Rachat d’Itélé : « J’ai pris le parti de la rédaction face à Vincent Bolloré qui faisait du fox news », relate Patrick Eveno
La commission d’enquête du Sénat sur la concentration des médias a auditionné Patrick Eveno, ancien président du Conseil de déontologie journalistique et de médiation (CDJM) et ancien membre du comité d’éthique de Canal plus.

Rachat d’Itélé : « J’ai pris le parti de la rédaction face à Vincent Bolloré qui faisait du fox news », relate Patrick Eveno

La commission d’enquête du Sénat sur la concentration des médias a auditionné Patrick Eveno, ancien président du Conseil de déontologie journalistique et de médiation (CDJM) et ancien membre du comité d’éthique de Canal plus.
Public Sénat

Par Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

« Merci, M. Eveno pour cette parole libre. Vous avez une certaine franchise dans votre expression ». Par ces mots de conclusions, le président de la commission sénatoriale sur la concentration des médias, Laurent Lafon (centriste) a bien résumé la tonalité de l’audition de cet après-midi.

Patrick Eveno, ancien président du Conseil de déontologie journalistique et de médiation (CDJM) et historien spécialiste des médias, n’a effectivement pas la langue dans sa poche. Il a en outre suivi les travaux de la commission. « On parle de concentration depuis les années 1970 depuis Robert Hersant. A la Libération, on parlait des trusts […] C’est une vision très archaïque que défendent les gens que vous avez entendus, mais c’est un vieux débat antilibéral. On considère que la concentration, c’est mal. Pourquoi ? On ne sait pas ». Pour l’historien, la concentration est plus une question économique que démocratique.

Mais sa parole est parfois confuse tant il passe du coq à l’âne. Le rapporteur socialiste de la commission d’enquête, David Assouline le coupe par une question précise. Lors du passage de Itélé à Cnews qu’est-ce qui vous a conduit à quitter le comité de déontologie du groupe Canal plus ?

« J’ai vu comment la rédaction réagissait. On parle souvent de l’indépendance des rédactions. Moi, je ne sais pas ce que c’est puisque par définition les rédacteurs sont salariés et ont un lien de dépendance avec leur employeur. En revanche, une rédaction libre, je sais ce que ça veut dire […] La liberté des médias, ça, c’est important ». Patrick Eveno ne répond pas vraiment à la question et David Assouline finit par le relancer.

« Je n’ai pas vu Vincent Bolloré dire à un rédacteur tu ne fais pas si, tu me fais ça »

« J’ai vu les rédacteurs de Itélé être obligés d’accepter soit une télévision qu’ils n’avaient pas envie de faire, soit la porte avec indemnités […] Le seul soutien que je pouvais apporter, c’était de démissionner. J’ai pris le parti de la rédaction face à l’actionnaire qui faisait du fox news […] Sa brutalité vis-à-vis de la rédaction ne me permettait pas de siéger sereinement dans un comité d’éthique », relate-t-il.

« Vous avez été témoin de faits ? » veut savoir le sénateur. « Des faits qui m’ont été rapportés. Mais je n’ai pas vu Vincent Bolloré dire à un rédacteur tu ne fais pas si, tu me fais ça. Je ne suis pas sûr qu’il le fasse. L’important pour lui, c’est de placer les bonnes personnes aux bons endroits. Cyril Hanouna ou Pascal Praud le font très bien sans que Bolloré ait quoi que ce soit à leur dire […], ce n’est pas la pression de l’actionnaire là ».

Patrick Eveno reprend alors la réflexion du patron de Reporters sans frontières auditionné la semaine dernière et qui s’interrogeait sur l’abandon du pluralisme interne dans les médias audiovisuels. « Pourquoi (le pluralisme) est réservé à l’audiovisuel ? Et Pourquoi spécifiquement à la télé plus qu’à la radio ? Jamais les législateurs n’ont voulu faire un statut de l’entreprise de presse. La presse est libre » affirme-t-il.

