quotidiens, les morts aussi. En 9 mois ,5 000 personnes perdront la vie dans les manifestations.

L’erreur de diagnostic de l’Occident

Vendredi dernier, lors d’un séminaire au Sénat, Gérard Larcher ne cachait pas l’erreur  ou du moins la mauvaise appréciation des pays occidentaux sur la situation syrienne : « nous avons procédé à une évaluation erronée (…) Souvenons nous, on a annoncé à maintes reprises l’effondrement d’un régime toujours en place et le triomphe d’une opposition dont la faiblesse égale les ambitions de renouveau. Nous avons longtemps choisi d’exclure de la table des négociations, certains acteurs qui de fait étaient majeurs et sans lesquels un règlement du conflit s’est révélé impossible » a déclaré en introduction le président du Sénat. Si au sein du Conseil de sécurité de l’ONU, la Chine et la Russie refusent toutes résolutions condamnant la violence du régime, l’Union Européenne et les Etats-Unis appellent Bachar Al-Assad à la démission. S’en suivra un embargo sur les armes et le pétrole. Dans la région, les pays du Golfe et la Turquie  rompent leurs relations avec Damas. Le président syrien comptera l’Iran parmi ses soutiens. « On a surestimé la capacité des printemps arabes à se multiplier. C’est dans ce contexte que nous avons cru à une chute possible de Bachar Al-Assad. On remarque aujourd’hui, qu’à part la Tunisie, qui d’ailleurs a des difficultés, aucun régime n’est issu des printemps arabes » note Jacques Gautier vice-président LR de la commission des affaires étrangères et des forces armées.

L’opposition syrienne prend politiquement la forme d’une coalition dont la composante principale est le Conseil National Syrien crée en octobre 2011. L’Armée syrienne libre constitue la principale force d’opposition militaire à l’armée régulière. Elle est constituée d’anciens soldats du régime venus grossir les rangs de l’opposition. Deraa, Homs, Rastan et Hama, autant de villes qui constituent des foyers de soulèvements de la population. 9000 personnes seront tuées un an après le début de la révolte.

L’émergence de l’État Islamique en Syrie

Fournir ou non des armes aux rebelles syriens ? La question fera longtemps débat. Début 2013, il ne fait plus de doutes pour les belligérants qu’une occupation militaire favorisera leur rapport de force en vue de négociations. La Russie et l’Iran arment le régime, alors que des combattants jihadistes comme le Front Al Nostra, branche d’Al- Quaida font leur apparition en Syrie dès le début de l’année 2012. La montée des islamistes fera hésiter les occidentaux à apporter leur aide à la rébellion. « Beaucoup de leaders de l’Armée Syrienne Libre se sont compromis avec le front Al Nostra » assure Jacques Gautier. Avril 2013 sera marqué par l’arrivée de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL) qui deviendra l’Etat Islamique. En juin 2014, après sa prise de Mossoul en Irak, l’EI proclame un Califat et abat symboliquement la frontière irako-syrienne. « 2013 est un tournant qui a vu l’arrivée de 3 évènements majeurs. La preuve de l’utilisation d’armes chimiques par le régime de Bachar Al-Assad, La non intervention des occidentaux et l’émergence de l’Etat Islamique. On s’est retrouvé avec 3 parties au conflit » analyse Hala Kodmani, journaliste franco-syrienne et fondatrice de l’association française Souria Houria (Syrie Liberté).

Les attentats du 13 novembre : la Russie prend la main sur le terrain diplomatique

Depuis septembre 2015, l’allié Russe protège le régime de Damas par des bombardements aériens sur des positions rebelles épargnant globalement les bastions de l’Etat Islamique. Les attentats de Paris rapprochent Vladimir Poutine des occidentaux. Conséquence concrète, en décembre dernier, l’ONU adopte une résolution signée par la Russie qui prévoit la création d’un organe de transition dans les six mois et des élections dans les 12 mois suivants. S’en suit, un cessez-le-feu initié par Moscou et Washington, accepté par Bachar Al-Assad, l’opposition et les kurdes syriens. Il exclut de fait le front Al-Nostra, et l’État Islamique qui contrôlent plus de 50% du territoire syrien. Cette semaine, à la surprise générale, Vladimir Poutine annonce le retrait partiel de ses troupes en Syrie, au moment même où son allié historique, le président syrien regagnait du terrain. « Poutine lance un message au régime syrien et lui dit de ne plus compter sur lui. Peut être aussi les Russes ont peur de l’enlisement au moment d’affronter l’État Islamique » estime Hala Kodmani. S’il est trop tôt pour parler d’un lâchage proprement dit du président Syrien, Jean-Paul Chagnollaud, directeur de l’IReMMO (Institut de Recherche et d’Etudes Méditerranée Moyen-Orient) y voit un basculement d’un règlement diplomatique en faveur de la Russie. « Régulièrement des leaders de l’opposition syrienne se rendent à Moscou. Poutine a peut être obtenu de leur part des garanties sur la présence et la sécurité des positions russes dans la région. De toute façon si l’opposition est amenée à prendre le pouvoir au prochaines élections, elle ne pourra le faire sans soutien extérieur ».

5 ans de guerre et une crise migratoire sans précédent

En juillet 2015, le Haut –Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) affirmait que les Syriens constituaient « la plus grande population de réfugiés pour un seul conflit en une génération ». 12 millions d’entres eux ont fui la guerre, soit plus de la moitié de la population. 4,7 millions ont quitté la Syrie. « Ce conflit concerne une soixantaine d’Etats, y compris l’Europe. Le peuple syrien doit être au cœur des préoccupations internationales. Nous ne devons pas fuir nos responsabilités et arrêter les discours hypocrites. Nous avons voulu déboulonner Bachar en mettant en valeur les droits de l’Homme. Mettons-les en valeur pour traiter la question des réfugiés » rappelle Leila Aichi, sénatrice écologiste et secrétaire du groupe d’amitié France-Syrie. Les pays limitrophes sont les plus touchés par l’afflux des réfugiés : 2,8 millions en Turquie, 1,5 au Liban et en Jordanie. En outre ils sont de plus en plus nombreux à traverser la Méditerranée pour rejoindre clandestinement l’Europe : 23 000 personnes en octobre 2014 contre 220 000 l’année suivante. « C’est peu probable que ceux qui ont atteint l’Europe reviennent en Syrie. Par contre,  les 50 000 qui sont à la frontière turque ou ceux qui sont dans les pays voisins s’ils voient la perspective d’une feuille de route crédible, une solution politique à court terme, ils reviendront » assure Hala Kodmani.  À Genève, sous l’égide des Nations Unis, l’opposition syrienne et le régime de Bachar Al Assad continuent les pourparlers pour trouver une issue à un conflit qui rentre dans sa sixième année.