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« Un monde sans amiante » au Sénat

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Zied Ounissi
Le 12.10.2012 à 19:24
Le Sénat accueille ce vendredi les « journées internationales pour un monde sans amiante ». Organisées sous l’égide de l’Association Nationale des Victimes de l’Amiante (l’Andeva), les journées se clôtureront demain par une manifestation à Paris, Place de l’Opéra.

Scientifiques, médecins, acteurs de terrain, militants associatifs et victimes de l’amiante, en provenance d’une vingtaine de pays, se sont succédés au Sénat pour réclamer une meilleure « diffusion scientifique sur les dangers de l’amiante » et le développement d’un « mouvement international de santé public. »  

Pour Pierre Pluta, président l’Andeva, c’est aussi l’occasion de réclamer haut et fort « l’éradication de l’amiante dans le monde » et « l’ouverture, sans délai, d’un procès pénal pour tous les empoisonneurs : (…) tout ceux qui ne pouvaient pas ne pas savoir quelles seraient les conséquences du produit (…) tout ceux qui ont siégé au Comité permanent amiante (CPA) doivent rendre des comptes ».   

10 morts par jour

A l’heure actuelle « l’amiante fait 3.000 à 5.000 morts par an, soit près de 10 morts par jour » affirme le président d’Andeva, lui -même atteint d’asbestose et de plaques pleurales contractées après 25 ans d’exposition dans les chantiers navals de Dunkerque : « nous portions un casque, des gants, un bleu de travail, des chaussures de sécurité, mais aucune protection respiratoire, alors qu’il pleuvait de l’amiante ! C’est le plus grand scandale de santé publique de tous les temps » ajoute-t-il.

Plusieurs études avaient pourtant tiré la sonnette d’alarme. Il a malgré tout fallu attendre 1996 et les révélations du professeur Marcel Goldberg, qui coordonna l’étude de l’INSERM sur les dangers de l’amiante, pour qu’elle soit définitivement interdite. A l’époque ce dernier avait conclu ses travaux en affirmant qu’elle entrainerait la mort de « 100.000 français d’ici à 2025 ».

De fait, plusieurs millions de français ont été exposés au produit. La majorité sur leur lieu de travail, mais on constate également un grand nombre de victimes de contaminations domestiques et environnementales. Il faut dire que le produit a été largement utilisé dans les années 70 (immobilier appareils électroménagers, revêtements de sols, joints, peintures etc.)

Les chèques ne suffisent plus

Bien que la France soit souvent montrée en exemple pour son système d’indemnisation (à travers la FIVA), pour Claude Huet, 57 ans, président de l’association ardennaise Addeva 08, qui vient en aide aux victimes dans l’obtention d’une indemnisation, « quand on enterre des copains, semaines après semaines, les chèques ne suffisent plus ». Avec le soutien des 750 adhérents de son association, il a donc décidé de passer à l’offensive : « nous voulons obtenir la condamnation correctionnelle de Deuville (fabriquant de poêles) à Charleville-Mézières, responsables du décès d’au moins 20 salariés et de Foseco à Donchery responsable du décès d’au moins 100 salariés, sachant qu’on sait très bien qu’il y en a beaucoup plus et que dans la mesure où l’usine était en centre ville, il y a parmi ces gens qui n’ont jamais mis les pieds dans l’usine ».

Un procès : la seule façon de tirer les leçons de ce qui s’est passé

Un précédent de condamnation pénale existe pourtant en Italie, à Turin, où deux hauts dirigeants du groupe Eternit (également implanté en France) ont été condamné à 16 ans de prison. Pour les avocats de l’Andeva, maître Jean-Paul Teissonnière et Michel Ledoux, qui ferraillent depuis des années pour l’ouverture d’un procès au pénal contre Eternit et Valeo, cette condamnation est une aubaine : « nous espérons que cette condamnation permettra enfin l’ouverture d’un procès pénal en France (…) 100.000 morts et aucun procès, plus de 15 ans de procédure alors qu’en Italie trois ans ont suffi, c’est une honte ! ». Maître Jean-Paul Teissonnière estime que l’ouverture d’un procès est « la seule façon de tirer les leçons de cette affaire ».

Les avocats posent également la question de la responsabilité des pouvoirs publics qui « savaient » dés 1977, la dangerosité de l’amiante et qui n’ont rien fait. « On a transigé avec la santé publique » s’insurge maître Michel Ledoux.

D’après l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) 125 millions de personnes dans le monde sont exposées professionnellement à l’amiante, et 90.000 personnes mourraient chaque année d’un cancer de la plèvre, d’un mésothéliome ou d’une asbestose lié à l’amiante.