« Je ne sais plus pleurer ». À 100 ans passés, Ginette Kolinka assume une part d’insensibilité aux joies et aux peines du quotidien. Mais comment aurait-il pu en être autrement, pour celle qui fut déportée dans le centre de mise à mort où furent assassinées 1,1 million de personnes dont 960 000 juifs. « Je devrais toujours avoir la larme à l’œil » ajoute-t-elle lorsqu’elle évoque les destins tragiques de ses proches à leur arrivée au camp d’Auschwitz : « Alors que je pensais rendre service à mon petit frère, à mon père, à mon neveu en les faisant monter sur les camions : je les ai envoyés directement à la mort » confie Ginette Kolinka.
Ceux qui en réchappaient devaient affronter un quotidien déshumanisé où les violences physiques envers les détenus étaient courantes, et le travail machinal et répétitif abrutissait : « J’étais comme un robot. Je faisais ci, je faisais ça. Je ne savais pas pourquoi je le faisais mais il fallait le faire ».
« On couchait dans des niches d’1m50 sur 1m50 sur trois niveaux que l’on appelle des coyas » se souvient la centenaire. « Pendant six ou sept mois, je voyais ces 18 femmes tout le temps […] j’aurai dû m’en rappeler », pourtant aujourd’hui aucune femme dont elle a partagé sa détention en Pologne ne lui est restée en mémoire.
De l’amnésie post-traumatique au devoir de mémoire
Depuis, elle s’est donnée pour mission de raconter aux jeunes générations qui ne l’ont pas connu ce qu’était la réalité d’Auschwitz-Birkenau. Jusqu’au bout elle continuera de raconter le quotidien des camps qu’elle a subi pendant de longs mois avant d’être libérée, elle que son père rassurait car il la croyait protégée de l’arrestation et de la déportation parce que citoyenne française avant d’être de confession juive.
Aujourd’hui dans les classes elle n’entend pas de propos antisémites, « on me les rapporte », reconnait-elle pourtant. Si Ginette Kolinka a conscience que les actes antisémites sont en forte recrudescence depuis 2023, lors de ses interventions en milieu scolaire, elle n’y est jamais exposée. Elle aimerait pourtant, avoue-t-elle, davantage être confrontée à ceux qui véhiculent la haine de l’autre. À ces enfants tentés par le rejet, elle aimerait surtout poser une question : « Suis-je si différente de votre grand-mère ? »
L’émission est à retrouver en intégralité ici.