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Violences policières : « Attention vous êtes filmés ! »

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Simon Barbarit
Le 25.03.2016 à 16:55

La vidéo d’un lycéen maitrisé par des policiers puis frappé violemment par l’un d’eux a fait le tour des réseaux sociaux et a entrainé l’ouverture immédiate d’une enquête par l’Inspection générale de la police nationale (IGPN). Selon une étude récente, filmer une violence policière est le seul espoir pour une victime de voir sa plainte aboutir.

La réaction du ministre de l’Intérieur n’a pas trainé. « Ces images m’ont choqué car elles ne correspondent pas à ce qu'est l'idée qu'une immense majorité, pour ne pas dire la quasi-totalité des policiers de France, se font de leurs missions et des conditions dans lesquelles ces missions doivent être exercées ». Depuis Bruxelles Bernard Cazeneuve prend la mesure des violences visibles dans cette vidéo et annonce que l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), s’est saisie de l’enquête.

La vidéo qui choque

Quelques heures plus tôt, alors que lycéens et étudiants s’apprêtent à manifester contre la loi Travail, une vidéo choquante est largement partagée sur les réseaux sociaux. La scène se passe près du lycée Bergson à Paris, en marge de la mobilisation. On y voit un lycéen à terre, entouré par des policiers qui lui crient « lève-toi ! ». Alors qu’il finit par s’exécuter maintenu par deux policiers, un troisième lui assène un violent coup de poing au visage, qui le projette au sol.

Auditionné dans la foulée, le lycéen concerné, âgé de 15 ans, témoigne ce vendredi, disant ressentir « un sentiment d'injustice ».

« On était en train de manifester et on a jeté des œufs. Il y a un policier qui s'en est pris un dans la tête. (...) Il y en a un, il m'a foncé dessus. Il m'a frappé à terre, après il m'a dit : lève-toi ! Lève-toi ! Et il m'a mis un poing. Je l'ai senti passer, j'avais la tête qui tournait », relate-il.

Choqués, plusieurs dizaines de lycéens se sont réunis dans le calme ce matin devant le Lycée Bergson. Le rassemblement a par la suite dégénéré. Les commissariats du Xe et du XIXe arrondissements de Paris ont été la cible de jets de pierres et de dégradations par des jeunes dont la plupart avaient dissimulé leurs visages.

Les images du lycéen frappé ont aussi suscité l’émoi du sénateur PS David Assouline « inadmissible » et « injustifiable violence » les a-t-il qualifiés sur Twitter.

« Sans les images, la plainte du lycéen n’aurait même pas été reçue »

Si le policier n’a manifestement pas respecté le principe de base du recours à la force : une utilisation proportionnelle à la gravité de l’infraction et à l’objectif à atteindre, la réaction instantanée de son ministre de tutelle ne peut ici s’expliquer que par la diffusion de la vidéo accablante. En aurait-il été de même si l’abus de force n’avait été rapporté que sur la foi de simples témoignages concordants ? Non, répond sans hésiter Aline Dallière. Membre de l’ONG française Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT), elle vient de publier un rapport  sans appel sur les violences policières. Fruit de 18 mois d’enquête, sur 89 cas de blessures graves survenues entre 2005 et 2015 dont 26 ayant entrainé la mort, seulement 7 ont débouché sur une condamnation pour les policiers. « Sur ce qui s’est passé hier ce qui est dramatique, c’est qu’on en parle uniquement parce que ça a été filmé, sans les images, la plainte du lycéen n’aurait même pas été reçue » assure cette juriste de formation.

Le rapport pointe également le risque d’une certaine impunité chez les forces de l’ordre. « Dans les affaires de violences policières,  ce sont l’IGPN ou l’IGGN pour la gendarmerie qui mènent l’enquête. Policiers et gendarmes restent juges et parties. Il y a un vrai doute sur leur impartialité. Les investigations sont très peu poussées. Faute d’éléments suffisants, les juges prononcent régulièrement un non lieu. Pour vous donner un exemple, dans les cas de mutilations entrainés par des tirs de flashballs, souvent l’enquête n’arrive  même pas à déterminer qui en est l’auteur » constate Adeline Dallière. Raison pour laquelle, l’ACAT milite pour la création d’un organe d’enquête indépendant.

Les sanctions sont-elles proportionnées ?

Invité de l’émission Territoire d’Infos, ce matin Frédéric Pechnard, directeur général des Républicains et ancien commissaire divisionnaire certifie quant à lui que « la police est une des administrations les plus contrôlées et où il y a le plus de décisions devant le conseil de discipline. Donc, nul doute que si ce policier a commis une erreur, il sera sanctionné et c’est normal » a-t-il déclaré.

La proportionnalité de la sanction est  pourtant mise en doute par le rapport de l’ACAT. Sur les 89 cas de violences répertoriés, seulement une seule a entrainé la radiation de la police. « En 2010 trois policiers ont pratiqué une technique d’étranglement sur un vieux Monsieur autiste à Marseille. Ils l’ont maintenu au sol trop longtemps. Il n’a pas survécu. Les auteurs ont écopé de 6 mois de prison avec sursis mais peuvent continuer d’exercer leur métier » relate Adeline Dallière.

La « caméra piéton » : la solution ?

La solution passera-t-elle la généralisation de « cameras piétons » pour les forces de l’ordre ? Mise en place depuis 2012 dans la ville de Rialto en Californie elle aurait entrainée une baisse de 88% des plaintes contre les policiers. En octobre dernier, Manuel Valls, annonçait que ces cameras portatives allaient «  faire partie de l’équipement classique des forces de l’ordre sur le terrain ». Si  elles sont déjà testées depuis 2013 dans les zones de sécurité prioritaires (ZSP), seules les policiers décident du déclenchement de l’enregistrement et le public n’a toujours pas accès aux enregistrements.