Tensions au PS après la désignation des candidats aux législatives

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François Vignal et Aladine Zaiane
Le 01.12.2011 à 18:32
Tensions au PS après la désignation des candidats aux législatives
L'Assemblée nationale.
© AFP
Parachutages, aubrystes préférés aux hollandais, candidat de la diversité diversement apprécié…Les désignations des candidats pour les législatives est source d’amertumes et de coups de sang au PS. Le risque pour Solférino de ces psychodrames locaux : les dissidences.

« Je me tourne vers la suite. On passe à autre chose ». Stéphane Le Foll, coordinateur de la campagne de François Hollande, ne veut pas s’appesantir. Pourtant, aux yeux de plusieurs hollandais, la désignation des candidats PS pour les élections législatives favoriserait trop les aubrystes. Un proche du candidat, Philippe-Xavier Bonnefoy, a démissionné mercredi de son poste de secrétaire national du PS à la vie des fédérations et aux élections. Le président PS de la commission des finances de l’Assemblée, Jérôme Cahuzac, pointe de son côté les décisions « surprenantes » de la première secrétaire Martine Aubry.

Mardi, le bureau national a décidé d’investir une trentaine de candidats sans vote local des militants, par 37 voix pour, mais 7 contre et 5 abstentions. Le 10 décembre prochain, une convention nationale doit ratifier les candidatures, après le vote des militants les 1er et 2 décembre pour les « circos » concernées. Il risque d’y avoir un peu d’ambiance.

Au-delà des tensions entre partisans d’Aubry et d’Hollande, les choix pour les législatives font toujours des déçus. Exemple parmi d’autres : le numéro 2 de la fédération du Gard dénonce sur Le Plus du Nouvel Obs « des manœuvres insupportables ». Il voulait se présenter. La place est réservée aux écologistes et aux femmes dans sa circonscription. Dans le Pas-de-Calais, Najat Belkacem, l’une des porte-parole de Hollande, n’a pas caché son mécontentement de voir Jack Lang se représenter. Et la liste des cas litigieux est longue. Plusieurs sont emblématiques :

Faouzi Lamdaoui, le fidèle sacrifié ?

La 9e circonscription des Français de l’étranger a été réservée à Pouria Amirshahi, proche de Martine Aubry. Il a été préféré à Faouzi Lamdaoui, proche de François Hollande et directeur de cabinet du candidat. Jeudi, il n’a pu cacher son amertume. Sur Twitter, ce fidèle parmi les fidèles se rebelle et montre qu’il aurait aimé que son mentor se batte pour lui. Pour un directeur de cabinet, les mots sont durs : « Le vrai leader doit respecter ses engagements en particulier envers ses compagnons historiques... » « Que vaut l'homme politique sans le sens de la parole donnée ? Que vaut un dirigeant si l'on ne peut plus se fier à ses engagements ? » Faouzi Lamdaoui ajoute au final : « Je parlais évidemment de Sarko avec Rachida à Paris... #seconddegré #humourdedroite » Mais tout le monde a compris.

Borgel mal venu à Amiens

A Amiens, c’est Christophe Borgel, secrétaire national du PS aux fédérations et aux élections qui est l’objet du litige. Cet aubryste se retrouve parachuté dans la circonscription d’Amiens nord-ouest, en Picardie. Dans un article du Courrier picard, le secrétaire de la section PS d’Abbeville ne cache pas son mécontentement. Il menace même de manifester rue de Solférino... « Ça va faire du bruit ». Les militants PS de la Somme sont remontés.

Hammadi, un candidat de la diversité qui passe mal à Montreuil

La circonscription de Montreuil-Bagnolet est réservée à un candidat de la « diversité ». Le choix du bureau national au profit de Razzy Hammadi, secrétaire national chargé des services publics, fait débat. Les militants locaux n’ont pas pu choisir leur candidat… depuis dix ans. Belkacem Mahdi, chauffeur RATP qui se présente comme un « militant de terrain » originaire du « terroir » montreuillois, regrette l’absence d’un vote sur cette circonscription. « Mon problème ce n’est pas Razzy, mais le parachutage et l’interprétation du message qu’on lance aux militants qui m’ont témoigné leur soutien », affirme-t-il. Razzy Hammadi, lui, ne souhaite pas tomber dans la « polémique » afin de « rassembler tous les socialistes et même au-delà ». Il le faudra s’il espère battre le sortant Jean-Pierre Brard. Le dernier parachutage du socialiste, en 2007 à Orly, avait été un echec.

Un siège Royal à La Rochelle

Ségolène Royal n’est pas la bienvenue dans sa région. Solférino a décidé de réserver à la présidente de Poitou-Charentes la première circonscription de Charente-Maritime, du côté de La Rochelle. Le PS avait d’abord décidé de geler la circo pour une femme. Deux conseillères municipales, Patricia Friou et Nanou Jaumouillié s’étaient déclarées face à Ségolène Royal. Les militants ne peuvent finalement pas départager les 3 femmes. « Je suis en colère », a lancé Olivier Falorni, premier fédéral PS du département. Il parle « d’esprit de résistance face à ce diktat »… Mais pour l’ex-candidate de 2007, qui se verrait bien au Perchoir de l’Assemblée nationale en cas de victoire de la gauche en juin, il fallait bien ça.

Jeu de domino dans le 93

Parachutage  toujours, cette fois en Seine-Saint Denis. L’ex-ministre de la Justice Elisabeth Guigou, déjà députée du département, s’est vue réserver par le PS la circonscription d’Aubervilliers-Pantin. La fédé du 93 dénonce « un deuxième parachutage de luxe » après son arrivée dans le département en 2002. Le national a décidé de réserver cette circonscription à une femme. Or Daniel Goldberg, député PS de Seine-Saint-Denis, dont la circonscription disparait suite au redécoupage électoral, espérait s’y implanter. Il n’exclut pas une candidature dissidente. « J’aurais souhaité rester dans ma circonscription », a expliqué à l’AFP Guigou, « mais Claude Bartolone a voulu y venir »… Les législatives prennent des allures de jeu domino pour le PS dans le 93.