Trafic routier sur l Autoroute A8
Trafic routier sur l Autoroute A8, Nice FRANCE - 04/01/2024//SYSPEO_sysA010/Credit:SYSPEO/SIPA/2401231236

Autoroutes : avec au moins 4 milliards de bénéfices en 2023, la rentabilité des sociétés concessionnaires de nouveau épinglée

Dans un communiqué diffusé ce mercredi 10 avril, le sénateur centriste Vincent Delahaye dénonce les importants bénéfices réalisés par les sociétés d’autoroute, alors que le tarif des péages continue d’augmenter. En marge des économies budgétaires annoncées par l’exécutif, il appelle le gouvernement à remettre à plat les juteux contrats qui lient l’Etat aux concessionnaires.
Romain David

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Encore une année faste pour les sociétés d’autoroutes. Passée relativement inaperçue, la publication des résultats annuels des principales sociétés concessionnaires d’autoroutes enregistre une forte progression en 2023, entre +1,5 et +7,1 % pour ASF, Cofiroute, APRR et SANEF. Pour un chiffre d’affaires cumulé à 39,3 milliards d’euros, le total des bénéfices engrangés sur l’année dépasse les 4 milliards d’euros. Dans le détail : 1,7 milliard pour ASF, 0,6 milliard pour Cofiroute, 1,1 milliard pour APRR et 0,7 milliard pour Sanef.

Deux phénomènes expliquent cette bonne santé financière : une augmentation du trafic routier mais aussi la hausse du prix des péages de 4,75 % en 2023, sur fond d’inflation. Au 1er février dernier, les tarifs ont encore progressé d’environ 3 % sur les principaux réseaux autoroutiers. Cette situation vient relancer le sempiternel débat sur la surrentabilité des sociétés concessionnaires.

Jusqu’à 38 milliards de « surprofits »

Si l’Etat reste le propriétaire du réseau autoroutier, depuis une vingtaine d’années la gestion en a été confiée à plusieurs sociétés privées. Or, les contrats de concession négociés par le gouvernement de l’époque sont régulièrement pointés du doigt au vu des sommes qu’ils rapportent aux contractants.

« L’objectif de 8 % de rentabilité actionnaire, fixé au moment du rachat, sera atteint quels que soient les résultats futurs. Pour Vinci (ASF), ce chiffre a été atteint fin 2023, il le sera en 2024 pour le groupe Eiffage (APRR) », explique à Public Sénat le sénateur centriste Vincent Delahaye, membre de la commission des finances. Or les principales concessions n’arriveront à terme qu’entre 2031 et 2036. « Les ‘ surprofits’ que devraient réaliser les sociétés d’autoroutes d’ici la fin des contrats s’élèveraient à 32 milliards dont 20 milliards pour Vinci et 12 milliards pour Eiffage. Et même 38 milliards en incluant Cofiroute », a calculé l’élu dans un communiqué diffusé ce mercredi 10 avril.

« À l’heure où l’on cherche des économies, c’est un endroit où le gouvernement ferait bien d’aller piocher »

En 2020, le sénateur Vincent Delahaye avait été le rapporteur d’une commission d’enquête sénatoriale consacrée aux concessions autoroutières. Dans ses conclusions, il appelait le gouvernement à rouvrir les discussions sur l’équilibre économique et financier des contrats, sans attendre leur terme. Un exercice juridique périlleux, qui pourrait se retourner contre l’Etat, et dont les sociétés ne veulent pas entendre parler.

« À partir du moment où les contrats ont atteint la rentabilité fixée au départ, on peut légitimement discuter de leur pérennité », nous explique l’élu. « Il y a toujours un risque juridique, mais je pense que le risque le plus important est celui qui consiste à ne rien faire et à laisser cette situation courir au détriment de l’intérêt général », soupire Vincent Delahaye. « À l’heure où l’on cherche des économies, c’est un endroit où le gouvernement ferait bien d’aller piocher ».

L’ex-ministre des Transport, Clément Beaune, s’était engagé à organiser une table ronde entre les différents acteurs, mais celle-ci n’a jamais vu le jour. Reste à savoir si son successeur, Patrice Vergriete, reprendra cet engagement. « L’Etat doit rester le patron. Si nous rompons les contrats, les sociétés seront bien obligées de venir s’asseoir autour d’une table et d’ouvrir la discussion », conclut Vincent Delahaye.

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Autoroutes : avec au moins 4 milliards de bénéfices en 2023, la rentabilité des sociétés concessionnaires de nouveau épinglée
4min

Économie

Retraites : le RN réfléchit à supprimer l’âge légal de départ, mais « ce n’est pas aussi simple », estime Jean-Philippe Tanguy (RN)

Invité de notre matinale, Jean-Philippe Tanguy a maintenu la proposition du RN d’abroger la réforme des retraites d’Élisabeth Borne, alors que Jordan Bardella a confié « examiner » un report de l’âge légal de la retraite. Le chef de file du RN sur les questions financières a en revanche confirmé que le RN planchait sur une suppression de l’âge légal de départ pour se concentrer uniquement sur la durée de cotisation.

Le

« On ne peut pas rester comme ça dans ce flou artistique » : des sénateurs font monter la pression pour obtenir un budget 2026 rectificatif
6min

Économie

« On ne peut pas rester dans ce flou artistique ! » : des sénateurs font monter la pression pour obtenir un budget 2026 rectificatif

Le gouvernement a détaillé de nouvelles mesures d’accompagnement pour faire face à la flambée des carburants, mais n’a toujours pas révélé ses choix en matière d’économies, pour tenir la trajectoire des comptes publics. Au Sénat, le rapporteur général de la commission des finances exige par courrier à Bercy la communication des arbitrages. La demande pour un projet de loi de finances rectificative monte également.

Le

Le rapporteur général de la commission des finances du Sénat réclame un projet de loi de finances rectificative, « sans délai »
2min

Économie

Le rapporteur général de la commission des finances du Sénat réclame un projet de loi de finances rectificative, « sans délai »

Dans un communiqué, le sénateur LR Jean-François Husson appelle le gouvernement à agir, estimant que le cadre budgétaire voté en début d’année « n’est plus crédible ». Il considère que cela doit passer par un budget rectificatif, seul capable de redonner de la « visibilité à la Nation face aux incertitudes économiques et géopolitiques ».

Le

Autoroutes : avec au moins 4 milliards de bénéfices en 2023, la rentabilité des sociétés concessionnaires de nouveau épinglée
7min

Économie

Banque de France : Emmanuel Moulin assure les sénateurs de son « indépendance » vis-à-vis « du pouvoir exécutif » et « des intérêts privés »

Nommé par Emmanuel Macron pour prendre la tête de la Banque de France, Emmanuel Moulin a assuré les sénateurs qui l’ont auditionné de sa totale « indépendance », s’il est bien confirmé à ce poste. « Homme libre », il juge que le « quoi qu’il en coûte », lors du covid, « aurait pu être désactivé plus tôt » et que les mesures de soutiens face au coût de l’énergie ont été « beaucoup trop élevées ».

Le