Des agriculteurs en difficulté face à la flambée des prix de l’énergie. Depuis le début de la crise au Moyen-Orient fin février, puis le blocage du détroit d’Ormuz, les tarifs du gaz, du carburant ou encore des engrais ont explosé. Des situations qui touchent de plein fouet les producteurs et éleveurs français, très dépendants de ces ressources. « Il est clair que les conditions dans lesquelles on produit aujourd’hui sont plus coûteuses qu’elles ne l’étaient avant le conflit », indique la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, invitée ce jeudi 16 avril de la matinale de Public Sénat.
Ces dernières semaines, le gouvernement a décidé de mettre en place une salve de mesures spécifiques pour venir en aide aux professions les plus touchées par l’inflation des tarifs de l’énergie (pêcheurs, routiers…), dont les agriculteurs. Dans le détail, celui-ci a acté la suspension des droits d’accise, une taxe sur le gazole non routier (GNR), le temps de la crise. Dans la limite d’une enveloppe de 20 millions d’euros, l’État prévoit aussi de prendre en charge les cotisations sociales des « exploitations » agricoles « les plus exposées à un risque de bascule ».
Risque d’une montée des prix de l’alimentation
D’autres actions de l’exécutif sont-elles à prévoir pour soutenir les agriculteurs ? Annie Genevard dit posséder une marge de manœuvre limitée en raison de la situation budgétaire tendue. « Chaque semaine, nous avons annoncé des mesures supplémentaires, mais le quoi qu’il en coûte n’est plus possible compte tenu de l’état de nos finances, d’où le choix du gouvernement de conduire des aides ciblées », insiste la ministre de l’Agriculture. Enjeu en toile de fond : le risque d’une montée rapide des prix de l’alimentation pour les consommateurs dans les supermarchés. « Si l’augmentation des coûts de production était importante, il faudrait que les gens se remettent autour de la table pour voir comment cet effort peut être partagé », poursuit Annie Genevard.
À plus long terme, l’ex-députée LR du Doubs met en avant la nécessité de réduire « la dépendance » du monde agricole français aux engrais venus de l’étranger, une « fragilité » qui menace aujourd’hui le secteur. Une grande partie des exportations mondiales de ces produits – ou des matières premières ou agents chimiques indispensables à leur fabrication – transitent en effet par le détroit d’Ormuz, aujourd’hui bloqué en raison des tensions militaires toujours prégnantes entre l’Iran et les États-Unis. « Il faut reconstituer un outil industriel de production d’engrais, et nous y travaillons », assure Annie Genevard.
La « charge émotionnelle » de la loi Duplomb 2
Outre ces problématiques d’actualité, la question des pesticides ressurgit également dans le débat public ces derniers jours. Après un premier texte partiellement censuré par le Conseil constitutionnel à l’été 2025, le sénateur LR Laurent Duplomb a redéposé une proposition de loi visant à réintroduire l’autorisation pour les agriculteurs d’utiliser dans leurs cultures plusieurs substances de la famille des néonicotinoïdes. Des molécules actuellement interdites en France, mais autorisées dans d’autres pays de l’Union européenne.
Mais le gouvernement a écarté l’idée d’insérer directement cette mesure dans le prochain projet de loi d’urgence agricole porté par Annie Genevard, qui doit être examiné à partir de mai par les députés. « Le Premier ministre n’a pas souhaité que la mesure figure dans la mouture initiale » de ce texte, précise ce mardi la ministre, évoquant la « charge émotionnelle » provoquée par cette possible évolution. L’an dernier, une pétition contre la première version de la loi Duplomb avait rassemblé plus de 2 millions de signatures sur le site de l’Assemblée nationale.
Les détracteurs d’un retour de ces produits aujourd’hui prohibés craignent par ailleurs de voir Laurent Duplomb tenter de faire passer cette mesure par voie d’amendement lors des débats au Sénat. « Si les parlementaires décident d’y adjoindre les éléments contenus dans la Duplomb 2, libre à eux », évacue Annie Genevard, sans toutefois se prononcer clairement sur sa position en cas d’un tel scénario. La question est en tout cas sensible au sein du gouvernement. Lors d’une audition à l’Assemblée nationale mercredi, la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, a en effet promis que ses services seraient « attentif[s] aux discussions qui porteront sur la réintroduction de certains pesticides ».