« Mon combat féministe n’est pas en France, il est en Afghanistan » déclare la grand reporter Dorothée Olliéric 

Pour informer, elle a échappé à la mort une bonne douzaine de fois. Aujourd’hui, elle revient sur les moments qui ont marqué sa carrière dans un livre, Maman s’en va t’en guerre(ed.du Rocher). Sa condition de femme reporter de guerre dans un milieu historiquement masculin, sa volonté de concilier métier et maternité ou ses combats féministes ; la reporter de guerre Dorothée Olliéric se raconte au micro de Rebecca Fitoussi, cette semaine, dans « Un monde, un regard ».
Agathe Alabouvette

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Si Dorothée Olliéric devait revivre sa vie, elle signerait sans hésiter. En donnant un seul conseil à la petite fille traqueuse qu’elle était. « Accroche toi bien, ça va secouer », un euphémisme tant elle a croisé les conflits. L’ex-Yougoslavie, le Rwanda, la centre Afrique, l’Afghanistan…Depuis trente ans sa vie secoue, aux quatre coins du globe, pour raconter les guerres dont elle est une témoin privilégiée.

Aujourd’hui, c’est elle qui se raconte, dans un livre, Maman s’en va-t-en guerre (ed.du Rocher). Un livre comme un mémoire, ponctué de photos d’archives, d’anecdotes, de souvenirs d’abord dédié à ses enfants. « Je voulais leur expliquer pourquoi j’ai manqué des noëls, des anniversaires », raconte Dorothée Olliéric. Un livre dédié aussi à toutes les jeunes femmes qui ont envie de faire ce métier. « Aujourd’hui encore, de jeunes reporter de guerre me demandent : est-ce que je pourrai avoir une vie de famille, des enfants ? Je leur réponds : oui, plus qu’avant, tu n’auras pas à choisir entre ton métier et ton rôle de mère. Ça va être dur mais c’est de l’organisation » assure Dorothée Olliéric.

Concilier sa maternité et son métier ? Elle regrette que cela reste une question posée aux femmes. « L’image du baroudeur est encore associée à notre profession. On ne pointe pas du doigt le mauvais père, on ne lui demande pas de se justifier. La culpabilisation, la charge mentale reviennent aux femmes. » Exemple à l’appui. « Une enseignante de mon fils m’avait dit : je sais très bien ce que vous faites, vous allez barouder sur des terrains de guerre. Vous ne pensez pas que vos enfants ont besoin d’une mère, que vous vous êtes amusée assez longtemps ? C’était d’une violence. J’ai pleuré comme une gamine. Et je suis repartie à la guerre », raconte-t-elle dans un sourire.

« En Afghanistan, on m’a dit : tu ne vas jamais pouvoir bosser. »

Dans la vie comme sur le terrain, « être une femme ne doit pas être un obstacle », martèle-t-elle. Avec sa force tranquille, Dorothée Olliéric arrive à ses fins. « Quand je suis allée en en Afghanistan, on m’a dit : tu ne vas jamais pouvoir bosser. Avec mon « fixeur », nous interrogeons un Taliban. Il m’explique que le régime va renvoyer les femmes à la maison. J’incarne ce qu’il rejette. Il refuse me regarder dans les yeux pendant l’interview mais il répond à mes questions et moi je fais mon boulot ».

« Mon combat féministe est en Afghanistan. »

Si elle est une figure d’émancipation, c’est vers l’Afghanistan que le combat féministe de Dorothée Olliéric se porte. « Aujourd’hui c’est le pire pays où naître de sexe féminin. Je suis en contact avec jeunes femmes sur place qui sont désespérées. Qui va intervenir pour les aider ? Les Américains et les Européens ne vont pas y retourner. Mon cœur est déchiré devant le sort des femmes afghanes, qui ne peuvent plus aller à l’école, à l’université. Mon combat féministe il est là, il n’est pas en France où il y a aussi des choses à faire. Crions, n’arrêtons jamais de parler d’elles pour essayer de faire bouger les choses. »

Retrouvez l’intégralité de l’émission en replay ici. 

Partager cet article

Dans la même thématique

« Mon combat féministe n’est pas en France, il est en Afghanistan » déclare la grand reporter Dorothée Olliéric 
3min

Culture

« Il faut être un peu ‘maso’ pour faire rire, surtout dans notre époque très plombante », estime Bertrand Chameroy

Même s’il sait mieux que personne à quel point ce métier est dur, il n’en a jamais envisagé un autre. Chaque jour dans ses chroniques aiguisées, il se brocarde l’actualité, et raille les politiques. Une forme de mise à distance nécessaire pour ne pas être accablé, avoue-t-il. Cette semaine, Bertrand Chameroy, raconte les coulisses de son métier au micro de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard.

Le

« Mon combat féministe n’est pas en France, il est en Afghanistan » déclare la grand reporter Dorothée Olliéric 
3min

Culture

Affaire Dreyfus : « Ce n’est pas une erreur judiciaire, il est victime d’un complot antisémite », rappelle Philippe Collin

Dans son dernier ouvrage, Philippe Collin compile documents et archives pour éclairer d’un nouveau jour l’affaire Dreyfus. Pour le journaliste, passionné d’Histoire, l’officier a sciemment fait l’objet d’un complot. Dans son ouvrage Alfred Dreyfus, le combat de la République (éditions Albin Michel), il décrit une société française où règne un « acmé d’antisémitisme », profondément ancré à l’extrême droite mais qui n’épargne pas non plus une partie de la gauche. Il était l’invité de l’émission Un monde, un regard présentée par Rebecca Fitoussi.

Le

Liffre: Matthieu Pigasse at Le Souffle Breton
6min

Culture

Matthieu Pigasse relance au Sénat le débat sur les interférences politiques sur la programmation des festivals en France  

La santé des festivals en France a largement occupé l’audition jeudi 11 juin, au Sénat, de l’homme d’affaire Matthieu Pigasse, par la commission d’enquête sur le financement privé des politiques publiques. Selon l’entrepreneur, propriétaire depuis 2017 du festival Rock en Seine, ou encore depuis 2025 de We Love Green, ces événements sont aujourd’hui au cœur de la bataille culturelle.

Le