« La dictature est un one-man show qui a mal tourné ! », Jonathan Lambert revient sur l’époque burlesque que nous traversons

C’est la liberté qui dicte ses choix artistiques. L’auteur de Qui a volé mes jambes ? (éd. du Seuil) revient sur le devant de la scène avec un roman-photo où il déroule une enquête policière absurde. Une fois n’est pas coutume, il renouvelle la forme. Comme pour ne pas s’enfermer dans un style, comme pour éviter de se répéter ou de ne plus être drôle. Sans cesse, Jonathan Lambert s’applique à faire ce pas de côté avec l’époque pour mieux saisir ce qui résiste au temps. Le comédien-humoriste révèle à Rebecca Fitoussi comment il fait pour rester au goût du jour dans Un monde, un regard. 
Simon Nicolle

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L’humour politique, une denrée culturelle périssable

Sa référence en la matière est le burlesque : « Le burlesque ou l’humour visuel, a priori, font rire encore 20 ou 30 ans après alors que des sujets [politiques ou sociétaux référencés dans une époque] vieillissent très mal ». Jonathan Lambert s’inscrit en faux s’agissant du poncif selon lequel l’on ne peut plus rien dire, il estime que certaines blagues ne sont juste plus à propos désormais.  « L’humour n’y échappe pas, comme dans la mode ou dans la musique, il y a des choses que l’on ne ferait plus [qui ne sont plus à la mode], mais c’est bien de se remettre en question. »

Si Jonathan Lambert admet une forme de vanité chez lui, le comédien-humoriste aimerait que ce qu’il raconte dure après sa mort. « J’ai toujours voulu raconter des histoires plutôt que simplement des blagues, il y a quelque chose de plus pérenne », avoue-t-il. Quand il revisionne à l’occasion ses années Canal, son personnage célèbre de l’époque le fait toujours rire. « C’était tellement décalé, tellement hors du temps que le personnage tient encore le coup. »

Le plus souvent, les personnages de Jonathan Lambert ne font pas la une, « aucune raison ne poussait à ce que l’on s’intéresse à eux » ce qui les rend d’autant plus attachants. Pourtant pour s’inscrire dans les pas de sa référence comique ultime, il lui est aussi arrivé de caricaturer des dictateurs, en 2016, sans les trouver attachants pour autant.

Charlie Chaplin, le premier à saisir la part burlesque des dictateurs

« La dictature est un one-man show qui a mal tourné ! Chaplin l’avait bien mieux fait et bien avant moi, mais il y a du burlesque chez les dictateurs. Avec la mise en scène de leur pouvoir, on est vraiment dans le spectacle », s’était dit Jonathan Lambert à son tour. Il en avait même fait un spectacle intitulé Looking for Kim, un jeu de mots habile en référence au nom de l’actuel leader nord-coréen (celui des deux précédents également…).

Même s’il perçoit des points communs entre les dictateurs (notamment leur égo), il reconnait aussi que ces personnages passés comme présents empruntent des chemins différents. Pourtant, Jonathan Lambert remarque que souvent l’on ne naît pas autocrate, on le devient. « Très souvent les dictateurs sont élus démocratiquement, il y a eu des coups d’État évidemment mais cela peut aussi être un glissement graduel. » Il avait commencé à évoquer la figure de Donald Trump dans le dit spectacle d’il y a 8 ans, mais il aurait surement de quoi enrichir le personnage depuis l’assaut du Capitole en 2021.

L’émission est à retrouver en intégralité ici.

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