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Après la victoire de Fillon, les centristes se divisent

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François Vignal
Le 30.11.2016 à 18:48
Après la victoire de Fillon, les centristes se divisent
Les responsables de l'UDI, à l'Elysée, en 2014.
© AFP

Sur fond de négociations pour les législatives, les centristes se divisent à nouveau. Hervé Morin et Maurice Leroy veulent créer un nouveau parti « loyal » à François Fillon. Une scission qui affaiblit l’UDI, présidée par Jean-Claude Lagarde.

L’UDI prend-il l’eau ? Si Les Républicains ont le vent en poupe après une primaire réussie, la victoire de François Fillon bouscule la galaxie centriste, aux équilibres souvent précaires. Le président du Nouveau centre, Hervé Morin, a annoncé hier son intention de quitter (ou presque) l’UDI, tout comme le député UDI Maurice Leroy. Le premier avait soutenu Bruno Le Maire pour la primaire, le second Nicolas Sarkozy. Ils se rangent clairement aujourd’hui derrière François Fillon. « C'est la fin de l'UDI » a lâché sur LCP-AN Maurice Leroy.

Le comité exécutif du Nouveau centre a décidé de réunir un congrès le 11 décembre « avec la volonté de bâtir un pôle centriste, fiable, loyal et solide sur lequel on pourra avoir confiance sur la durée de la législature », a annoncé le président de la région Normandie mardi soir. Il sera décidé si ce nouveau parti doit se faire en dehors ou dans l’UDI.

« Aller à la soupe »

Une décision qualifiée de « posture » par Laurent Hénart, président du Parti radical valoisien, une des composantes de l'UDI. « Cela ne sert pas l'image du centre de donner l'image du premier à aller à la soupe » a-t-il lancé… Si Jean-Louis Borloo était encore président de l'UDI, « il aurait eu l'autorité pour arrêter ces chicayas et règlements de compte » ajoute-t-il, égratignant au passage le président de l’UDI Jean-Christophe Largarde.

Le sénateur UDI Hervé Maurey, proche d’Hervé Morin, s’inscrit en faux contre l’accusation de Laurent Hénart. « Ça ne veut pas dire qu’on sera des godillots » assure-t-il. « On est un certain nombre à penser qu’il y a encore des hésitations du coté de l’UDI, à ne pas se reconnaître dans les espèces d’atermoiements acrobatiques et les changements de pieds de l’UDI » pointe-t-il. Jean-Christophe Lagarde a en effet été tenté par Emmanuel Macron, avant de sa rallier à Alain Juppé. Mais pour la sénatrice UDI Nathalie Goulet, le départ annoncé d’Hervé Morin s’apparente plus à « une guerre des chefs, plutôt qu’à une guerre de fond ». « Je ne vois pas l’apport stratégique de quitter l’UDI pour aller rejoindre François Fillon, car l’UDI soutient François Fillon. Ça va semer le trouble », met en garde Nathalie Goulet, qui ajoute : « Jean Arthuis (ancien sénateur UDI et parlementaire européen, ndlr) avait l’habitude de dire qu’on était très bon individuellement et pas très bon collectivement. J’ai l’impression que l’histoire va lui donner raison… »

Négociations

Cette (nouvelle) crise interne n’a pas empêché Jean-Christophe Lagarde, qui a soutenu Alain Juppé comme la majorité des parlementaires UDI, de rencontrer François Fillon mardi matin pour aller négocier un « projet législatif ». Si le maire de Bordeaux avait remporté la primaire, les centristes pouvaient espérer être bien « servis ». Mais devant les sénateurs LR et UDI mardi, François Fillon s’est fait plutôt rassurant. « Nous avons besoin du centre pour gagner et il me semble que le centre a besoin de nous, sous peine d’un échec collectif » leur a-t-il dit, se prononçant pour un « accord » avec le centre (voir notre article).

