Serge et Beate Klarsfeld,
Guérilleros de la Mémoire

Elisabeth Lenchener nous fait découvrir le fonctionnement de ce couple et de leurs enfants Arno et Lida. Infaillibles et soudés dans leur engagement, partageant tout, le quotidien, l'amour des animaux, leurs bureaux et même leur chéquier. Famille ordinaire et hors-norme à la fois. Leurs actions ont bousculé le cours de l'histoire et fait changer le contenu des manuels scolaires.
- une production Di-Zahav -

« Serge & Beate Klarsfeld se sont consacrés à la poursuite des criminels de guerre nazis » Définition de Serge et Beate Klarsfeld (dictionnaire Larousse).

Née en 1939, à Berlin, Beate Kunzel, Allemande luthérienne, fille d'un soldat de la Werhmacht, rencontre à vingt ans, au hasard d'une station de métro parisien, Serge Klarsfeld, juif Français, orphelin d'un père mort en déportation.

C’est alors le début du roman d'amour et d'aventures de ce couple entré de son vivant dans la légende. Une histoire qui nous mènera du Chili à Auschwitz, de Venise à Cologne, de Nice à la Paz, et de prisons en prétoires .

Beate, déclare avoir « toujours agi en tant qu’Allemande, n’oubliant jamais sa responsabilité historique et morale ». Par ses actes militants et symboliques - tels que la gifle au Chancelier Kiesinger - elle a su réveiller les consciences et laver l’honneur de son pays.

Et parce que d'après Serge : « la Shoah, ce n'est pas 6 millions. C'est 1+1+1+1+1... », il s'est efforcé de rendre l'individualité à chaque victime du nazisme, leur nom, leur visage, leur identité, leur histoire, en créant le Mémorial des déportés juifs de France, sépulture symbolique. Que malgré leur dernier voyage vers les camps de la mort, ils ne puissent être oubliés.

La témérité de ce couple hors du commun, leur soif de justice et leur audace insensée, alliées à leur volonté première, celle de vivre leur amour et maintenir une vie familiale harmonieuse seront l’angle principal de ce film.

Serge et Beate Klarsfeld, Guérilleros de la Mémoire - Bande-Annonce

Serge et Beate Klarsfeld, Guérilleros de la Mémoire - Extrait

Entretien avec Serge Klarsfeld : "Malheureusement, Hitler est publié depuis longtemps dans le monde arabe."

A l’occasion de la diffusion sur Public Sénat du documentaire d’Elisabeth Lenchener « Serge et Beate Klarsfeld, guérilleros de la mémoire », nous avons interviewé Serge Klarsfeld. Après avoir été pendant des décennies des chasseurs de nazis acharnés, Beate et Serge Klarsfeld sont aujourd’hui encore mus par une énergie militante qui les pousse à continuer à s’impliquer dans la vie démocratique.

En quoi consiste votre travail aujourd’hui ?
Il y a essentiellement une action concernant l’histoire et la mémoire. Et puis du militantisme. Je suis en train de terminer le tome II du mémorial des enfants juifs déportés de France. Il s’agit de publier des photos que nous avons recherchées des 11 000 enfants juifs déportés. Nous avons déjà publié 5000 photos de ces enfants. C’est une action de mémoire. Le militantisme, c’est aussi par exemple la campagne que j’ai menée avec Beate contre le Front National. On a alerté il y a déjà près d’un an sur le danger du FN aux élections régionales. Nous avons dit que c’était un test extrêmement important et qu’il fallait constituer un front républicain. On s’est engagés sur le terrain, en particulier dans la région PACA pour que le Front National ne passe pas. Il y a eu un sursaut civique et des gens ont peut être suivi la ligne que l’on préconisait c'est-à-dire voter pour le candidat républicain le mieux placé et le seul en lice contre le Front National.
On participe également à de nombreuses cérémonies, on pose des plaques. Et puis nous avons aussi été nommés par l’Unesco ses ambassadeurs pour l’enseignement de l’Holocauste et pour la prévention du génocide. Par exemple, il y a actuellement un génocide qui peut survenir au Burundi et on examine les possibilités qu’il y a d’intervenir.

Avoir une vie de famille très riche est quelque chose d’important pour vous. Il n’y a pas que les combats:
Oui parce que les gens s’imaginent que l’engagement politique entraîne beaucoup de sacrifices. Ce n’est pas obligé du tout. Nous, on n’a jamais voulu faire de véritable sacrifice. On était prêts à les faire mais heureusement, on n’a pas eu à les faire. On a voulu vivre normalement comme des petits bourgeois que nous sommes c'est-à-dire avoir une vie de famille et pas seulement des enfants et des petits-enfants mais aussi des chiens et des chats. On a eu une vie heureuse et pas une vie austère de personnes mobilisées chaque seconde pour agir, au détriment de la vie personnelle.

Est-ce que vous avez envie que d’une façon ou d’une autre vos petits-enfants reprennent le flambeau ?
Non, ils feront ce qu’ils veulent. Ils auront l’exemple de leurs grands-parents mais c’est aussi le fruit du hasard. Personne n’aurait pu prévoir à Berlin, quand Beate avait 15 ans, qu’elle ferait le chemin qu’elle a parcouru. Et pour moi non plus, personne ne le prévoyait. Dans l’avenir, ceux qui voudront reprendre le flambeau le feront, dans des luttes qui seront celles de leur génération. Avec d’autres objectifs, mais peut être dans le même esprit.

