La Villeneuve,
l'utopie malgré tout

Un film en colère contre la stigmatisation des "banlieues", mais aussi constructif pour une nouvelle relation entre médias et quartiers populaires.

L'histoire récente de la Villeneuve, un quartier populaire de Grenoble, est emblématique du divorce entre le pouvoir et le peuple. Qui a raison ? Qui trompe qui ? Que faire ?

Les auteurs de ce film engagent tout le monde à se remettre en cause. D'abord les médias, car la "banlieue" ne peut pas rester cette zone qui fait de l'audience en faisant peur, mais aussi les habitants des quartiers populaires, qui doivent se mobiliser pour reconstruire l'image de leur quartier. A la Villeneuve, après la colère contre la diffusion d’un reportage d’Envoyé Spécial en 2013, ce processus est en cours. Se réapproprier son image pour se réapproprier sa vie, une utopie ? Un désir en tout cas et un beau défi, plein d'embûches, que les habitants de la Villeneuve ambitionnent de relever !

Flore Viénot et Vincent Massot sont témoins de cette métamorphose qui pourrait servir ailleurs qu'à la Villeneuve.

Un film petit budget, financé en partie par 160 contributeurs sur le site de collecte participative KisskissBankbank. Sur place, les auteurs ont bénéficié de l'aide des habitants de la Villeneuve, un logement notamment, mis gracieusement à leur disposition durant leurs séjours réguliers pendant 12 mois de tournage.

Ce projet de film est en cohérence avec l’expérience vécue depuis des années par Vincent Massot et Flore Viénot au sein du média participatif LaTeleLibre.fr. Habitués à réfléchir et à travailler ensemble, leurs histoires personnelles les ont menés, d’une manière différente vers ce projet commun de film à la Villeneuve. Pour Flore Viénot, jeune journaliste rigoureuse et passionnée d’enquête et d’écriture, la Villeneuve est un quartier de Grenoble, la ville où elle a fait ses études. Pour Vincent Massot, chef opérateur déjà expérimenté, c’est l’histoire de son père, réalisateur de film dans les années 70-80, qui est le point de départ.

La Villeneuve, l'utopie malgré tout : La présentation

Teaser "La Villeneuve, l'utopie malgré tout"

La Villeneuve comme vous ne l'avez jamais vue...

A l’occasion de la diffusion de « la Villeneuve, l’utopie malgré tout », le 17 octobre prochain sur Public Sénat, interview avec le réalisateur Vincent Massot.

Comment est né ce projet de documentaire ?
J’ai eu l’idée de faire ce film sur la Villeneuve il y a 5 ans quand j’ai découvert dans les archives de mon père, le réalisateur Claude Massot, un documentaire que je n’avais encore jamais vu, sur la construction de ce quartier. C’était en 1972, et c’était le premier documentaire sur la Villeneuve. Au départ c’était un projet vraiment créatif, un quartier avec un esprit nouveau, qui allait pouvoir accueillir 12 000 personnes, la capacité d’accueil encore aujourd’hui. C’était l’esprit post soixante-huitard de la mixité sociale, on ne parlait pas encore de mixité culturelle à l’époque, mais c’étaient les premières expériences de partage entre habitat privatif et logements sociaux. Il y avait aussi un projet pédagogique fort. Toute l’architecture était construite autour de l’éducation. Le quartier est construit en « criques », chaque ensemble est une « crique » et dans chacune il y a une école, et pour toutes ces écoles un collège central, (qui prendra par la suite la forme d’une soucoupe volante). Et la pédagogie reprend la méthode Freinet, une méthode d’éducation qui favorise le développement personnel de l’enfant. Puis, en 2013, il y a eu le reportage d’Envoyé spécial, et la réaction des habitants qui ont décidé de faire un procès à France télévision, et ce procès a eu une couverture médiatique importante. C’était inédit et assez étonnant. Je me suis dit qu’il fallait que j’aille voir par moi-même ce qu’il se passait dans ce quartier.