Reste à voir combien de sièges éligibles les centristes pourront obtenir. « Bien sûr, nous allons discuter mais aujourd’hui, l’heure n’est pas aux petits arrangements et petits calculs » assure François Zocchetto, président du groupe UDI-UC du Sénat, qui avait pris position pour Fillon pendant la campagne. Sur le fond, « il y a quelques idées nouvelles qui doivent être insérées », « mais moi, j’ai confiance dans le socle » du projet, affirme le sénateur de Mayenne. Regardez :

« Quand vous avez un homme qui est désigné aussi largement, vous n’allez pas commencer à chipoter »

Certains UDI veulent la prise en compte de leurs propositions dans le programme de François Fillon, pour ne pas dire une inflexion. « Il y aura nécessairement des améliorations, des ajouts » note Nathalie Goulet, « on n’a pas du tout parlé de fraude fiscale et sociale. Ce sont des choses qui méritent quelques ajustements » selon la sénatrice, qui évoque aussi un besoin de « précisions sur la politique étrangère et de défense ».

« Il y a des éléments qu’il va falloir discuter : sur les questions environnementales, peut-être sur certaines déclarations qui ont pu beaucoup gêner notre électorat sur les questions de société par exemple » nous affirmait hier la sénatrice et porte-parole de l’UDI Chantal Jouanno, qui a soutenu Alain Juppé. « La balle est dans le camp (de François Fillon). S’il considère que le projet n’est pas amendable… On ne lui demande pas d’amender l’orientation générale (…) mais certains sujets qui sont pour nous extrêmement importants. On ne peut pas exiger des électeurs centristes qu’ils votent le petit doigt sur la couture » ajoutait-elle. Regardez :

Des demandes qui étonnent Hervé Maurey. « Quand vous avez un homme qui est désigné aussi largement, massivement, vous n’allez pas commencer à chipoter » lance le sénateur, qui renvoie les discussions au cadre du débat parlementaire. Devant les sénateurs, François Fillon s’est dit hier « ouvert aux idées nouvelles » mais « pas ouvert à changer (s)on projet ». A bon entendeur…

Un espace pour Macron

Pour compliquer les affaires de l’UDI, les forces centrifuges sont multiples en ce moment. 130 responsables et militants de l’UDI jeune ont pris position pour Emmanuel Macron. L’ancien ministre de l’Economie peut espérer bénéficier de l’espace au centre que la désignation de François Fillon lui laisse. Mais il manque encore de soutiens. Les Radicaux de gauche, tentés, ont finalement présenté leur candidate avec Sylvia Pinel.

Le député européen de l’UDI, Jean Arthuis, a fait lui le choix d’Emmanuel Macron, car « il a clairement placé sa démarche hors du clivage gauche/droite ». « Je considère que sur les questions fondamentales, que sont la diplomatie, la défense, la lutte contre les paradis fiscaux, la maîtrise des flux migratoires, notre démarche doit être européenne. (…) Voilà pourquoi j’apporte mon soutien à Emmanuel Macron » explique le président de la commission budget du Parlement européen.

Jean Arthuis regarde aujourd’hui l’activité de ses amis centristes avec une certaine distance : « Les parlementaires sont autant préoccupés par la présidentielle que l’élection qui suit, c'est-à-dire les législatives… » note l’ancien ministre de l’Economie. Les tensions et départ au sein de l’UDI lui rappelle un passé pas si lointain : « En 2007, alors qu’on espérait la qualification de François Bayrou, au lendemain du premier tour, pratiquement tous les députés UDF sont partis rejoindre le Nouveau centre. C’était déjà Hervé Morin et quelques autres ».

Que fera Bayrou ?

Reste la question Bayrou. L’hypothèse d’une candidature du leader du Modem reste d’actualité, après la défaite d’Alain Juppé, qu’il avait soutenu. « On va se parler » a assuré sur France 2 François Fillon, qui a « de bonnes relations avec François Bayrou ». Le centriste se retrouve courtisé : Emmanuel Macron lui a tendu la main dimanche soir. Un geste qui vise plus son électorat que François Bayrou lui-même.