« Auchan a accepté avec trop de naïveté des hausses de tarifs injustifiées », reconnaît son directeur général au Sénat

Le directeur général d'Auchan Retail, Guillaume Darrasse, a dénoncé devant la commission d’enquête sénatoriale sur les marges de la grande distribution et de ses fournisseurs, les « écarts considérables » pratiqués par certains industriels au niveau des conditions de vente.
Guillaume Jacquot

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Tous les mastodontes du commerce alimentaire ne sont pas forcément dans une position enviable. Dans le paysage ultra-concurrentiel de la grande distribution, Auchan traverse une mauvaise passe depuis plusieurs mois. Talonné de très près par Lidl, le cinquième distributeur alimentaire, dont le modèle de très grands hypermarchés est aujourd’hui remis en cause, était auditionné ce 3 mars par la commission d’enquête du Sénat sur les marges de la grande distribution et de ses fournisseurs.

Face au Sénat, le directeur général d’Auchan Retail Guillaume Darrasse a rappelé que la rentabilité n’était pas qu’une affaire de pourcentage, mais aussi de volumes. « La promesse initiale d’Auchan, c’est celle qui a fait son succès, vendre de plus en plus de produits de moins en moins cher à de plus en plus de clients […] Dans notre métier, quand les volumes progressent, les entreprises respirent. Quand ils stagnent, elles vacillent. Quand ils reculent, elles s’effondrent », a expliqué le dirigeant, chargé depuis bientôt deux ans de remettre à flot le groupe.

Des « structures trop lourdes par rapport aux concurrents »

Plusieurs éléments expliquent, selon lui, la dégradation de la situation financière de l’enseigne de la famille Mulliez avec un résultat d’exploitation courant de -3 %, situation qui l’a contraint à présenter à l’automne dernier un projet de plan social d’ampleur. Guillaume Darrasse a mis en cause des « choix stratégiques ». En restant « trop longtemps sur le format hypermarché », « des structures trop lourdes par rapport aux concurrents », l’enseigne n’aurait pas, à ses yeux, pris la mesure du changement des comportements des consommateurs.

Mais le directeur général a également insisté sur les conditions d’achat défavorables de l’enseigne. « Nos conditions d’achat, soit nous dépositionnent, soit mettent nos marges sous contrainte », a-t-il résumé. « Auchan qui a été l’enseigne la plus partenariale, qui a accepté avec trop de naïveté des hausses de tarifs in fine injustifiées, s’est fait discriminer au fil du temps de manière exorbitante. »

Un surcoût de 3 milliards d’euros pour les clients, si les trois premiers acteurs de la grande distribution s’approvisionnaient dans les mêmes conditions qu’Auchan

Auchan paye, selon lui, une politique de « péréquation excessive » pratiquée par certains fournisseurs, qui appliquent « des écarts d’achat considérables entre acteurs d’un même secteur » dans le but de « préserver un équilibre global ». Guillaume Darrasse a donné un chiffre illustrant ce grand écart avec ses principaux concurrents. Si les trois premiers distributeurs (Leclerc, Intermarché et Carrefour) payaient les mêmes prix qu’Auchan, les « industriels à marque » bénéficieraient de « trois milliards d’euros de marge supplémentaire ». « Dans une autre lecture, ce sont trois milliards d’euros de plus à payer par les consommateurs. Lorsqu’il s’agit d’industriels de l’agroalimentaire, je ne suis pas sûr du tout que cela ait servi à mieux rémunérer les agriculteurs », a épinglé le directeur général.

Pour redresser sa compétitivité, l’enseigne prévoit plusieurs transformations, à travers un partenariat stratégique avec Intermarché. Auchan compte faire passer 164 supermarchés sous l’enseigne Intermarché en franchise, pour bénéficier de ses conditions d’achat. « C’est ce que nous voulons corriger avec nos partenariats à l’achat au niveau français et européen. Nous sommes totalement déterminés à le faire dans le respect absolu du cadre législatif », a-t-il insisté.

Guillaume Darrasse estime que ce changement pourrait permettre de baisser de « 6 à 7 % » les prix payés par les consommateurs dans les magasins concernés. Une diminution qualifiée de « majeure ». La baisse des tarifs à l’achat n’a été communiquée à la commission d’enquête qu’au moment d’un huis clos.

« Il nous faut des centrales d’achat européennes. C’est une question de compétitivité »

La direction de l’enseigne compte également sur des mutualisations au niveau international, pour restaurer de meilleures marges. Fin 2024, Aura Retail (l’alliance en France d’Intermarché et d’Auchan) a rejoint la centrale d’achat européenne Everest, coopérative qui a été auditionnée la semaine dernière. Dans le cadre de centrale, Aura s’est alliée avec le distributeur allemand Edeka et le néerlandais Picnic. « Pour acheter au niveau européen, il nous faut des centrales d’achat européennes. C’est une question de compétitivité, car ces produits à ces prix bas se trouvent à proximité de nos magasins chez nos concurrents », a revendiqué Guillaume Darrasse.

Mais convergence ne veut pas dire alignement exact. « Nous sommes partenaires à l’achat et, bien évidemment, il n’y a pas d’alignement des prix payés par Auchan sur les prix payés par Intermarché. Il y a un améliorateur commun », a précisé le directeur général, confiant pour l’avenir. « Nous ferons tout pour qu’Auchan aille mieux. Nous sommes en train d’y arriver. »

Le numéro 1 de l’enseigne a par ailleurs déploré, comme d’autres homologues de la grande distribution avant lui dans cette enceinte, un manque de transparence de la part des fournisseurs. « Auchan publie ses comptes intégralement, ils sont contrôlés, audités, accessibles […] Je le dis sans polémique, mais avec fermeté, ce n’est pas le cas de nombreux industriels qui commentent aujourd’hui la formation des prix sans jamais exposer leurs propres marges nettes au regard public. » Début février, le directeur des achats de l’enseigne, Vincent Avignon, avait accusé les grandes marques d’avoir reconstitué leurs marges pendant la crise inflationniste.

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