Paris 2024 : Gérald Darmanin annonce 30 000 policiers et gendarmes mobilisés, un « défi » inédit

Paris 2024 : Gérald Darmanin annonce 30 000 policiers et gendarmes mobilisés, un « défi » inédit

Auditionné à propos de l’organisation de la sécurité lors de la Coupe du monde de rugby 2023 et des Jeux Olympiques de 2024, Gérald Darmanin est revenu sur les façons de mettre en œuvre l’exceptionnelle mobilisation policière nécessaire à la tenue de ces grands événements sportifs. Quelques détails, notamment sur la cérémonie d’ouverture des JO de Paris, restent à régler, mais le ministre s’est voulu confiant sur la bonne tenue de ces événements.
Louis Mollier-Sabet

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« Je ne sais pas si vous vous rendez compte des chiffres que j’ai annoncés. » Gérald Darmanin semble presque déçu de ne pas avoir suscité de ola dans la salle Médicis, en annonçant la mobilisation de 30 000 policiers et gendarmes en moyenne « sur un gros mois de Jeux Olympiques », avec un pic à 45 000 membres des forces de l’ordre pour la cérémonie d’ouverture sur les quais de Seine à Paris. Comme pour mieux incarner la mobilisation du ministère de l’Intérieur et des forces de l’ordre pour assurer la bonne tenue des prochains grands événements sportifs que la France va accueillir, Gérald Darmanin a insisté : « Les Jeux Olympiques et la Coupe du Monde de rugby me prennent un bon tiers de mon temps et mobiliser 30 000 policiers et gendarmes par jour, c’est un défi que la France n’a jamais mis en place. »

Vers un report du Tour de France, de la Braderie de Lille ou des grands festivals ?

À titre d’ordre de grandeur, Gérald Darmanin a précisé que sur les 250 000 membres des forces de l’ordre que compte actuellement la France avant les recrutements prévus dans la loi LOPMI, seuls 140 ou 150 000 étaient « mobilisables » sur l’ensemble du territoire. « La France va continuer à vivre indépendamment de ces JO, il faut donc garder une grande politique de sécurité partout ailleurs », a immédiatement précisé le ministre de l’Intérieur. Pour réussir cette mobilisation exceptionnelle, Gérald Darmanin mise d’abord sur la fin – le temps des Jeux Olympiques – des zones de compétences différenciées entre police et gendarmerie, « pour pouvoir concentrer les forces là où l’on a besoin d’eux. »

En « soulevant ces barrières mentales parfois très importantes », le ministre de l’Intérieur espère pouvoir donner des missions à des gendarmes en zone police, comme « tenir une gare », ou bien permettre à des gendarmes de combler les manques laissés par des policiers exceptionnellement mobilisés pour la sécurité des Jeux Olympiques. Les 7000 élèves dans les écoles de police et de gendarmerie qui seront à 8 mois de formation lors des Jeux Olympiques pourront aussi être mobilisés « pour aider les agents de sécurité privée, accompagner les personnes autour des stades, renseigner les appels 17 ou faire le lien avec les pompiers. » Le nombre de réservistes devrait aussi être porté à 8500, avec la création de la réserve de la police nationale inclue dans la loi LOPMI, qui compterait 1500 membres, et celle de la gendarmerie qui s’élèverait à 7000 membres.

Enfin, « l’annulation ou le report d’événement très demandeurs en forces de l’ordre », comme le Tour de France, les grands festivals ou la Braderie de Lille, pourraient permettre de dégager des forces vives pour les Jeux Olympiques. « Le but n’est pas d’interdire mais de reporter dans le temps certains événements en lien avec les élus. Nous faisons ce travail en ce moment même pour que les programmations culturelles puissent se faire », a précisé Gérald Darmanin. Enfin, les policiers, les gendarmes et les fonctionnaires du ministère de l’Intérieur ou des Renseignements ne pourront pas prendre leurs congés aux mois de juin, juillet et début août en 2024, « sauf exception. » Le ministre de l’Intérieur compte ainsi sur le « patriotisme » des forces de l’ordre et entend seulement « lisser les congés sur l’année » pour disposer du maximum de personnel disponible à l’été pour la préparation et la tenue des Jeux Olympiques.

