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Valls : l’intégration «ne veut plus rien dire»

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Natacha Gorwitz
Le 20.01.2015 à 15:53

Lors de ses vœux mardi matin à la presse, le Premier ministre, Manuel Valls, a réitéré son soutien à la profession « alors qu’elle vient d’être, dans ses fondements, brutalement et lâchement attaquée ». Il a fait valoir « les problèmes lourds » de la société française. En réponse, il faut « montrer aux Français que nous avons compris leur message » a-t-il insisté.

Dans son discours qui a plutôt pris l’allure d’un discours de politique générale, Manuel Valls a surtout mis l’accent  sur la défense des valeurs fondamentales de la République, à commencer par le respect de la liberté d’expression.  

Revenant sur l’attentat contre Charlie Hebdo du 7 janvier, Manuel Valls a réitéré sa solidarité avec l’équipe de l’hebdomadaire satirique : « On s’en est pris à des journalistes et des caricaturistes de talent, assassinés parce qu’ils ne voulaient pas se taire, car ils exerçaient librement leur métier. Déposer leur plume ou leur crayon c’était renoncer à vivre libre ». « Remettre en cause la possibilité de se moquer, c’est remettre en cause les fondements de la démocratie » a-t-il ajouté, « Mais il faut l’expliquer ». Le Premier ministre a ainsi salué la mobilisation des acteurs de la presse pour la sortie du nouveau numéro de Charlie Hebdo mercredi dernier.

« La France ne cède pas aux ultimatums de la haine », a-t-il rappelé, fermement. La France est en guerre « non pas contre une civilisation ou une religion, mais contre le terrorisme, le djihadisme et l’islamisme radical » a-t-il fait savoir. Il constate que la menace « n’a jamais été aussi élevée », d’autant plus qu’elle est incarnée par « des individus présents sur notre sol ». C’est « un combat de longue haleine » a prévenu le Premier ministre, « de plusieurs années ».

Manuel Valls a dressé un constat sévère, sans équivoques des « failles » de notre société, les « maux qui rongent notre pays », « toutes les fractures, les tensions qui couvent depuis trop longtemps et dont on parle uniquement par intermittence ».

Il existe « un apartheid territorial, social, ethnique qui s’est imposé à notre pays »

Il est même allé jusqu’à évoquer l’existence d’un « apartheid territorial, social, ethnique qui s’est imposé à notre pays », dénonçant la formation de « ghettos » urbains. « Les émeutes de 2005, qui aujourd’hui s’en rappelle… et pourtant, les stigmates sont toujours présents », a alerté cet ancien maire d’Evry.

Il a insisté sur « la misère sociale » à laquelle « s’additionnent les discriminations quotidiennes parce que l’on n’a pas le bon nom de famille, la bonne couleur de peau ou parce que l’on est une femme ».

Il a souligné « cette peur collective face au chômage de masse, au chômage de longue durée, au chômage des jeunes, face à la vie trop chère, au risque de déclin, à l’angoisse du déclassement individuel qui pousse au repli sur soi, à l’angoisse des parents pour l’avenir de leurs enfants ».

Le Premier ministre a appelé les responsables politiques à dresser un constat lucide, « ce diagnostic s’impose à nous plus que jamais ». « Il ne s’agit en aucun cas […] de chercher la moindre excuse, mais il faut aussi regarder la réalité de notre pays », a-t-il ajouté.

Il faut « lutter avec acharnement contre les inégalités » et contre « les déterminismes sociaux qui n’ont cessé de croître ». Il place l’école au cœur de ce combat. Le cours des réformes doit « conjuguer le temps court » tout « en intégrant le temps long », a insisté Manuel Valls qui estime qu’« il nous faudra une génération pour réformer l’école ».

Il a fait savoir que, tout comme le président de la République et les membres du gouvernement, il garderait la tête froide, les pieds sur terres », conscient que les français qui se sont mobilisés le 11 janvier n’oublieraient pas, pour autant, les chiffres catastrophiques du chômage qui viennent de paraître.  

Manuel Valls a fait ainsi le catalogue des réformes qui ont été lancées pour relancer la compétitivité des entreprises et lutter contre le chômage, le Pacte de responsabilité et de croissance, la Loi Macron. Il a salué l’avancée des discussions sur la réforme territoriale « qu’on disait impossible » et l’adoption prochaine de loi de transition énergétique dont l’examen du texte commence ce mois-ci.

Plus que les réformes économiques, Manuels Valls a surtout insisté sur la transmission des valeurs de la République. Il faut « reprendre le combat de la laïcité que par faiblesse nous avons trop souvent délaissés ». Pour lui, les enfants qui ont refusé de respecter la minute de silence le 8 janvier dernier, c’est le « symptôme de quelque chose qui ne va pas bien ».

Le sursaut populaire du 11 janvier qui marque le signe « d’un avant » et « d’un après » lui donne le droit de briser le vocable habituel sur l’immigration : « Ne parlons pas d'intégration. Laissons de côté les mots qui ne veulent plus rien dire », explique le Premier ministre. Il préfère insister sur la citoyenneté, « ce sentiment d'appartenir à une même Nation, d'avoir un destin commun, d'avoir les mêmes droits et les mêmes devoirs » et qui « a besoin d’être refondée, renforcée, relégitimée ».

Il a fait valoir sa cohérence, sa constance et sa fidélité à « l’esprit du 11 janvier », et la gravité que lui imposent les événements, pour convaincre de son engagement sur les réformes à venir.