Michel Fau : « Le raisonnable est quelque chose que je fuis »

Si le décalage avec l’époque effraye certains, le comédien Michel Fau revendique une forme de marginalité. Lui qui aime sublimer les pièces de Molière et de Racine assume une résistance aux modes et aux tendances. Enfant solitaire et timide, il a su trouver remède dans le théâtre et l’opéra, et remplit aujourd’hui les salles. Invité de Rebecca Fitoussi dans Un monde, un regard, il raconte son amour pour la mise en scène et sa passion de la langue.
Rédaction Public Sénat

Temps de lecture :

3 min

Publié le

« J’ai fait un long chemin de croix avant de faire ce que je voulais faire. J’ai été très malheureux et désespéré. Maintenant je suis un peu stakhanoviste parce que j’ai besoin de rattraper le temps perdu », confie Michel Fau. Au même moment à l’affiche du film de Stéphane Demoustier L’inconnu de la grande arche et au théâtre de la Michodière dans la pièce La Jalousie de Sacha Guitry, comme comédien et metteur en scène, l’artiste multiplie les projets.

Metteur en scène et acteur : la méthode Fau

Un véritable hyperactif de la comédie, qui ne cache pas sa rigueur et son exigence lorsqu’il met en scène une pièce de théâtre : « je suis très maniaque très psychorigide, donc tout est réglé, les mouvements et même la tonalité de la voix », mais Michel Fau concède toutefois qu’« en même temps il y a une liberté parce que je suis pour un jeu très incarné et même par moment extravagant, et un peu surréaliste. Donc [les comédiens] trouvent une liberté de jeu », et de conclure, « le raisonnable est quelque chose que je fuis ».

Ce rôle ne l’empêche pas de prendre part au spectacle. Cette double casquette est « en train de revenir, il y a de nouveau des metteurs en scène-acteurs parce que c’est très important d’être là tous les soirs sur le bateau comme un chef d’orchestre. Le spectacle ne se décale pas et ne s’abîme pas », explique-t-il. Un exercice très apprécié car la « prétention de metteur en scène est calmée tout de suite […] je dois aller faire le pitre avec les autres ».

Le XXIe siècle aurait-il oublié ses classiques ?

Michel Fau se fait plus sévère encore lorsqu’il dresse un constat sur la pratique de la langue française dans le théâtre d’aujourd’hui : « déjà dans ma génération ce n’était pas terrible, mais dans la génération après moi, les gens sont beaucoup moins concernés par la beauté de la langue et l’audace (…) la beauté de la langue française est sublime et unique, c’est pour cela que je trouve ça dommage qu’à la Comédie française ou au Conservatoire qui sont des institutions qui à la base ont été inventées pour défendre cet art de dire, [il est dit] que ça n’existe plus. »

Il nuance son propos en insistant sur le fait que « le public n’est pas aussi bête qu’on veut nous le faire croire. Ils ont aussi envie de voir des choses belles c’est pour cela qu’il y a beaucoup de monde dans les musées, dans les expositions ou même à l’opéra » avant d’ajouter et de conclure « Il faut écouter Wagner, ou aller voir des films de Visconti, parce que c’est bouleversant, ça peut changer une vie »

L’émission est à retrouver en intégralité ici.

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Michel Fau : « Le raisonnable est quelque chose que je fuis »
3min

Culture

Pour le chef Paul Pairet « l’Occident en général a tendance à caricaturer la Chine depuis toujours »

Sa casquette et son style le distinguent de tous les autres chefs étoilés. Amoureux de l’Asie et de ses saveurs, le télégénique chef Paul Pairet a su traduire son goût de la découverte dans les assiettes comme nul autre avec une simplicité déconcertante en dépit d’un succès mondial. Invité de Rebecca Fitoussi dans Un monde, Un regard, il revient sur son parcours marqué par une passion dévorante.

Le

Sous nos yeux
3min

Culture

Entre résistance et vie quotidienne, ils ont filmé l’occupation en super 8

C’est un film sur la Seconde Guerre mondiale, sans images du conflit ou presque. Portrait d’une France sous l’occupation racontée à partir d’images amateurs, celles des Normands, photographes ou simple amateurs fortunés qui dès les années 30 s’étaient équipés de caméras super 8. Un film rare qui documente la vie qui continue malgré les bombes et les privations.

Le

Documentaire Le Luron en campagne de Jacques Pessis
4min

Culture

Thierry Le Luron, un pionnier de l’humour politique ?

« C’était un petit surdoué, une sale gosse d’une impertinence rare » se souvient Michel Drucker… Chanteur lyrique de formation, devenu imitateur et comique, Thierry Le Luron a marqué par sa brève carrière le paysage culturel et médiatique des années 70 et 80. Tissé d'interviews de ceux qui l’ont connu ou admiré et de larges extraits de sketchs, le documentaire de Jacques Pessis « Le Luron en campagne » diffusé sur Public Sénat montre combien Thierry Le Luron était insolent à une époque où l'humour n’était pas aussi libre qu’on pourrait le penser aujourd’hui.

Le

Michel Fau : « Le raisonnable est quelque chose que je fuis »
3min

Culture

Guy Savoy : « On nous annonçait qu’en l’an 2000 on ne mangerait que des pilules ! On s’est bien planté »

« Ce n’est plus de la passion, c’est de l’addiction », voilà comment Guy Savoy décrit son quotidien au travail. Installé dans le somptueux hôtel de la Monnaie à Paris, le chef est devenu un monument de la gastronomie française. En dehors des cuisines, pas question de se reposer, il publie un nouvel ouvrage Guy Savoy cuisine les écrivains : XIXe, dans lequel est sublimé l’appétit des auteurs du siècle romantique. Invité de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, le maître queux revient sur sa carrière et la place de la gastronomie dans l’hexagone.

Le