Du pyjama au bikini, comment la plage a lancé la libération des corps ?
Quoi de mieux que le plaisir du sable, du soleil, de l’eau salée pour redonner à son corps un élan de vitalité. Devenues depuis des décennies le lieu incontournable des plaisanciers, il a pourtant fallu aux plages du temps pour bâtir leurs légendes. C’est ce que nous raconte le documentaire « L’odyssée des plages » d’Emmanuel Blanchard.
« Biarritz n’était il n’y a pas si longtemps qu’un petit village et Deauville, un marécage. »
Pendant longtemps, la plage était considérée comme un lieu agressif et effrayant. Le vent, le froid, mais aussi l’horizon et les fonds marins. Sur les cartes marines, partout sur la mer des créatures monstrueuses étaient représentées : krakens, serpents de mer ou autres Léviathans. Personne ne songeait alors à piquer une tête ou poser sa serviette au bord de l’eau.
Il faudra attendre la fin du 18ème siècle, pour que progressivement se mette en route ce qui allait devenir une véritable révolution pour le tourisme estivale mais aussi pour la libération des corps.
En 1752 à Brighton, un certain Richard Russel, médecin britannique, prescrit à ses patients, une thérapie à base d’eau : L’hydrothérapie. Le principe est simple : s’immerger de la tête au pied dans l’eau de mer et se purifier à son contact. Selon lui, les vertus de la mer seraient sans limite et soigneraient les maux… Aristocrates et européens aisés se ruent alors vers les plages pour expérimenter « La méthode Russel ».
Très vite, les résultats semblent au rendez-vous et de plus en plus de monde essaye l’hydrothérapie. Ni une, ni deux, c’est presque tout habillés que ces malades se jettent à l’eau sans savoir nager. Vêtements trempés et alourdis, difficile d’imaginer les bains comme une partie de plaisir.
Pour la première fois, les femmes, habituellement survêtues, décident de se dévêtir pour rendre leurs baignades plus confortables. Elles laissent entrevoir leurs formes. La route est longue avant le bikini et le topless, mais la libération des corps est en marche !
Pour attirer de plus en plus de monde à la plage et satisfaire une nouvelle clientèle, promoteurs et investisseurs débordent d’idées… Casinos, cabanes de plage, activités nautiques, tout est mis en œuvre pour que le bord de mer devienne un lieu de consommation. Et ça marche, les loisirs de plage se développent à l’exception de la natation. Il faudra des années pour transformer les barboteurs en véritable nageurs.
Une femme va cependant marquer son époque à travers cette discipline. Née avec les muscles des jambes atrophiés, l’australienne Annette Kellermann, sous les conseils de son médecin, se met très tôt à la natation jusqu’à se hisser sur les plus hautes marches des podiums.
À l’heure ou la simple vu d’une cheville fait chavirer les cœurs, Annette Kellermann choisi, en s’inspirant des nageurs masculins, de dévoiler ses bras et ses jambes. Les plus conservateurs crient au scandale et en 1907, en marge d’une compétition à Boston, elle est arrêtée pour « indécences ». L’évènement est très médiatisé et permettra de populariser à la fois la natation féminine mais également les premiers maillots de bains une pièce. Ils se portent près du corps et laissent généralement à vue, les bras et les jambes. Le confort est assuré, à la fois hors et à l’intérieur de l’eau.
La plage fait évoluer les critères de beauté !
Longtemps, les critères de beauté imposaient une peau parfaitement blanche, mais les vacances à la mer ont fini par donner au soleil et à la peau dorée une autre signification. Le teint halé devient alors signe de richesse. On a le temps de partir en vacances, de profiter de la mer et du soleil, alors on bronze. Et puis l’activité physique lié à la plage invite à entretenir son corps, on le sculpte. Dans les années 1930, le cinéma et des films comme « Tarzan », provoquent un véritable engouement pour la natation. Les gens veulent apprendre à nager ! Athlétiques et embellis, les plaisanciers ressentent un besoin irrépressible de se dévêtir et les maillots de bains rétrécissent à vue d’œil !
Des corps de plus en plus nus
L’ingénieur automobile et couturier Louis Réard sent la mode tourner et la libération des corps prendre de l’ampleur. Au début des années 30, il invente le Bikini, maillot féminin qui laisse apercevoir le nombril, partie du corps très sexualisé à l’époque. Pour vendre son invention, il ose le slogan « bombe anatomique », en référence aux essais nucléaires que les américains font au large de la plage qui porte le même nom. La présentation du Bikini choque et le succès n’est pas au rendez-vous.
Il faudra la naissance d’une sex-symbol pour donner au Bikini le succès qu’il mérite. En 1956, dans « Et dieu…créa la femme ! », Roger Vadim met en scène Brigitte Bardot, qui fait chavirer le cœur de trois hommes à Saint Tropez. Sensuelle, l’actrice est souvent dénudée. Ses formes sont mises en valeur et inspirent tout une génération de jeunes femmes à se libérer des mœurs de l’époque ! Le bikini de Louis Réard lui va à merveille ! Et quelques années plus tard, en 1964, il représente la moitié des maillots de bains vendus en France.
Dès lors le succès des plages ira crescendo. Si au début des années 30, seul 1 français sur 400 avait déjà vu la mer, rares sont aujourd’hui ceux qui n’y sont jamais allé. La plage, lieu de mixité sociale propice à l’émancipation et à la liberté où les corps sont dévoilés sans gênes. La plage comme un lieu où chacun a le droit d’être celui qu’il veut être le temps d’un été.
Retrouvez le documentaire « L’Odyssée des plages » samedi 15 juillet à 21h puis en replay sur notre site internet ici.
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