« Le rire est un médicament que je donne aux autres, et que je prends moi-même » confie Philippe Geluck

Depuis 40 ans, il croque d’un regard amusé notre époque, à travers un personnage de bande-dessinée : le Chat. Artiste prolifique, il a aussi été chroniqueur de télévision et de radio, acteur au théâtre ou cinéma, et même sculpteur. Dans tout ce qu’il touche il y insuffle l’humour. Faire rire, ce n’est pas seulement le sens de son œuvre, c’est un sacerdoce. Il manie le rire comme un instrument de résistance, essentiel pour surmonter les épreuves de la vie et le fond de l’air anxiogène de notre époque. Cette semaine, Rebecca Fitoussi reçoit Philippe Geluck dans l’émission « Un monde, un regard ».
Agathe Alabouvette

Temps de lecture :

3 min

Publié le

« Nous vivons des temps difficiles : la guerre en Ukraine, les dictatures d’Iran et d’ailleurs, les graves problèmes environnementaux, l’inflation… Mais pourtant, le matin, le ciel est beau » avait-t-il déclaré un jour.

Sur le plateau d’ « Un monde, un regard », Philippe Geluck le réaffirme : il est un éternel optimiste. Mais cela ne l’empêche pas de sentir « totalement angoissé » par les crises politiques, sociales, environnementales de notre époque.  « Si nous n’étions pas angoissés par ce qu’il se passe, nous serions déconnectés de la réalité. Comment peut-on être serein devant tant d’injustices ? »

Une facette méconnue de lui, qu’il dissimule à dessein. « Je ne peux pas, je ne veux pas le montrer. Tous les matins j’essaie de faire rire les autres, ma compagne, mes enfants et les lecteurs. C’est ma mission, ça devient un devoir. Le rire est un médicament que je donne aux autres, et que je prends moi-même. »

« Face à l’horreur absolue, le rire est notre seule force »

Cette foi en un rire salvateur lui vient peut-être de cette confidence bouleversante faite par un ami de ses parents, ancien déporté des camps de concentration nazis. «Il m’a dit : même là-bas, nous avons continué à rire, en nous foutant de la gueule de nos tortionnaires », raconte Philippe Geluck. « Dans ce contexte le plus dramatique, le rire est resté là comme une lumière dans obscurité. Face à l’horreur absolue, c’est notre seule force. »

Une force propre à l’humanité, et universelle. « Dans toutes les civilisations, on rit » disserte Philippe Geluck. « Dès les premières semaines de vie, un bébé qui reconnaît ses parents va rire pour exprimer son bonheur ».

« Le droit au blasphème ne doit pas devenir un devoir »

Rire de Dieu, Philippe Geluck s’y autorise, avec un raisonnement singulier. « Si le rire est humain et que Dieu créer les hommes, Dieu créé aussi le rire. Il ne doit donc pas s’étonner de notre autodérision ». A l’aube du dixième anniversaire des attentats de Charlie Hebdo, le dessinateur en rappelle l’impérieuse liberté. Avec une vigilance : « Prenons garde nous Occidentaux, à ne pas nous dire que la vérité que nous avons édictée est universelle et valable pour tous. Ce n’est pas parce que dans la patrie des droits de l’homme le blasphème est autorisé, que le blasphème doit devenir un devoir. Il faut penser aux personnes qui ne sont pas éduquées, dont la tête est bourrée de croyances, qui croient sincèrement à ces choses-là. »

Retrouvez l’intégralité de l’émission en replay ici. 

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

« Le rire est un médicament que je donne aux autres, et que je prends moi-même » confie Philippe Geluck
2min

Culture

Alfred Hitchcock avait un « rapport aux femmes extrêmement pervers » dénonce Mélanie Page

Elle incarne Tippi Hedren, actrice fétiche d’Alfred Hitchcock, et nous dévoile l’histoire méconnue de celle qui la première a dit « non » aux avances et aux gestes déplacés du réalisateur tout puissant. Une opposition qui lui coutera sa carrière. Mélanie Page actrice engagée dans la lutte contre les violences sexuelles nous parle de ce #MeToo avant l’heure dans « Hitchcock et Mary Rose » actuellement à l’affiche du Théâtre de l'œuvre. Elle est cette semaine, l’invitée de Rebecca Fitoussi dans Un monde, un regard.

Le

France
2min

Culture

Journées du patrimoine : que pourra-t-on voir au Palais du Luxembourg, siège du Sénat ?

À l’occasion des 43ᵉ Journées européennes du patrimoine, les 19 et 20 septembre prochains, le Palais du Luxembourg ouvre ses portes aux visiteurs sans réservation préalable. De l'hémicycle à la chapelle de la reine, en passant par la majestueuse Salle des Conférences et les serres du jardin du Luxembourg, découvrez les coulisses de la Haute assemblée.

Le

« Le rire est un médicament que je donne aux autres, et que je prends moi-même » confie Philippe Geluck
3min

Culture

Pour Bruno Patino, « les IA nous isolent en nous accompagnant tout le temps »

Que reste-t-il de la promesse initiale d’un monde connecté où la connaissance serait partagée par tous ? Les GAFAM sont-elles des entreprises à trop forte capacité de nous nuire ? De l’espoir originel d’un monde plus égalitaire à l’inquiétude actuelle de notre possible obsolescence, Bruno Patino pense notre époque et nous alerte. Mais la responsabilité de ces évolutions n’incombe-t-elle qu’aux entreprises de la tech ? Ne sommes-nous pas nous-mêmes responsables de notre asservissement progressif ? L’essayiste et patron d’Arte répond à toutes ces questions de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard.

Le

« Le rire est un médicament que je donne aux autres, et que je prends moi-même » confie Philippe Geluck
3min

Culture

Pour le chef Paul Pairet « l’Occident en général a tendance à caricaturer la Chine depuis toujours »

Sa casquette et son style le distinguent de tous les autres chefs étoilés. Amoureux de l’Asie et de ses saveurs, le télégénique chef Paul Pairet a su traduire son goût de la découverte dans les assiettes comme nul autre avec une simplicité déconcertante en dépit d’un succès mondial. Invité de Rebecca Fitoussi dans Un monde, Un regard, il revient sur son parcours marqué par une passion dévorante.

Le