Sous nos yeux
Documentaire Sous nos yeux de Stéphane Miquel

Entre résistance et vie quotidienne, ils ont filmé l’occupation en super 8

C’est un film sur la Seconde Guerre mondiale, sans images du conflit ou presque. Portrait d’une France sous l’occupation racontée à partir d’images amateurs, celles des Normands, photographes ou simple amateurs fortunés qui dès les années 30 s’étaient équipés de caméras super 8. Un film rare qui documente la vie qui continue malgré les bombes et les privations.
Pierre Bonte-Joseph

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3 min

Publié le

Nous sommes en Normandie, en 1940. Ce jour-là, la famille Bignon s’est réunie pour fêter la communion de la petite dernière. Coiffe, robe, la cadette de la famille se prépare sous l’objectif de son père. Sur la bobine, le père alterne les plans de la fête qui se prépare avec les colonnes de réfugiés qui fuient les combats qui font rage au nord aux Pays-Bas et en Belgique.

La guerre filmée par les amateurs est ainsi. Et mêle le récit du quotidien avec la grande Histoire. En s’appuyant sur des archives privées inédites le film « Sous nos yeux » de Stéphane Miquel nous plonge dans l’histoire si bouleversée de la Normandie entre 1939 et la libération en 1945. Terre du débarquement, la Normandie fut d’abord une des premières régions occupées par les Allemands, mais elle fut aussi un territoire marqué à jamais par les bombardements alliés.

Témoigner malgré l’interdiction

Dans ces images amateurs, on découvre d’abord la mobilisation des Français dès septembre 1940, où chacun sur son pas de porte amène ce qu’il a d’objets métalliques pour participer aux efforts d’armement, on y perçoit aussi la stupéfaction de la population à l’arrivée des premiers contingents allemands. Mais surtout, on y voit la volonté de témoigner d’une vie bouleversée comme un acte de résistance, alors que dès 1942 filmer devient interdit. Des images jamais montrées et un témoignage précieux de l’occupation filmé depuis les balcons, derrière les rideaux, pour plus de discrétion.

Des vies sous l’occupation

Mais la vertu du film c’est aussi de montrer la vie qui continue, où chaque moment de joie familiale devient un moment volé aux pénuries et à l’éloignement des hommes partis combattre. Des images qui oscillent entre démonstration d’une forme de résistance lorsqu’elles montrent les engins militaires garées dans un lycée sous les bâches qui les dissimulent au regard, et compromission lorsqu’un jeune homme fait le salut hitlérien tout sourire.

Un film rare qui raconte aussi le délabrement, les ruines de la fin de la guerre ou 20 000 civils normands périrent. Mais les images les plus émouvantes restent sans conteste celles du retour des prisonniers recouvrant leur liberté et accueillis sur les quais des gares.  Accueillis par le réconfort des proches, alors que les Français les accablent pour ne pas avoir réussi à gagner la guerre.

Retrouvez le documentaire Sous nos yeux jeudi 1er janvier à 11h30 sur Public Sénat puis en replay sur notre site internet ici.

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