Qu’est-ce que vous pensez du débat sur la déchéance de nationalité ?
C’est évident que nous avons un mouvement de répulsion parce que pendant la guerre elle a été appliquée par le gouvernement de l’Etat français à des milliers de familles juives, à des milliers d’enfants dont beaucoup ont été déportés parce qu’ils avaient perdu la nationalité française. Donc je préfèrerais que l’on ne revienne pas à ce genre de mesure. Par contre puisque la rétention administrative a été appliquée à des enfants juifs qui étaient tout à fait inoffensifs, je pense que la rétention de gens qui sont fichés comme étant des personnes engagées dans une idéologie extrémiste et terroriste, me semble assez logique si l’on est en état de guerre comme le proclament les hommes politiques. Il faut prendre des mesures mais des mesures efficaces. Or d’après tout ce que je lis et tout ce que je sais, la déchéance de nationalité ne va pas arrêter les terroristes. C’est une mesure symbolique à double tranchant. D’autres pays qui ne sont pas plongés dans les mêmes problèmes vont protester parce que la France prend le chemin d’un régime policier.

Et l’ouverture des archives de Vichy ?
Elles sont ouvertes déjà depuis un certain temps. Aujourd’hui on a accès à tout mais il n’y a aucune grande révélation à attendre de ces archives. Il est certain que cela facilitera le travail des chercheurs ; cela les poussera à travailler sur la période. Mais il faut faire attention également parce que vous avez beaucoup d’archives de procès où des témoins viennent dire tout le mal qu’ils pensent de leur voisin ou de leur proche et il ne faut pas prendre pour argent comptant ce qui se dit dans les papiers. Quand on lit des tas de dépositions on y voit beaucoup d’aspects sordides. Et si ces aspects sordides ressortent soixante - quinze ans après, ça peut entrainer des conséquences dans les familles. Mais je pense que ceux qui viendront consulter ces archives sont des chercheurs qui savent faire la différence entre ce qui est écrit et ce qui peut être vérifié par l’esprit critique.

Vous dites dans le documentaire d’Elisabeth Lenchener « Si on n’avait pas fait ce qu’on a fait, ce ne serait pas tellement drôle d’être vieux. », qu’est-ce qu’une vie accomplie ?
Ça veut dire avoir une vie intéressante et créative. Et puis de travailler tous les jours avec une finalité et pas d’être retraité. La retraite pour moi cela signifiait quitter une activité où l’on s’exprime et puis ensuite passer son temps le mieux possible. Moi je n’ai pas vu ma vie comme cela. A partir du moment où nous nous sommes engagés, nous nous engageons jusqu’au bout. Tant qu’on peut et avec une finalité : rendre service. Il y a des tas de questions que je me pose auxquelles je pourrais répondre en lisant et en me cultivant. Mais d’un autre côté la compétence que j’ai me permet sur le plan historique, mémoriel, militant d’apporter quelque chose. Je préfère créer plutôt que de m’améliorer personnellement en comblant mes lacunes.

Est-ce que vous avez peur de la mort ?
Je ne me pose pas trop la question. C’est un peu comme un voyage Air France où il faut boucler sa ceinture et puis on part pour une destination inconnue. Dieu, je fais appel à lui dans les situations désagréables pour qu’il me tire d’affaires mais sinon je ne me pose pas trop de questions métaphysiques. Je crois que c’est sur terre qu’il faut régler les problèmes et puis ensuite on verra bien. Je m’attends toujours à de bonnes surprises donc peut être qu’il y aura une bonne surprise...

Qu’est-ce que vous admirez le plus chez votre femme ?
Son énergie tournée vers le bien. Et puis son dévouement pour sortir les chiens cinq fois par jour !

Quelle est la chose dont vous êtes le plus fier ?
Notre fils. [Arno Klarsfeld NDLR] Parce que c’est vraiment un modèle de bon fils.

Entretien réalisé par Laure-Anne Elkabbach.

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Beate dans les bras de sa mère
La famille Klarsfeld au complet, à Nice en 1942, avant l’arrestation du père par la Gestapo
Serge et Beate manifestent.
Ils forment avec leurs enfants, Arno et Lida, une famille ordinaire et hors-norme à la fois, soudée dans son engagement, partageant tout.
Beate, déclare avoir « toujours agi en tant qu’Allemande, n’oubliant jamais sa responsabilité historique et morale ».
Le baiser, retour d’action de Beate
Serge, Beate et Elisabeth Lenchener lors d’une manifestation
Une famille normale

Horaires de diffusion

Première diffusion sur le canal 13 de la TNT samedi 23 janvier à 22h

Rediffusions :


Dimanche 24 janvier à 9h
Samedi 31 janvier à 23h20
Dimanche 31 janvier à 10h20
Vendredi 5 février à 17h30
Samedi 13 février à 14h
Dimanche 21 février à 18h