Agriculture : le nouveau président de la FNSEA auditionné au Sénat, fixe ses priorités
Élu en avril dernier à la présidence de la FNSEA Arnaud Rousseau s’est présenté, ce matin, devant la commission des affaires économiques du Sénat. Il détaille trois axes principaux de travail pour accompagner les agriculteurs français.
« Les sujets liés à l’agriculture en France sont cruciaux, complexes et souvent extrêmement sensibles ». Ce sont par ses mots que la Présidente de la commission des affaires économiques Sophie Primas a accueilli le nouveau Président de la FNSEA Arnaud Rousseau. « Mégabassines », produits phytosanitaires, réduction du bétail en France proposé par la cour des Comptes ou encore transitions environnementales : Arnaud Rousseau a présenté sa vision de l’agriculture centrée sur trois notions économiques : la souveraineté, la compétitivité et l’attractivité.
Natif de Seine-et-Marne, Arnaud Rousseau se définit comme un « agriculteur », étant issu d’une famille cultivant les céréales depuis « plusieurs générations ». Le profil de l’actuel maire d’une petite commune de 200 habitants est pourtant critiqué par l’association de protection de l’environnement Greenpeace mais aussi par la Confédération paysanne, un autre syndicat agricole. Diplômé d’une école de commerce à Paris, Arnaud Rousseau est aussi le Président du géant agro-industriel d’huile végétal Avril. Il « coche toutes les cases pour poursuivre sur une vision conservatrice de l’agriculture, où le productivisme et l’agrobusiness dominent », avait alors déclaré Greenpeace au moment de sa désignation comme nouveau Président de la FNSEA.
Ce matin, devant les sénateurs, Arnaud Rousseau a exposé ses ambitions en prenant le soin de défendre à plusieurs reprises une agriculture centrée « sur la production, ce qui est différent du productivisme ». Ainsi, il ne suffit pas de produire plus mais de produire mieux. « La souveraineté alimentaire, c’est la capacité de la France pour assurer la fourniture d’une alimentation de quantité et de qualité », pointe le Président de la FNSEA. Le déclenchement de la guerre en Ukraine, en février 2022, a ravivé les craintes du secteur d’être dépendant du marché mondial. « La semaine dernière, l’Australie a obtenu un quota d’importations de viande de 24 000 tonnes en Europe. Il faut que l’on soit cohérent », a-t-il martelé. « La réalité des chiffres c’est que nous consommons en France environ 1,5 milliard de tonnes de viande bovine, ce chiffre est relativement stable. En revanche, ce qui augmente ce sont les importations, nous avons passé le seuil des 400 000 tonnes importées ». Ainsi, il serait nécessaire de réduire les apports agricoles extérieurs.
Public Sénat
« Si on regarde ce qu’il se passe dans la ferme France depuis quelques années, sur bien des plans nous sommes en recul »
Le concept de souveraineté ne peut être déconnecté, selon Arnaud Rousseau, d’une restauration de la compétitivité de l’agriculture française. « Nos concurrents les plus féroces ne sont pas à l’autre bout de la planète mais sont nos voisins immédiats à l’intérieur de l’Europe », analyse-t-il. En ce sens, le nouveau Président de la FNSEA a également tenu à remercier le Sénat pour la réflexion autour du texte Ferme France, visant à restaurer la compétitivité dans le domaine agricole. « Si on regarde ce qu’il se passe depuis quelques années, sur bien des plans nous sommes en recul : production, valeur ajoutée, balance commerciale », décrypte-t-il. Cette compétitivité est érigée, par la FNSEA, comme l’argument central des politiques agricoles proposées.
