Quand Patrick Timsit raconte son départ d’Alger : « Paris, c’était l’Eldorado »

Âgé de deux ans seulement, Patrick Timsit quitte son Algérie natale avec ses parents. Aujourd’hui, il retrouve dans le récit des Ukrainiens qui quittent leur ville et leur pays, une part de son histoire. Élevé dans la maroquinerie de sa famille, les personnes rencontrées ont été de réelles sources d’inspiration pour l’humoriste qu’il est devenu. Comment a-t-il vécu son déracinement ? Quel regard porte-t-il sur son enfance à la fois parisienne et intimement liée à l’Afrique du Nord ? Cette semaine, Rebecca Fitoussi reçoit Patrick Timsit dans « Un Monde un Regard ».
Lauralie Margalejo

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Alors que la guerre d’Algérie fait rage, une bombe explose près de la maroquinerie de ses parents. La caserne d’en face est ciblée. Dans ce climat d’insécurité, tout quitter pour tout reconstruire s’impose pour le père de l’acteur. La famille arrive à Paris qu’elle perçoit comme un « Eldorado ». Patrick Timsit concède néanmoins que le départ d’Alger « a été un arrachement », bien qu’il n’ait « jamais été élevé dans la nostalgie et encore moins dans la colère ». Lorsqu’il évoque la situation en Ukraine, il se dit « touché » et établit un parallèle avec son histoire familiale : « j’ai eu l’impression que j’avais face à moi les images de ce qu’ont vécu mes parents, et donc, de ce que j’ai vécu ».

Un « Titi parisien » élevé dans la « culture d’Afrique du Nord »

Si Patrick Timsit est conscient que les Pieds-noirs « n’ont pas eu un bon accueil » en France, c’est une enfance heureuse que décrit l’acteur : « j’étais aimé, on n’a jamais manqué de rien, on habitait la cuisine de la boutique, mon père se débrouillait toujours pour que ce soit chaleureux et humain ». Il grandit dans le commerce de ses parents, place de la République, puis à Barbès, rue Poulet. S’il se « rappelle parfaitement cette vie de quartier » et se décrit volontiers comme un « Titi parisien », c’est dans « la musique et la culture d’Afrique du Nord » qu’il grandit.

La maroquinerie ou la «  Cour des Miracles »

Le jeune Patrick Timsit passe le plus clair de son temps dans la boutique de sa mère, où il rencontre une galerie de personnages inspirants. Il la compare à « la Cour des Miracles ». Sa « mère était très aimée ». Et pour cause, dans la famille Timsit : « on parle beaucoup ! », s’exclame l’humoriste. C’est dans cette maroquinerie qu’il croise pour la première fois un transsexuel, à l’âge de 10 ans. Sa mère lui explique spontanément : « n’aie pas peur mon chéri, cet homme est une femme ». Il décrit également « une dame énorme en kilos et en cœur, non voyante, qui passait ses après-midi » à la boutique, et que sa mère « emmenait en vacances ».

De la maroquinerie aux planches de théâtre en passant par l’immobilier

Ces personnages aux allures balzaciennes ont, sans nul doute, été une source d’inspiration pour les sketchs de l’humoriste. Après une courte carrière dans l’immobilier, c’est en promenant son chien, au Bois de Boulogne, qu’il rencontre Jean-Michel Noirey. Ce dernier lui ouvre alors les portes de son atelier de théâtre : « il me fait faire deux improvisations, les gens rient, je me suis dit : je vais essayer, c’est formidable ! C’est peut-être ça que je veux faire. Je sentais que j’avais envie de savoir, je ne voulais pas le regretter. J’ai fermé l’agence en 48h, je n’étais pas heureux ».

L’intégralité de l’émission est disponible en replay.

Partager cet article

Dans la même thématique

Quand Patrick Timsit raconte son départ d’Alger : « Paris, c’était l’Eldorado »
3min

Culture

« Le cinéma est un refuge constant » - Alexandre Arcady

Tout son cinéma parle de transmission. Des destins individuels face à l’Histoire, où le clan et la famille constituent un refuge. Aujourd’hui, l’auteur du Grand Pardon et du Coup de Sirocco sort son nouveau film, Fausse Note. Nostalgique de son enfance passée à Alger, où tous vivaient dans une fraternité « insouciante », il s’alarme aujourd’hui des fractures de la société. Cette semaine, Alexandre Arcady est l’invité de Rebecca Fitoussi dans Un monde, un regard.

Le

FRANCE: Bernard Tapie a l’emission « L’Heure de verite »
11min

Culture

Le retour de « L’Heure de Vérité » sur France 2, émission culte des années 1980 : « Elle a été le moment mitterrandien de notre télévision »

Indissociable de la vie politique des années 1980, « L’Heure de Vérité » revient sur France 2, avec Edouard Philippe comme premier invité. Pendant 13 ans, cette émission culte a façonné les grands moments du jeu politique télévisuel français. Mais elle a aussi été pointée du doigt, comme le rappelle Alexis Lévrier, historien de la presse et des médias, pour avoir participé à l’essor de Jean-Marie Le Pen.

Le

Quand Patrick Timsit raconte son départ d’Alger : « Paris, c’était l’Eldorado »
2min

Culture

Homme politique : « Un métier que j’aurais pu faire » reconnaît Patrick Mille 

Il est à l’affiche de Laponie, la nouvelle pièce comique du duo Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte au Théâtre de la Renaissance. Mais il excelle également dans les rôles de méchant et se passionne des personnages politiques ou historiques. Un comédien engagé qui alerte sur les risques de censure dans le monde de la culture. Patrick Mille est cette semaine l’invité de Rebecca Fitoussi dans Un monde, un regard.

Le

Quand Patrick Timsit raconte son départ d’Alger : « Paris, c’était l’Eldorado »
2min

Culture

Alfred Hitchcock avait un « rapport aux femmes extrêmement pervers » dénonce Mélanie Page

Elle incarne Tippi Hedren, actrice fétiche d’Alfred Hitchcock, et nous dévoile l’histoire méconnue de celle qui la première a dit « non » aux avances et aux gestes déplacés du réalisateur tout puissant. Une opposition qui lui coutera sa carrière. Mélanie Page actrice engagée dans la lutte contre les violences sexuelles nous parle de ce #MeToo avant l’heure dans « Hitchcock et Mary Rose » actuellement à l’affiche du Théâtre de l'œuvre. Elle est cette semaine, l’invitée de Rebecca Fitoussi dans Un monde, un regard.

Le