Selon vous c’est grâce à cet « esprit » singulier du quartier que les habitants ont eu cette réaction face au traitement médiatique dont faisait l’objet leur quartier ?
Oui absolument, si les habitants ont pu se mobiliser de cette façon, c’est qu’il reste quelque chose de cette utopie de départ. Il y a eu un effet cristallisant autour de la diffusion du reportage d’Envoyé Spécial. Ça a été un peu la goutte d’eau qui fait déborder le vase, après plusieurs reportages dans différents médias qui faisaient un portrait très noir de ce quartier et de ses habitants, montrant beaucoup de violence, et d’insécurité. Cette fois, les habitants se sont sentis unanimement trahis par le portrait qui était fait d’eux et ont eu envie de se réunir et d’agir. Et de porter plainte en justice ce qui est inédit. En fait, cette crise a fait ressortir des méthodes de mobilisation des origines de la Villeneuve. Ca a réveillé les consciences en quelque sorte, une capacité de réunion et de se mettre ensemble autour d’une cause commune.

Comment avez-vous abordé les habitants, passablement échaudés par les médias ?
Disons que pour présenter mon projet aux habitants, ce petit joker de dire « je suis le fils du réalisateur qui a fait le premier film sur le quartier », m’a ouvert beaucoup de portes ! J’ai pu avoir accès aux médiateurs sociaux du quartier, aux acteurs de l’action en justice et d’autres porteurs d’initiatives qui sont très réticents pour parler aux médias en général. Finalement, de ce conflit avec les médias, sont nées beaucoup d’initiatives, cela a créé un cercle vertueux en somme ? Oui après ce conflit, beaucoup d’initiatives sont nées : il y a le « crieur de la Villeneuve » un journal local du quartier auquel les habitants peuvent participer, des ateliers médias dans le cadre du collège, et beaucoup de débats. Il y a eu un vrai foisonnement d’initiatives. Et puis, cela a permis à tout le monde de se remettre en question : les médias, qui ont tendance à faire des raccourcis, les habitants pour l’image qu’ils renvoient, et enfin les téléspectateurs qui ont tendance à regarder des programmes qui font dans le « sensationnalisme ». Tout le monde en est sorti grandi finalement.

Entretien réalisé par Elise Aicardi.

1
12
1
12
La Villeneuve comme on ne vous l'a jamais montrée : la plus belle cité de France vue du ciel (image drone, Cité et collège)
Vincent Massot et Flore Viénot sur les toits de la cité la Villeneuve, à Grenoble
La Chorale où tous les enfants du quartier chantent l'hymne de la Villeneuve
« Nous on est d'un quartier qui s'appelle Villeneuve et on s'sent bien ici, si t'en veux la preuve c'est vrai que c'est pas facile d'entendre tout ce qu'il se dit sur les gars et les filles qui habitent ici. N'écoute pas, n'écoute pas certains journalistes,ils ne connaissent pas, c'est pas trop leur trip. Si tu veux en avoir une bonne idée c'est avec nous qu'il va te falloir parler.»
La batucada, un nouveau média pour changer l'image de la Villeneuve
Une image mise en parallèle avec le tournage du film de Claude Massot, père du réalisateur. À l'époque, la mode était aux patins à roulettes.
Interview de Teddy, comédien et réalisateur
"Dans mes films, je veux montrer la complexité à aimer."
"Dans les cités, il y a beaucoup de violence mais il y a beaucoup d'amour aussi. Tu viens chercher quoi ? L'amour ou la violence ? Ça dépend du film que tu veux faire !"

Horaires de diffusion

Première diffusion sur le canal 13 de la TNT samedi 17 octobre à 22h

Rediffusions :


Dimanche 18 octobre à 9h,
Samedi 24 octobre à 23h20,
Dimanche 25 octobre à 10h20,
Vendredi 30 octobre à 17h30,