DDAY

80 ans du Débarquement : « Le contraste est extraordinaire, entre ce qu’il se prépare en France et la façon dont cela est vécu aux Etats-Unis »

Du 5 au 7 juin, Emmanuel Macron a prévu une « pérégrination mémorielle » de trois jours pour commémorer le 80e anniversaire du débarquement allié en Normandie. A cette occasion, plusieurs cérémonies sont prévues et de nombreux chefs d’Etat attendus. En pleine campagne présidentielle américaine, Joe Biden doit prononcer un discours avant d’enchaîner par sa première visite d’Etat en France. L’historien André Kaspi, spécialiste des Etats-Unis, analyse les enjeux d’une semaine vécue très différemment des deux côtés de l’Atlantique.
Steve Jourdin

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Les commémorations du « D-DAY » débutent ce mercredi et vont durer trois jours. La France a mis les petits plats dans les grands, de nombreux événements sont organisés et un dispositif de sécurité exceptionnel va être déployé. Un million de personnes doivent assister à la trentaine de cérémonies prévues. Aux Etats-Unis, comment ce moment est appréhendé ?

Pour le moment, il n’y a eu aucune allusion au D-DAY dans aucun des trois principaux quotidiens de presse écrite, Wall Street Journal, New York Times et Washington Post. Les principaux sites internet sont également étonnamment silencieux à ce sujet. Le contraste est extraordinaire, entre ce qu’il se dit et se prépare en France et la façon dont cela est vécu aux Etats-Unis. Ce qui fait la Une ces jours-ci dans la presse américaine, c’est la condamnation au pénal de Donald Trump, premier président jugé coupable par un tribunal.

 

Ce jeudi, plusieurs cérémonies vont être organisées sur le sol français par d’anciens pays alliés. La cérémonie américaine aura lieu à 12 h au cimetière de Colleville-sur-mer en présence de Joe Biden. Quelle importance revêt la victoire des alliés dans la conscience collective américaine ?

Pour les Américains, le 6 juin 1944 paraît très loin. Il y a encore quelques survivants du Débarquement, mais ce sont des centenaires. Il y a à leur égard beaucoup d’admiration, sans doute aussi un peu d’affection, mais la mémoire américaine ne leur réserve pas un sort à part. Rien à voir avec la manière dont nous traitons l’évènement en France.

D’un point de vue historique, le D-DAY est enseigné aux Etats-Unis. Cela fait partie de l’histoire du pays. Mais étant donné que l’enseignement de l’histoire varie d’un Etat à l’autre, il est difficile de porter une analyse générale à ce sujet. Néanmoins, il est certain que la guerre de Sécession occupe une place beaucoup plus fondamentale, alors même qu’il s’agit d’un conflit qui a opposé des Américains à d’autres Américains. C’est une guerre qui est au cœur de l’imaginaire américain.

 

La mobilisation américaine pendant la Deuxième Guerre mondiale a été impressionnante. Au total, 1,5 million de soldats ont traversé l’Atlantique pour vaincre l’Allemagne nazie. C’est une opération inédite dans l’histoire…

Le Débarquement est une opération gigantesque. Du point de vue américain, il s’agit d’une opération très importante, mais en même temps très lointaine. D’une certaine manière, la bataille du Pacifique revêt plus de sens pour eux que la bataille de l’Atlantique. Cela ne veut cependant pas dire qu’ils se désintéressent des cérémonies qui vont avoir lieu cette semaine, mais on ne peut pas dire que cela remue les foules ! On parle aujourd’hui davantage de Trump et de Biden que d’Eisenhower.

 

Joe Biden doit prononcer un discours à la pointe du Hoc pour souligner « l’importance de la liberté et de la démocratie ». En pleine campagne électorale, est-ce que ce discours aura une incidence sur son déroulé ?

Le but de Joe Biden est de montrer le rôle et le poids d’un président américain dans les relations internationales. Il va sans doute en profiter, avec toute la solennité que lui confère sa fonction, pour prouver combien il est capable de rassembler la nation américaine. Cela devrait aussi être l’occasion pour Joe Biden de montrer aux nations du monde le rôle que les Etats-Unis ont tenu dans le passé et celui qu’ils peuvent encore tenir dans tous les conflits qui traversent la planète.

 

La Russie n’a pas été conviée aux cérémonies. Est-ce normal ?

Je comprends les raisons de cette non-invitation. Mais il faut se rappeler que pendant la guerre les nazis combattaient sur deux fronts, un front occidental et un front soviétique. Les Russes ont largement contribué à la victoire de 1945. Faut-il punir Moscou pour ce qui est fait aujourd’hui en Ukraine ? Nous ne sommes pas en guerre contre les Russes. Cette non-invitation me gêne un peu, l’absence d’un représentant officiel de la Russie est surprenante.

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