Siege de Radio France
Siege social de la radio publique Radio France, la Maison de la Radio, dans le 16eme arrondissement de Paris. Elle compte parmi ses chaines de radios : FIP, France bleu, France Culture, France Inter, France Musique et Mouv. A l'exterieur, affichage publicitaire pour l'emission le 7-9, animee par les journalistes Nicolas Demorand et Lea Salame sur France Inter.//LODIFRANCK_LODI011973/Credit:LODI Franck/SIPA/1805191320

Audiovisuel public : le déplafonnement de la publicité, une « ligne rouge » pour le Sénat

L’examen de la réforme de l’audiovisuel public débute à l’Assemblée nationale. La commission des affaires culturelles a voté pour le déplafonnement des recettes publicitaires dans le secteur. L’amendement déposé par le gouvernement suscite la colère des acteurs, privés comme publics, mais est aussi désapprouvé par la droite sénatoriale qui fait de cette proposition une « ligne rouge ».
Rose-Amélie Bécel

Temps de lecture :

4 min

Publié le

« Le moment politique est venu », a martelé Rachida Dati devant les députés de la commission des affaires culturelles ce 14 mai, annonçant une volonté d’accélération du gouvernement sur la réforme de l’audiovisuel public, initialement souhaitée par Emmanuel Macron dès son premier mandat. Le texte, qui devrait être débattu en séance publique à l’Assemblée nationale les 23 et 24 mai, prévoit ainsi pour 2026 la fusion de France Télévisions et Radio France dans une même entité nommée France Médias.

Au Sénat, où le texte avait débuté son parcours législatif en juin 2023 par une proposition de loi du sénateur centriste Laurent Lafon, la majorité de droite ne boude pas son plaisir. « Il aura fallu attendre six ans pour avoir un ministre de la Culture qui fait enfin bouger les lignes », salue le sénateur Les Républicains Jean-Raymond Hugonet, à l’époque rapporteur de la proposition de loi.

« Nous avons toujours souhaité un plafonnement et même une suppression de la publicité pour l’audiovisuel public »

Un point risque pourtant de contrecarrer l’empressement du gouvernement : la question des recettes publicitaires. En effet, le texte issu du Sénat proposait un plafonnement de ces revenus, avec un montant limite défini dans le contrat d’objectifs et de moyens de France Médias. « Nous avons toujours souhaité un plafonnement et même une suppression de la publicité pour l’audiovisuel public. Ce serait un marqueur de qualité supérieure pour ces antennes et, comme son nom l’indique, le secteur public doit recevoir des financements publics », défend Jean-Raymond Hugonet.

Mais le gouvernement ne l’entend pas de cette oreille. En commission à l’Assemblée ce 14 mai, la ministre de la Culture a fait voter un amendement autorisant au contraire le déplafonnement de ces recettes publicitaires. « Un tel plafonnement conduirait à empêcher [les radios et télévisions publiques] de bénéficier des retombées financières de leurs succès d’audience », justifie le gouvernement. Une proposition qui suscite la colère du secteur privé, craignant une diminution mécanique de ses recettes publicitaires. Dans un communiqué, le syndicat des radios indépendantes (Sirti) s’offusque : « L’audiovisuel privé ne doit pas être le financeur de la réforme sur l’audiovisuel public ».

Si la proposition a été votée en commission, elle n’a pas séduit tous les députés et fera sans doute l’objet de nouvelles discussions dans l’hémicycle. « C’est une course à l’audience, la logique commerciale n’est pas celle du service public », a par exemple dénoncé l’élu Les Républicains Jean-Jacques Gaultier.

« C’est l’une des caractéristiques des programmes de l’audiovisuel public de ne pas être entrecoupés de publicités »

Au Sénat aussi, l’amendement du gouvernement ne satisfait pas la majorité de droite, pour qui le déplafonnement serait même « une ligne rouge ». « Le plafonnement est pour nous indispensable car c’est l’une des caractéristiques des programmes de l’audiovisuel public de ne pas être entrecoupés de publicités. Nous sommes attentifs au renforcement du secteur public, mais aussi à celui du secteur privé qui ne doit pas pâtir de cette réforme », défend Laurent Lafon.

Depuis la disparition de la redevance en 2022, le secteur est financé par une fraction de la TVA, une solution provisoire que la loi organique relative aux lois de finances (LOLF) n’autorise que jusqu’en 2025. De son côté, Laurent Lafon défend une pérennisation de ce mode de financement. « Il faut remettre cette question des financements sur la table, une structure comme France Médias ne pourra pas être pilotée sans une forme de stabilité et de pérennité des financements », ajoute Jean-Raymond Hugonet, estimant que le gouvernement envisage un déplafonnement des recettes publicitaires « pour apporter des financements que Bercy n’aurait donc pas à sortir ».

Dénonçant de leur côté une réforme « anxiogène pour les salariés », les syndicats de Radio France et de France Télévisions ont appelé à la grève les 23 et 24 mai prochain, jour où la proposition de loi doit être examinée dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale.

Partager cet article

Dans la même thématique

Audiovisuel public : le déplafonnement de la publicité, une « ligne rouge » pour le Sénat
4min

Culture

« Je pense que l’on vit dans un récit écrit par les Américains », estime le réalisateur Antonin Baudry

Combien de fois l’Histoire du vieux continent a-t-elle été racontée du point de vue d’autrui ? De l’héroïsme américain de La Grande Évasion jusqu’au mythe fondateur de L’Odyssée devenue celle de Nolan plutôt que d’Homère, en passant par le Napoléon de Ridley Scott, Hollywood ne cesse de proposer une histoire de l’Europe. Lui, a enfin proposé, dans une version à la hauteur du personnage qu’elle raconte, une histoire que chaque Français croit connaître, celle du combat de la France libre incarnée par le général de Gaulle durant la Seconde Guerre mondiale. Cette semaine, Antonin Baudry était l’invité de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard.

Le

Audiovisuel public : le déplafonnement de la publicité, une « ligne rouge » pour le Sénat
3min

Culture

« Il faut être un peu ‘maso’ pour faire rire, surtout dans notre époque très plombante », estime Bertrand Chameroy

Même s’il sait mieux que personne à quel point ce métier est dur, il n’en a jamais envisagé un autre. Chaque jour dans ses chroniques aiguisées, il se brocarde l’actualité, et raille les politiques. Une forme de mise à distance nécessaire pour ne pas être accablé, avoue-t-il. Cette semaine, Bertrand Chameroy, raconte les coulisses de son métier au micro de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard.

Le

Audiovisuel public : le déplafonnement de la publicité, une « ligne rouge » pour le Sénat
3min

Culture

Affaire Dreyfus : « Ce n’est pas une erreur judiciaire, il est victime d’un complot antisémite », rappelle Philippe Collin

Dans son dernier ouvrage, Philippe Collin compile documents et archives pour éclairer d’un nouveau jour l’affaire Dreyfus. Pour le journaliste, passionné d’Histoire, l’officier a sciemment fait l’objet d’un complot. Dans son ouvrage Alfred Dreyfus, le combat de la République (éditions Albin Michel), il décrit une société française où règne un « acmé d’antisémitisme », profondément ancré à l’extrême droite mais qui n’épargne pas non plus une partie de la gauche. Il était l’invité de l’émission Un monde, un regard présentée par Rebecca Fitoussi.

Le