Public Sénat
Au sujet des gigantesques retenues d’eau, appelées mégabassines, ayant entraîné de violents affrontements en mars dernier à Sainte-Soline (Deux-Sèvres), Arnaud Rousseau rappelle que le secteur agricole ne consomme que « 3,2 milliards de mètres cubes par an » sur les 200 milliards de mètres cubes d’eau de pluie réutilisable. Surtout, par rapport aux années 2000, « avec un mètre cube d’eau aujourd’hui, on est capable de produire de l’ordre de 30 % de biomasse supplémentaire ». Pour la FNSEA, les agriculteurs ne sont donc pas les premiers utilisateurs de l’eau disponible mais surtout ils ne la gaspillent pas. Ainsi, Arnaud Rousseau prône pour un débat de l’eau « dépassionné » : « Dans le cadre de la planification écologique, nous avons demandé que l’on puisse réfléchir de manière apaisée à la question de l’eau, qui peut être un stockage multi-usage ».
Ensuite, la position du nouveau responsable du syndicat agricole au sujet des pesticides est tranchée. « Aujourd’hui, on ne sait pas être en capacité de produire en quantité et en qualité sans se passer d’un certain nombre de produits phytosanitaires ». Mais surtout il est, pour la direction de la FNSEA, impensable d’interdire une molécule qui serait encore autorisée au sein du marché européen. « Si un produit pose des problèmes de santé publique en France, il le pose aussi en Allemagne ou en Italie. Donc le retrait de certaines molécules en France et pas ailleurs nous questionne, dans un cadre de compétitivité ».
« Si nous voulons attirer des jeunes générations, il faudra de l’attractivité »
Pour permettre à la France de réaliser ces deux objectifs, il faut prendre en compte une troisième notion fondamentale du triptyque politique d’Arnaud Rousseau : l’attractivité. Selon les décomptes de son syndicat, 162 000 à 165 000 agriculteurs en activité partiront à la retraite dans les sept prochaines années. « Nous avons besoin d’un renouvellement des générations », a constaté l’agro-industriel. « Si nous voulons attirer des jeunes générations, il faudra de l’attractivité ».
De nombreux freins éloignent chaque année de nombreux jeunes des filières agricoles. « L’agriculture est la catégorie socioprofessionnelle qui travaille le plus par semaine. C’est 55 heures par semaine de travail, un peu plus dans l’élevage », conçoit Arnaud Rousseau. Il rajoute aussi que la rentabilité des capitaux dans l’agriculture, de l’ordre de 1 %, fait partie des plus faibles tous secteurs confondus en France. Enfin, pour conclure ce constat, il juge « reconnaissance de la Nation » trop faible. Et pourtant, Arnaud Rousseau est fier d’endosser le rôle de porte-parole de ce secteur pour réassurer cette attractivité. « Vous avez là une équation pour laquelle nous avons envie de nous battre ».
D’après une analyse de l’Institut Montaigne, le CETA a profité « aux vins et spiritueux (+ 27 %) et aux produits laitiers (+ 71 %) », sans mettre à mal la filière bovine. « Il n’y a pas de viande importée, juste un peu de bison. Le CETA ne pose pas de problème », souligne le sénateur Horizons Vincent Louault, qui pense en revanche que le Mercosur sera « moins favorable pour l’agriculture ».
Alors que la France s’apprête à prendre position ce vendredi sur le Mercosur, qui suscite la fronde des agriculteurs, le chef de l’Etat a varié au fil des ans sur le sujet, entre ouverture et fermeté. « Un revirement au gré des manifestations », pointe le sénateur LR Laurent Duplomb. « Un naufrage de la parole politique qui n’assume pas d’expliquer les choses », ajoute le sénateur Horizons Vincent Louault, alors que « le volet agricole, ce n’est que 5 ou 10 % du Mercosur ».
Désormais forte du soutien de l’Italie, la Commission européenne s'apprête à signer le traité de libre-échange avec plusieurs pays d’Amérique du Sud. La France, travaillée par la grogne de ses agriculteurs, continue de réclamer des réajustements.
Avec l’échec du gouvernement Lecornu à faire adopter un budget avant 2026, la France est sous le régime d’une loi spéciale, tant qu’un nouveau texte n’est pas approuvé par le Parlement. Loin des considérations techniques de procédure parlementaire, cette situation a des conséquences concrètes pour les Français.