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Le web va-t-il biaiser l’élection présidentielle ?

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Thomas Leroy
Le 13.04.2012 à 18:29
Le web va-t-il biaiser l’élection présidentielle ?
© DR

22 avril, 20h00. A la télévision apparaissent les résultats du 1er tour de l’élection. Sauf que sur le web, tout le monde les connait depuis une bonne heure. Un scénario nouveau qui devrait probablement se confirmer malgré l’interdiction faite par la loi électorale de révéler les résultats de l’élection avant 20h.

« C’est inéluctable » soupire Guy Birenbaum, blogueur et chroniqueur sur Europe 1. « C’est effrayant de voir arriver le mur. » Les fuites ne sont pas nouvelles. Dès les premières fermetures de bureaux de vote, des estimations sont réalisées et transmises aux politiques et aux journalistes. Néanmoins, l’article L 52-2 du code électoral est formel. « Aucun résultat d'élection, partiel ou définitif, ne peut être communiqué au public par la voie de la presse ou par tout moyen de communication au public par voie électronique » avant 20h. Il faut donc attendre cette heure fatidique pour publier les résultats.

Ces dernières années, cette règle stricte s’est heurtée à une information de plus en plus rapide et accessible. En Belgique et en Suisse, les résultats sont ainsi communiqués et débattus avant 20h. D’autant plus que leurs sites internet relaient l’information. Si jusqu’à présent, cela restait plutôt confidentiel, l’explosion des réseaux sociaux risquent d’amplifier le phénomène. Twitter et Facebook, forts de 5 millions d’utilisateurs en France pour le premier et 25 millions pour le deuxième pourraient jouer les catalyseurs. Des chiffres à tempérer puisque le nombre de membres actifs est beaucoup plus faible que le nombre de compte créés.

Il n’empêche, rien n’arrête l’information sur internet. Pour preuve, « la mort de Ben Laden était annoncée sur Twitter avant la déclaration de Barack Obama » rappelle Guy Birenbaum.

Le risque est donc annoncé. Si les premiers résultats sont partagés sur internet, ils pourraient inciter d’éventuels électeurs indécis à voter en masse pour un candidat et biaiser les résultats finaux.

Et l’amende de 75 000 euros promise aux contrevenants n’y changera rien. « Faites confiance aux internautes, insiste Guy Birenbaum. Ils vont utiliser la météo ou les résultats aux courses » pour faire passer le message sans être inquiétés.

Ainsi Jean-Marie Le Pen aurait-il créé la surprise en 2002 si des centaines de milliers de personnes s’étaient fait passer le mot avant la fermeture des bureaux de vote en ville ? S’ouvre alors la possibilité d’une invalidation du scrutin si le résultat est très serré entre deux candidats. « Un cas de figure hautement improbable, » estime le constitutionnaliste Didier Maus.  Pour permettre une invalidation, il faudrait réunir deux éléments : « un écart très serré entre deux candidats », sans que l’on puisse évaluer cet écart, faute de jurisprudence. Et la preuve que « cet écart résulte de la diffusion anticipée des résultats. »

« Ca ne changera rien au résultat tranche Bruno Jeanbart, directeur des études politiques d'Opinion Way. Les électeurs ne sont pas des moutons. » Jusqu’en 2002, les Antilles votaient 6h après la France métropolitaine en raison du décalage horaire. « Traditionnellement à gauche, les Antilles connaissaient à l’avance la présence de Jean-Marie Le Pen au premier tour. Aucun mouvement anormal n’a été observé, notamment du côté des abstentionnistes, » souligne le sondeur.

Une fausse polémique ?  « La seule solution serait de fermer tous les bureaux de vote  à la même heure » affirme Didier Maus. A 18h comme les plus petites communes ou à 20h comme les grandes villes. Dans le premier cas, cela ferait augmenter le taux d’abstention, les citadins votant généralement plus tard. En revanche, une fermeture à 20h causerait des difficultés d’organisation pour les petites communes. « Tous les bureaux de vote ferment à 22h pendant les élections européennes, répond Didier Maus. En raison d’une règle de l’UE. »

Aujourd’hui, plusieurs médias français promettent de révéler avant l’heure les résultats. C’est le cas du site Jeanmarcmorandini.com qui donne rendez-vous aux internautes. « Il n'y a aucune raison que les sites étrangers, accessibles en France puissent le faire et pas nous, » stipule le site. En 2007, une telle promesse avait déjà été faite avant que le site ne renonce à la dernière minute. Guy Birenbaum avait lui aussi hésité. Qu’en est-il cette fois-ci ? « Je ne fais jamais de prévisions sur ce que je vais faire. La vie est remplie d’imprévus. »