« Je ne crois pas que l’époque soit plus terrible qu’elle ne l’était en 1937 ou en 1938, chaque siècle a connu ses années de barbaries », estime Marc Lévy

En 2000, Marc Lévy publie son premier roman, « Et si c’était vrai ». Traduit en 44 langues et vendu à plus de trois millions d’exemplaires, son succès est fulgurant. Depuis cette première publication, ses écrits ont pris un virage plus géopolitique. Ses fictions font désormais largement écho à l’actualité. Dans son roman « Noa », écrit avant le 24 février 2022, il va même jusqu’à prédire l’offensive russe en Ukraine. Quel rôle les intellectuels peuvent-ils jouer dans la compréhension des conflits ? Comment et pourquoi écrire en ces temps de trouble ? Cette semaine, Rebecca Fitoussi reçoit Marc Lévy dans « Un Monde un Regard ».
Lauralie Margalejo

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Marc Lévy a commencé à écrire pour raconter des histoires à son fils. Depuis sa première publication, ses livres ont pris un autre tournant, plus géopolitique. S’il y a bien un fil rouge dans ses romans, c’est l’humanité : « que ce soit une comédie, un policier, un thriller politique ou un roman historique comme ça été le cas avec  Les enfants de la liberté ce qui est le plus important pour moi, c’est la mise en lumière de l’humanité des personnages ». Une humanité de ses personnages de fiction qui permet d’approcher selon lui la réalité des conflits.

Quand la fiction fait écho à l’actualité

Dans « Noa », il pressent l’invasion russe en Ukraine et raconte les rafles d’enfants par les Russes dans « La symphonie des monstres ». Aujourd’hui, l’auteur observe avec attention les menaces de l’époque : « je ne crois pas que l’époque soit plus terrible qu’elle ne l’était en 1937 ou en 1938, chaque siècle a connu ses années de barbaries. Je crois résolument au fait que les forces du mal avancent quand les forces du bien restent immobiles », explique-t-il.

Fils de résistant, Marc Lévy fait, à sa manière, lui aussi acte de résistance en proposant au grand public des œuvres permettant d’avoir une fenêtre ouverte et incarnée sur l’actualité. Les questions qui le guident sont les suivantes : « qu’est-ce qui fait qu’à un moment de sa vie on devient Jean-Moulin ou Lacombe Lucien ? Qu’est-ce qui fait qu’on résiste à la haine ? Qu’est-ce qui fait qu’on reste gardien de cette parcelle d’humanité qui nous est confiée ? »

La « lâcheté » des intellectuels et des politiques

L’auteur fustige néanmoins la « lâcheté » des politiques et de « certaines personnes qui ont été érigées en tant qu’intellectuels ». Il retrouve chez ces dernières « les mêmes lâchetés que celles qui étaient dites par certains intellectuels français » aux prémices de la Seconde Guerre mondiale, « les mêmes égoïsmes, et donc cette même vision à court terme de l’avenir ». Il affirme que pendant que certains se demandaient pourquoi entrer en guerre contre l’Allemagne ou l’Autriche, ou encore pourquoi fonder l’Europe, « d’autres étaient dans les maquis, se faisaient arrêter, torturer, déporter, mais se sont battus pour qu’aujourd’hui Michel Onfray soit à la télévision ». Si Marc Lévy se qualifie de « quelqu’un de nature très calme », il concède que « cette courte mémoire » est « probablement la seule chose » qui le « met en colère ».

« L’actualité est aujourd’hui complètement déshumanisée »

 A travers ses romans, Marc Lévy entend offrir une alternative à « la surenchère de l’actualité (…) totalement déshumanisée ». « Quand je vous dis aujourd’hui les russes  ont bombardé l’Ukraine et il y a eu neuf morts, ça vous fait moins de choses que si je vous dis qu’il y a un gros orage qui va tomber sur Paris ou sur Lyon à midi », explique-t-il, « mais si vous lisez un livre et que vous lisez l’histoire de ses personnages, ou de son entourage, alors à chaque fois que vous allez entendre qu’il y a eu un bombardement, cette histoire sera incarnée parce qu’elle va entrer en vous. »

L’auteur a également un public russophone important. Si son éditeur a réussi à publier « Noa »  qui raconte la chute du dictateur biélorusse Alexandre Loukachenko, il est désormais en exil. L’auteur et lui ont fait le choix de publier « La symphonie des monstres » gratuitement sur internet. Il estime qu’« il faut faire une distinction entre la Russie de Poutine et la Russie et les Russes, comme il faut faire une distinction entre les Allemands et les nazis. »

L’intégralité de l’émission est disponible en replay.

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