« Avec la guerre en Iran, aujourd’hui, le bois c’est de l’or », alerte cet artisan qui voit le prix de sa matière première s’envoler

Et si l’augmentation des prix à la pompe était l’arbre qui cachait la forêt ? Depuis qu’une partie du pétrole mondial est bloquée dans le détroit d’Ormuz, la crise nous rappelle que le modèle des économies occidentales reste encore fortement dépendant des énergies fossiles. Qu’en est-il des ressources nécessaires à notre production comme le bois, l’acier ou le plastique ? La crise inflationniste menace-t-elle de nouveau ? Quelles leçons avons-nous tirées des crises énergétiques précédentes ? Quentin Calmet abordait cette semaine les enjeux de la crise de l’énergie dans l’émission Dialogue citoyen.
Simon Nicolle

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Jean-François Régnier fabrique des chalets en bois dans la Meuse et, pour ce faire, il importe du bois scandinave. Mais quand les carburants prennent plus de 50 centimes de hausse par litre, mécaniquement les flux diminuent et les prix du bois augmentent. Les transporteurs ne se lancent plus dans des retours de livraisons à vide, ce n’est plus rentable. D’ores et déjà, les délais d’approvisionnement s’allongent et la machine s’enraille.

2022, 2026, bis repetita ?

En 2022, lors de l’invasion russe de l’Ukraine, le marché du bois avait été déstabilisé soudainement. « On avait pris deux fois +25 % en un trimestre et on avait un an de devis négociés à honorer, c’était intenable », se rappelle ce chef d’entreprise basé à Nant-le-Petit.

Cette année, le choc a surpris mais le secteur de la construction était déjà très fragilisé : en recul de 30 % sur 2 ans. La conséquence directe est qu’il absorbe lui-même cette hausse des coûts et qu’il ne peut pas la répercuter sur ses clients. Concrètement, cela veut dire au moins deux embauches empêchées et pas d’investissement pour son entreprise.

« Dans le bâtiment, on est sur des marges faibles qui sont de l’ordre de 3 à 5 %, donc quand vous prenez deux hausses successives de 15 %, ça devient compliqué… » explique Jean-François Régnier.

Énergies et production, des conséquences en cascade

Pour la sénatrice LR et ancienne porte-parole du gouvernement de François Bayrou, Sophie Primas, nous sommes « au début de l’effet domino, ce qui se passe au détroit d’Ormuz tape directement les carburants mais aussi les énergies d’une façon générale… et donc la production, car nous sommes bien trop dépendants des énergies fossiles. »

Elle plaide pour un dialogue transpartisan qu’elle qualifie de « bon sens » visant à réorganiser notre économie. « Notre chaîne logistique part du principe que le transport est une variable quasi gratuite. » La sénatrice des Yvelines propose de revoir toute cette mécanique qui n’est plus adaptée.

Aurélie Linkenheld, sénatrice socialiste du Nord, rappelle qu’un chef d’entreprise comme cet artisan de la Meuse sait que certains éléments sur lesquels il fonde son modèle économique peuvent être soumis à des variations. « Là, c’est l’imprévisibilité de ces variations qui pose un problème. » Elle estime que des aides ponctuelles seraient justifiées dans certains secteurs, notamment celui du bâtiment qui a beaucoup souffert ces dix dernières années.

Au-delà des solutions pare-feu, Jean-François Régnier se demande si un cadre réglementaire stable pourrait être mis en place pour gagner en prévisibilité. Les règles de Ma Prime Rénov’ ayant changé de nombreuses fois ces dernières années.

L’émission est à retrouver dans son intégralité ici.

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