FRANCE-CANNES-FILM-FESTIVAL
French actress Corinne Touzet arrives for the screening of the film "The Traitor (Il Traditore)" at the 72nd edition of the Cannes Film Festival in Cannes, southern France, on May 23, 2019. (Photo by Valery HACHE / AFP)

“Pendant des années, lors des castings, on me disait que j’étais trop grosse ou trop typée” confie Corinne Touzet

Entre 1996 et 2008, elle a incarné le personnage d’Isabelle Florent dans la série télévisée “Femme d’honneur” sur TF1. Et bien qu’elle avait un rôle central dans le projet, on lui a toujours demandé de rester à sa place d’actrice, sans qu’elle ne puisse faire la moindre suggestion d’interprétation ou de scénario. C’est pourquoi, au fil du temps, elle a décidé de mener ses propres projets. Cette semaine, Rebecca Fitoussi reçoit Corinne Touzet dans l’émission d’entretien, Un monde, un regard.
Stella Naville

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Productrice de onze téléfilms et désormais à l’affiche d’un seul en scène baptisé « Europeana, une brève histoire du 20ème siècle », Corinne Touzet affirme son indépendance et sa liberté. Pourtant, celles-ci n’ont pas toujours été faciles à conquérir…

“Femme d’honneur”, la femme mise à l’honneur ? 

En 1996, lorsque la série “Femme d’honneur” voit le jour, nous sommes encore très loin de Metoo et des revendications féministes actuelles. Pourtant, Corinne Touzet incarne une femme dans un métier d’homme et, qui plus est, dans une série programmée en prime sur la plus grande chaîne d’Europe. “C’était très courageux de la part du producteur, Christian Ferlet, d’avoir donné ce rôle à une femme. D’autant plus que c’était sa première série télévisée”.

 

Et malgré la place centrale donnée à la femme dans la série de Christian Ferlet, Corinne Touzet estime ne jamais s’être sentie libre de faire ce qu’elle voulait avec le personnage d’Isabelle Florent. “C’était une époque où on avait très peu de marge de manœuvre en tant que comédienne. Par exemple, mon héroïne n’a jamais eu d’aventures. Je me souviens que je n’arrêtais pas de demander qu’elle puisse aller en discothèque ou se bourrer la gueule au moins une fois dans sa vie”. Malheureusement, le souhait de la comédienne n’a jamais été exaucé, raison pour laquelle elle a fini par quitter la série. “Ce n’est pas la lassitude qui m’a fait partir car j’adorais mon personnage. Mais j’avais envie de proposer des choses et on ne m’écoutait pas. Il fallait soit disant que je reste à ma place de comédienne, que les spectateurs ne soient pas déstabilisés. Alors j’ai décidé de partir pour monter ma propre société de production”.

“Les années 1980 pour les femmes comédiennes étaient absolument terribles”

Et la difficulté d’être libre en tant qu’actrice, Corinne Touzet l’a souvent ressentie. “Sans vouloir en rajouter, les années 1980 pour les femmes comédiennes étaient absolument terribles. Moi, j’en ai bavé. Lorsque je suis arrivée dans le milieu du cinéma, la mode, c’était Miou-Miou et Sandrine Bonnaire. Résultat, à chaque casting, on me disait que j’étais trop grosse ou trop typée puisque j’ai la peau bronzée”. La comédienne exprime son admiration envers la jeunesse actuelle et le combat de cette dernière pour la liberté des femmes. “Désormais, les jeunes femmes sont indépendantes et libres par rapport à leurs corps. Elles s’assument et s’habillent comme elles veulent. Je les admire. Nous, à l’époque, nous ne pouvions pas le faire”.

 

Enfin libre

Mais aujourd’hui, Corinne Touzet semble totalement épanouie. “En menant mes propres projets, j’ai enfin pu être libre. Sur les planches, je me sens bien, il peut tout m’arriver”. La comédienne exprime au passage sa fierté d’avoir amené quelques personnes du petit écran au spectacle vivant. “Tous les jours, à la fin de mon spectacle, il y a des gens qui m’attendent pour me dire : je n’étais jamais venu au théâtre de ma vie. C’est ma plus grande fierté”. 

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

FRANCE: Bernard Tapie a l’emission « L’Heure de verite »
11min

Culture

Le retour de « L’Heure de Vérité » sur France 2, émission culte des années 1980 : « Elle a été le moment mitterrandien de notre télévision »

Indissociable de la vie politique des années 1980, « L’Heure de Vérité » revient sur France 2, avec Edouard Philippe comme premier invité. Pendant 13 ans, cette émission culte a façonné les grands moments du jeu politique télévisuel français. Mais elle a aussi été pointée du doigt, comme le rappelle Alexis Lévrier, historien de la presse et des médias, pour avoir participé à l’essor de Jean-Marie Le Pen.

Le

“Pendant des années, lors des castings, on me disait que j’étais trop grosse ou trop typée” confie Corinne Touzet
2min

Culture

Homme politique : « Un métier que j’aurais pu faire » reconnaît Patrick Mille 

Il est à l’affiche de Laponie, la nouvelle pièce comique du duo Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte au Théâtre de la Renaissance. Mais il excelle également dans les rôles de méchant et se passionne des personnages politiques ou historiques. Un comédien engagé qui alerte sur les risques de censure dans le monde de la culture. Patrick Mille est cette semaine l’invité de Rebecca Fitoussi dans Un monde, un regard.

Le

“Pendant des années, lors des castings, on me disait que j’étais trop grosse ou trop typée” confie Corinne Touzet
2min

Culture

Alfred Hitchcock avait un « rapport aux femmes extrêmement pervers » dénonce Mélanie Page

Elle incarne Tippi Hedren, actrice fétiche d’Alfred Hitchcock, et nous dévoile l’histoire méconnue de celle qui la première a dit « non » aux avances et aux gestes déplacés du réalisateur tout puissant. Une opposition qui lui coutera sa carrière. Mélanie Page actrice engagée dans la lutte contre les violences sexuelles nous parle de ce #MeToo avant l’heure dans « Hitchcock et Mary Rose » actuellement à l’affiche du Théâtre de l'œuvre. Elle est cette semaine, l’invitée de Rebecca Fitoussi dans Un monde, un regard.

Le

France
2min

Culture

Journées du patrimoine : que pourra-t-on voir au Palais du Luxembourg, siège du Sénat ?

À l’occasion des 43ᵉ Journées européennes du patrimoine, les 19 et 20 septembre prochains, le Palais du Luxembourg ouvre ses portes aux visiteurs sans réservation préalable. De l'hémicycle à la chapelle de la reine, en passant par la majestueuse Salle des Conférences et les serres du jardin du Luxembourg, découvrez les coulisses de la Haute assemblée.

Le