Rachida Dati défend « une préférence nationale pour nos artistes français et ceux qui vivent en France », Patrick Kanner dénonce « une faute politique »

En parlant de « préférence nationale pour nos artistes français », expression utilisée depuis longtemps par le RN, la ministre de la Culture a suscité les critiques du président du groupe PS, Patrick Kanner, et du communiste Pierre Ouzoulias. « Vous ne pouvez pas m’assimiler à ce que vous sous-entendez », s’est défendue Rachida Dati.
François Vignal

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L’échange était plus figuratif qu’abstrait. L’examen des crédits du budget de la culture, dans le cadre du projet de loi de finances, a été l’occasion au Sénat d’un échange quelque peu tendu, entre la ministre de la Culture, Rachida Dati, et le président du groupe PS, Patrick Kanner, ce vendredi.

« Soutenir les artistes qui vivent en France »

En cause : des propos de la ministre. Donnant son avis sur un amendement du sénateur Christian Bilhac visant à supprimer le centre national des arts plastiques (CNAP), la ministre a défendu la réforme du CNAP, avec des mots qui, s’est doutée la ministre elle-même par avance, ont fait réagir.

« Je vais employer un terme qui va peut-être un peu… Car je souhaite qu’il y ait une préférence nationale pour nos artistes français et les artistes de la création contemporaine qui vivent en France », a lâché Rachida Dati, car « sur la politique d’acquisition, on s’est rendu compte que ce n’était pas forcément le cas jusqu’à maintenant ». Son objectif est de « soutenir les artistes qui vivent en France ». Et de prendre « exemple sur le grand événement, Art Basel, un des plus importants, où nous avons moins de 1 % d’artistes français exposés ». « Je souhaite que la politique d’acquisition soit en direction des artistes français ou vivant en France », a-t-elle insisté, afin de les « soutenir, les promouvoir, les aider à s’exporter ».

« Nous savons très bien ce que veut dire cette expression de préférence nationale »

Des propos que n’a pas laissés passer Patrick Kanner. « Sauf erreur de ma part, il m’a semblé que vous assumez la notion de préférence nationale pour les artistes français. J’assume que votre propos est une faute politique. Il y a des expressions qui, dans cette enceinte, mériteraient d’être maîtrisés, dans la bouche d’un ministre. Je vous le dis avec beaucoup de force, beaucoup de solennité. Nous savons très bien ce que veut dire cette expression de préférence nationale », dénonce le président du groupe PS du Sénat.

Une réaction qui a entraîné une mise au point de Rachida Dati. « Cette expression de préférence nationale, j’ai dit que ça s’adresse à des artistes français et des artistes vivant en France. Vous imaginez bien que vous ne pouvez pas m’assimiler à ce que vous sous-entendez. Je vous le dis très clairement », lance celle qui est par ailleurs candidate à la mairie de Paris. Elle ajoute : « Je sais où j’habite, je sais d’où je viens, je connais mon parcours et je sais contre quoi j’ai combattu pour être sur ce banc ».

« Et pourquoi il n’y a pas de préférence nationale pour les logements sociaux ? » demande le sénateur RN Aymeric Durox

C’est là que le sénateur RN Aymeric Durox en profite pour réagir à son tour… pas pour les mêmes raisons. « J’ai aussi écouté avec attention l’argument mis en avant. Et je me suis toujours demandé pourquoi finalement il y avait une préférence nationale pour les artistes qui, on le sait, sociologiquement, viennent de milieux très privilégiés. Et pourquoi il n’y en avait pas par exemple pour les logements sociaux, pour l’attribution des aides sociales, pour les Français qui souffraient en général ? » s’est interrogé le sénateur d’extrême droite.

Le sénateur communiste, Pierre Ouzoulias, est venu clore cet échange, en soulignant que « jusqu’à présent, la France, c’était l’universalité, l’universalité de la culture, des artistes et ce que nous essayons de construire par la culture, c’est une conscience internationale. Vous rabaissez ça au slogan de feu le Front national. Je trouve ça désespérant et très triste. Je plains ce soir Charles de Gaulle et André Malraux ».

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