David Assouline lui rappelle alors que conformément à la loi de 1986 sur la régulation de l’audiovisuel, du fait de la rareté des ondes, les chaînes ont historiquement été fondées avec des obligations de pluralisme interne. La presse écrite n’y est pas soumise du fait du pluralisme externe des titres.

« Bloc de la réacosphère bolloréenne »

« Maintenant, c’est terminé. Le pluralisme externe, il est sur les chaînes Youtube », rétorque l’historien. « Donc pourquoi on n’aurait pas maintenant, ce que j’appelle le bloc de la reacosphère bolloréenne ? Surtout que les chaînes de l’audiovisuel de Bolloré sont de très faible audience […] On est face au GAFA », souligne-t-il avant de proposer la création « de l’observatoire européen du pluralisme et de la transparence dans les médias ». « On est dans un système mondial où la puissance est américaine et l’Europe doit consolider les bases de sa société démocratique. Et la liberté des médias, de l’information sont consubstantielles avec la société démocratique »

De quoi nourrir la réflexion des élus avant l’audition de Vincent Bolloré mercredi à 16H45 devant la commission d’enquête.

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Rachat d’Itélé : « J’ai pris le parti de la rédaction face à Vincent Bolloré qui faisait du fox news », relate Patrick Eveno
3min

Culture

« Le cinéma est un refuge constant » - Alexandre Arcady

Tout son cinéma parle de transmission. Des destins individuels face à l’Histoire, où le clan et la famille constituent un refuge. Aujourd’hui, l’auteur du Grand Pardon et du Coup de Sirocco sort son nouveau film, Fausse Note. Nostalgique de son enfance passée à Alger, où tous vivaient dans une fraternité « insouciante », il s’alarme aujourd’hui des fractures de la société. Cette semaine, Alexandre Arcady est l’invité de Rebecca Fitoussi dans Un monde, un regard.

Le

FRANCE: Bernard Tapie a l’emission « L’Heure de verite »
11min

Culture

Le retour de « L’Heure de Vérité » sur France 2, émission culte des années 1980 : « Elle a été le moment mitterrandien de notre télévision »

Indissociable de la vie politique des années 1980, « L’Heure de Vérité » revient sur France 2, avec Edouard Philippe comme premier invité. Pendant 13 ans, cette émission culte a façonné les grands moments du jeu politique télévisuel français. Mais elle a aussi été pointée du doigt, comme le rappelle Alexis Lévrier, historien de la presse et des médias, pour avoir participé à l’essor de Jean-Marie Le Pen.

Le

Rachat d’Itélé : « J’ai pris le parti de la rédaction face à Vincent Bolloré qui faisait du fox news », relate Patrick Eveno
2min

Culture

Homme politique : « Un métier que j’aurais pu faire » reconnaît Patrick Mille 

Il est à l’affiche de Laponie, la nouvelle pièce comique du duo Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte au Théâtre de la Renaissance. Mais il excelle également dans les rôles de méchant et se passionne des personnages politiques ou historiques. Un comédien engagé qui alerte sur les risques de censure dans le monde de la culture. Patrick Mille est cette semaine l’invité de Rebecca Fitoussi dans Un monde, un regard.

Le

Rachat d’Itélé : « J’ai pris le parti de la rédaction face à Vincent Bolloré qui faisait du fox news », relate Patrick Eveno
2min

Culture

Alfred Hitchcock avait un « rapport aux femmes extrêmement pervers » dénonce Mélanie Page

Elle incarne Tippi Hedren, actrice fétiche d’Alfred Hitchcock, et nous dévoile l’histoire méconnue de celle qui la première a dit « non » aux avances et aux gestes déplacés du réalisateur tout puissant. Une opposition qui lui coutera sa carrière. Mélanie Page actrice engagée dans la lutte contre les violences sexuelles nous parle de ce #MeToo avant l’heure dans « Hitchcock et Mary Rose » actuellement à l’affiche du Théâtre de l'œuvre. Elle est cette semaine, l’invitée de Rebecca Fitoussi dans Un monde, un regard.

Le