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Taxe sur les transactions financières: «Que Hollande recadre Moscovici» demande Lienemann

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François Vignal
Le 12.07.2013 à 13:15
Taxe sur les transactions financières: «Que Hollande recadre Moscovici» demande Lienemann
© AFP

Alors que Pierre Moscovici qualifie d’« excessif » le projet de taxe sur les transactions financières porté par Bruxelles, la sénatrice PS Marie-Noëlle Lienemann trouve cela « effarant ». « C’est quand même un comble que la Commission apparaisse plus à gauche que la France », selon la sénatrice de Paris. Elle demande de « ponctionner fortement » les 500 Français les plus riches qui viennent de voir leur fortune augmenter de 25 % en un an. Entretien.

Le projet de taxe sur les transactions financières porté par Bruxelles est « excessif » affirme le ministre de l’Economie Pierre Moscovici. Quelle est votre réaction ?
Je trouve ça effarant. Etre doublé à gauche par la Commission européenne, il faut le faire quand même. Surtout pour un gouvernement socialiste. Je ne comprends pas. Que la France propose une modulation un peu différenciée de la taxe, avec peut-être un peu plus sur les produits dérivés et un peu moins sur les obligations d’Etat, ce n’est pas absurde. Mais ça ne doit pas se faire dans une stratégie de recul. Il faut plutôt une consolidation, avec au moins un produit de la taxe de 35 milliards d’euros.

Pierre Moscovici souligne la nécessité d’« être pragmatique et réaliste »…
Le pragmatisme qui vise à dire on va moins taxer, c’est le vieux débat. On met en avant le fait que l’Europe serait moins concurrentielle. Mais ça n’a pas de sens. Nous avons quand même en France parmi les plus grandes banques au monde. L’attractivité de la finance européenne se fait sur d’autres critères. Ce qui manque pour financer l’économie française, c’est plutôt un projet d’avenir en matière industrielle et une capacité à porter un nouveau modèle de développement. Le pragmatisme serait aussi d’avoir une taxe exceptionnelle pour tous les millionnaires qui viennent d’être renforcés. Là, j’aimerais beaucoup de pragmatisme. Le pragmatisme serait de ponctionner fortement cet enrichissement des 500 plus grandes fortunes françaises.

C’était le but de la taxe à 75 %, avant qu’elle ne soit invalidée par le Conseil constitutionnel…
Il y a la taxe à 75 %, mais il faut trouver un autre système. J’attends du gouvernement une proposition pour prélever une partie des 25 % (l’augmentation de la richesse des 500 plus grandes fortunes en un an, ndlr) pour participer à la réduction du déficit.

Si la France reculait sur la taxe sur les transactions financières, ce serait une déception ?
Oui, ce serait une déception qu’on recule à cause de nous. Bonjour l’image de la France ! La gauche s’est mobilisée depuis des lustres sur ce sujet. Il est fondamental que François Hollande recadre Pierre Moscovici pour que le ministre défende l’idée d’appliquer avec force et vigueur une taxe qui était dans son programme.

Mais Pierre Moscovici ne conduit pas sa politique seul….
Arnaud Montebourg non plus. Il n’y a pas ce qu’on demande aux uns et ce qu’on demande aux autres. Il n’y a pas les chouchous et les autres.

Pierre Moscovici a-t-il succombé au lobby bancaire ?
Bien sûr. Ce n’est pas la première fois. La loi sur la séparation des activités bancaires aurait pu aller plus loin. C’est d’autant plus surprenant qu’il y a un sujet bancaire qui reste un non-dit des débats européens : la masse des crédits douteux qui restent dans le circuit bancaire. Ce n’est pas en succombant au lobby des banques qu’on va régler ces problèmes de fond. Ce n’est pas en faisant payer les citoyens par l’impôt, faute de taxer les mouvements de capitaux, qu’on va régler les problèmes.

Avec la gauche du Parti socialiste, vous appelez de vos vœux une autre politique. Mais le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, a affirmé que « changer de cap serait une erreur »…
Là, il ne s’agit pas de changer de cap, mais de tenir un engagement de François Hollande. On ne nous avait pas dit que la taxe sur les transactions financières devait se faire à minima. Et il ne serait pas scandaleux de prélever sur l’enrichissement massif des 500 Français les plus fortunés. Un an de gauche et il ya plus de 25 % d’enrichissement des plus riches ! Il y a des mesures fiscales à prendre. Si ce ne sont pas les 75%, il y a d’autres possibilités, comme rétablir la double fiscalité sur les dividendes élevés.

Entre la loi de séparation des activités bancaires à minima et un recul qui s’annonce sur la taxe sur les transactions financières, quelle est selon vous le rapport de François Hollande à la finance finalement ?
Je ne suis pas là pour faire de la psychologie. Mais dans les faits, nous ne sommes pas encore au niveau de ce qui est normal d’envisager au regard de la montée de la finance et de la fragilité de l’économie réelle. Il y a des pas positifs, mais les moyens ne sont pas suffisants. C’est quand même un comble que la Commission européenne apparaisse plus à gauche et redistributive que la France. Là, je tombe raide, quand je connais la position libérale de ces institutions. Je vois déjà le sourire de Barroso. Politiquement, on se fragilise.