« La dictature est un one-man show qui a mal tourné ! », Jonathan Lambert revient sur l’époque burlesque que nous traversons

C’est la liberté qui dicte ses choix artistiques. L’auteur de Qui a volé mes jambes ? (éd. du Seuil) revient sur le devant de la scène avec un roman-photo où il déroule une enquête policière absurde. Une fois n’est pas coutume, il renouvelle la forme. Comme pour ne pas s’enfermer dans un style, comme pour éviter de se répéter ou de ne plus être drôle. Sans cesse, Jonathan Lambert s’applique à faire ce pas de côté avec l’époque pour mieux saisir ce qui résiste au temps. Le comédien-humoriste révèle à Rebecca Fitoussi comment il fait pour rester au goût du jour dans Un monde, un regard. 
Simon Nicolle

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

L’humour politique, une denrée culturelle périssable

Sa référence en la matière est le burlesque : « Le burlesque ou l’humour visuel, a priori, font rire encore 20 ou 30 ans après alors que des sujets [politiques ou sociétaux référencés dans une époque] vieillissent très mal ». Jonathan Lambert s’inscrit en faux s’agissant du poncif selon lequel l’on ne peut plus rien dire, il estime que certaines blagues ne sont juste plus à propos désormais.  « L’humour n’y échappe pas, comme dans la mode ou dans la musique, il y a des choses que l’on ne ferait plus [qui ne sont plus à la mode], mais c’est bien de se remettre en question. »

Si Jonathan Lambert admet une forme de vanité chez lui, le comédien-humoriste aimerait que ce qu’il raconte dure après sa mort. « J’ai toujours voulu raconter des histoires plutôt que simplement des blagues, il y a quelque chose de plus pérenne », avoue-t-il. Quand il revisionne à l’occasion ses années Canal, son personnage célèbre de l’époque le fait toujours rire. « C’était tellement décalé, tellement hors du temps que le personnage tient encore le coup. »

Le plus souvent, les personnages de Jonathan Lambert ne font pas la une, « aucune raison ne poussait à ce que l’on s’intéresse à eux » ce qui les rend d’autant plus attachants. Pourtant pour s’inscrire dans les pas de sa référence comique ultime, il lui est aussi arrivé de caricaturer des dictateurs, en 2016, sans les trouver attachants pour autant.

Charlie Chaplin, le premier à saisir la part burlesque des dictateurs

« La dictature est un one-man show qui a mal tourné ! Chaplin l’avait bien mieux fait et bien avant moi, mais il y a du burlesque chez les dictateurs. Avec la mise en scène de leur pouvoir, on est vraiment dans le spectacle », s’était dit Jonathan Lambert à son tour. Il en avait même fait un spectacle intitulé Looking for Kim, un jeu de mots habile en référence au nom de l’actuel leader nord-coréen (celui des deux précédents également…).

Même s’il perçoit des points communs entre les dictateurs (notamment leur égo), il reconnait aussi que ces personnages passés comme présents empruntent des chemins différents. Pourtant, Jonathan Lambert remarque que souvent l’on ne naît pas autocrate, on le devient. « Très souvent les dictateurs sont élus démocratiquement, il y a eu des coups d’État évidemment mais cela peut aussi être un glissement graduel. » Il avait commencé à évoquer la figure de Donald Trump dans le dit spectacle d’il y a 8 ans, mais il aurait surement de quoi enrichir le personnage depuis l’assaut du Capitole en 2021.

L’émission est à retrouver en intégralité ici.

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

« La dictature est un one-man show qui a mal tourné ! », Jonathan Lambert revient sur l’époque burlesque que nous traversons
6min

Culture

Gaëtan Roussel, l’art du déséquilibre

De Louise Attaque à sa carrière en solo, en passant par les collaborations avec Alain Bashung ou Vanessa Paradis, Gaëtan Roussel n’a cessé d’explorer de nouveaux horizons musicaux. Mais trente ans après ses débuts, le chanteur et compositeur cultive toujours le goût de la rencontre et le refus de l’immobilisme. Cette semaine, il est l’invité de Rebecca Fitoussi dans « Un monde, un regard ».

Le

« La dictature est un one-man show qui a mal tourné ! », Jonathan Lambert revient sur l’époque burlesque que nous traversons
3min

Culture

« Le cinéma est un refuge constant » - Alexandre Arcady

Tout son cinéma parle de transmission. Des destins individuels face à l’Histoire, où le clan et la famille constituent un refuge. Aujourd’hui, l’auteur du Grand Pardon et du Coup de Sirocco sort son nouveau film, Fausse Note. Nostalgique de son enfance passée à Alger, où tous vivaient dans une fraternité « insouciante », il s’alarme aujourd’hui des fractures de la société. Cette semaine, Alexandre Arcady est l’invité de Rebecca Fitoussi dans Un monde, un regard.

Le

FRANCE: Bernard Tapie a l’emission « L’Heure de verite »
11min

Culture

Le retour de « L’Heure de Vérité » sur France 2, émission culte des années 1980 : « Elle a été le moment mitterrandien de notre télévision »

Indissociable de la vie politique des années 1980, « L’Heure de Vérité » revient sur France 2, avec Edouard Philippe comme premier invité. Pendant 13 ans, cette émission culte a façonné les grands moments du jeu politique télévisuel français. Mais elle a aussi été pointée du doigt, comme le rappelle Alexis Lévrier, historien de la presse et des médias, pour avoir participé à l’essor de Jean-Marie Le Pen.

Le

« La dictature est un one-man show qui a mal tourné ! », Jonathan Lambert revient sur l’époque burlesque que nous traversons
2min

Culture

Homme politique : « Un métier que j’aurais pu faire » reconnaît Patrick Mille 

Il est à l’affiche de Laponie, la nouvelle pièce comique du duo Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte au Théâtre de la Renaissance. Mais il excelle également dans les rôles de méchant et se passionne des personnages politiques ou historiques. Un comédien engagé qui alerte sur les risques de censure dans le monde de la culture. Patrick Mille est cette semaine l’invité de Rebecca Fitoussi dans Un monde, un regard.

Le