Un dernier « sujet » à régler : la cérémonie d’ouverture

Et c’est bien l’Etat qui va être le principal ressort de cette mobilisation, puisqu’il avait déjà été décidé lors du quinquennat de François Hollande que le ministre de l’Intérieur serait le « coordonnateur suprême » de l’organisation de la sécurité des grands événements comme les Jeux Olympiques de Paris 2024 ou la Coupe du monde de rugby 2023. L’organisation de l’événement revient ensuite bien évidemment au Comité Olympique présidé par Tony Estanguet, mais un événement particulier reste pour le moment un « sujet », a expliqué le ministre de l’Intérieur : la cérémonie d’ouverture, qui devrait attirer 600 000 personnes sur les quais de Seine.

Le 26 juillet 2024, 100 000 personnes sont attendues sur les quais dits « bas », où les spectateurs devront acheter leur place, et 500 000 badauds devraient pouvoir s’amasser sur les quais dits « hauts » pour voir de plus loin la cérémonie. « Personne n’est pour l’instant responsable des quais hauts et des spectateurs qui viendraient gratuitement. Je plaide pour que ce soit une billetterie gratuite et que ce soit l’Etat qui soit responsable de la sécurité, et donc de l’organisation. On est en discussion avec la mairie de Paris. Si ça se passe mal on demandera de toute façon ce que fait le ministre de l’Intérieur, donc quitte à me faire engueuler, je préfère être vraiment responsable de l’organisation », a ainsi expliqué Gérald Darmanin.

En tout état de cause, 45 000 policiers et gendarmes devraient être mobilisés, « ce qui fait 40 membres des forces de l’ordre tous les 100 mètres », a précisé le ministre de l’Intérieur. « Je crois que Paris n’en aura jamais vu autant. »

Un plan « 0 délinquance »

En essayant de tirer des enseignements de la tenue de la finale de la Ligue des Champions au Stade de France le 28 mai dernier, où « ce qui a manqué, c’était le fait qu’on n’avait pas anticipé la délinquance », Gérald Darmanin a aussi annoncé que plus de 5000 « opérations anti-délinquance » auraient lieu en amont des Jeux Olympiques. Ces opérations devraient commencer « dès la semaine prochaine », a-t-il précisé, pour « harceler et nettoyer la délinquance par tous les moyens que nous pouvons mettre en place. » Le ministre de l’Intérieur espère ainsi que cela pourra être « un héritage des JO, si l’on arrive à baisser la délinquance dans les départements qui les accueillent. »

Pas de reconnaissance faciale, mais des « améliorations » dans l’utilisation de la vidéoprotection

Le ministre de l’Intérieur est enfin revenu sur l’usage que les forces de l’ordre et le ministère de l’Intérieur feraient de la vidéoprotection pendant les Jeux Olympiques. « Je ne suis pas pour la reconnaissance faciale », a d’emblée affirmé Gérald Darmanin. « Cela pose la question de la société que l’on veut, il faut accepter une part de risque, même si ce débat est toujours difficile à tenir. Je ne suis pas sûr que nous ayons les moyens de garantir que cela ne soit pas utilisé autrement par la suite. »

En revanche, le ministre de l’Intérieur a confirmé qu’il demanderait au Parlement, lors de l’examen de la loi sur la tenue des Jeux Olympiques, des « moyens légaux et budgétaires supplémentaires » sur la vidéoprotection, et notamment sur la « vidéosurveillance intelligente », qui utilise des intelligences artificielles pour repérer, sur des vidéos, des individus présentant telles ou telles caractéristiques. « Vous recherchez un homme qui a des cheveux longs avec un couteau, pas M. Darmanin », a argué le ministre de l’Intérieur à titre d’exemple, en déclarant s’inspirer « d’excellents rapports comme celui des sénateurs Daubresse et Hervé. »

Le texte en question est encore soumis à des arbitrages et à l’évolution du calendrier parlementaire, a précisé Gérald Darmanin, et ne serait donc examiné au Parlement que « dans un certain temps », s’est amusé le ministre en citant Raymond Devos, originaire de Tourcoing, fief de Gérald Darmanin.

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