Banque de France : Emmanuel Moulin assure les sénateurs de son « indépendance » vis-à-vis « du pouvoir exécutif » et « des intérêts privés »

Nommé par Emmanuel Macron pour prendre la tête de la Banque de France, Emmanuel Moulin a assuré les sénateurs qui l’ont auditionné de sa totale « indépendance », s’il est bien confirmé à ce poste. « Homme libre », il juge que le « quoi qu’il en coûte », lors du covid, « aurait pu être désactivé plus tôt » et que les mesures de soutiens face au coût de l’énergie ont été « beaucoup trop élevées ».
François Vignal

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C’était une audition attendue. Emmanuel Moulin, candidat proposé par Emmanuel Macron aux fonctions de gouverneur de la Banque de France, a passé son « grand oral » devant la commission des finances du Sénat, ce mercredi matin, avant d’être entendu par les députés dans la foulée. Il doit succéder à François Villeroy de Galhau.

Une nomination polémique. Car Emmanuel Moulin était secrétaire général de la présidence de la République jusqu’en mai dernier. Il a aussi été directeur de cabinet de Gabriel Attal, quand ce dernier était premier ministre, directeur de cabinet de Bruno Le Maire à Bercy, mais aussi directeur général du Trésor. Un CV long comme le bras, qui plaide pour Emmanuel Moulin. Mais c’est ce même CV, surtout son passage auprès du chef de l’Etat, qui suscite les interrogations. C’est pourquoi ces auditions sont cruciales. Car comme l’a rappelé le président socialiste de la commission des finances, Claude Raynal, « le Président ne peut procéder à la nomination que lorsque l’addition des votes négatifs représente au moins 3/5 des suffrages exprimés » par les commissions des deux chambres. Le résultat sera connu à l’heure du déjeuner.

« Je me tiens devant vous en homme libre »

Dès son propos introductif, Emmanuel Moulin a tenté de rassurer, quant à son indépendance, le sujet essentiel, d’autant que cette indépendance est consubstantielle des banques centrales. S’il « entend les interrogations qui peuvent naître, notamment la principale », à savoir si « cette longue expérience risque de se traduire par moins d’indépendance », il a voulu y répondre.

« Je me tiens devant vous en homme libre, en homme du service public qui sert l’Etat depuis 30 ans et qui s’engage à exercer ses fonctions en toute indépendance et toute impartialité, tant à l’égard du pouvoir exécutif que des intérêts privés », soutient Emmanuel Moulin. Il assure vouloir « exercer ces fonctions au service de l’intérêt général ». « J’ai la conviction que je pourrai diriger avec indépendance cette institution », assure-t-il, au service d’une « économie forte, stable et durable ».

« Jamais je ne me suis substitué à un homme ou une femme politique, mes fonctions étaient celles d’un haut fonctionnaire », qui « donne son avis sur les choix les plus judicieux et pertinents », explique encore le candidat, qui assure n’avoir « jamais abdiqué, ni (ses) convictions, ni (sa) liberté de pensée, ni (son) indépendance », tout en se disant « attentif aux avis divergents ».

Critique des choix budgétaires d’Emmanuel Macron

Sûrement pour prouver son indépendance d’esprit justement, il ne s’est pas privé de critiquer – et de s’autocritiquer peut-être – plusieurs choix budgétaires de ces dernières années autour de ce que l’on avait appelé le « quoi qu’il en coûte », alors qu’il les a lui-même accompagnés. Mais il entend ainsi assurer de son attachement à la maîtrise des finances publiques.

« Nous avons dû activer l’arme budgétaire au moment du covid. Il est certainement très clair, aujourd’hui, que cette arme budgétaire aurait pu être désactivée plus tôt. Nous avons eu une autre crise, la crise inflationniste, qui a conduit à mettre en place un dispositif de soutien énergétique, qui représentait à peu près 3 % du PIB, qui était très élevé, beaucoup trop élevé, pour les moyens qui étaient les nôtres », dénonce Emmanuel Moulin, qui « constate avec satisfaction que les moyens mis en œuvre aujourd’hui sont beaucoup plus mesurés », avec « 0,2 % du PIB » de mesures de soutien. « Les enseignements de cela ont été tirés », se félicite l’ancien secrétaire général de l’Elysée.

Le sénateur communiste Pascal Savoldelli dénonce « une forme de pantouflage déguisé »

Malgré ses propos, Emmanuel Moulin n’a pas échappé aux attaques du sénateur communiste Pascal Savoldelli, qui n’était « ni personnelles », ni sur « sa compétence », a tenu à préciser le sénateur du Val-de-Marne. « Nous allons voter contre (votre nomination), avec Pierre Baros (sénateur PCF du Val-d’Oise, ndlr), parce que nous allons voter contre la méthode, le périmètre et le calendrier », a prévenu le communiste, alors que les sénateurs PCF ne prennent pas part au vote sur ce type de nomination habituellement. « La façon dont le Président se permet cette désignation, c’est une forme de pantouflage déguisé, sans prise illégale d’intérêt. On devait attendre la présidentielle, le nouveau président aurait désigné le nouveau gouverneur de la Banque de France », dénonce Pascal Savoldelli, qui ajoute : « On a déjà eu Richard Ferrand (au Conseil constitutionnel, ndlr), Amélie de Montchalin (à la Cour des comptes). A un moment donné, c’est difficile de ne pas faire la cohérence entre toutes ces décisions de la part du Président ».

Réponse de l’intéressé, qui est mis en cause : « Je ne pense pas qu’il faille utiliser des termes qui ne sont pas appropriés. Je ne pense pas qu’on puisse considérer ça comme un pantouflage déguisé. La Banque de France est une institution publique, il n’y a pas de passage dans le privé du tout, donc je ne pense pas que ce soit un pantouflage déguisé ».

« Compétence », « expérience », « talents de management » et « profil européen »

Pour le reste, le candidat a mis sans surprise en avant ses qualités multiples pour le poste : sa « compétence », son « expérience », ses « talents de management », pour une institution où près de 9.000 personnes travaillent, ou encore son « profil européen ». De quoi sérieusement conduire son « mandat » du gouverneur de la Banque de France, dans la prolongation de celui de la BCE, à savoir « la stabilité monétaire et la stabilité financière, la lutte contre l’inflation », via l’arme des taux d’intérêt, que la BCE fixe.

Il souligne qu’il a participé à la gestion de « la crise financière de 2008, jusqu’à la crise inflationniste de 2022, ou la crise de la zone euro de 2010-2012, la pandémie ». « J’étais en première ligne auprès de Christine Lagarde (alors ministre de l’Economie, ndlr), lors de la crise de 2008, pour élaborer la réglementation prudentielle pour renforcer le système financier », ajoute-t-il, alors que la Banque de France gère aussi l’ACPR (Autorité de contrôle prudentiel et de résolution), qui supervise les banques du pays.

« Favorable » au projet d’euro numérique

« Favorable » au projet d’euro numérique, il assure par ailleurs vouloir « porter une attention particulière » au sujet « du risque du changement climatique » et ses « conséquences sur l’inflation et la stabilité financière ». Sans oublier « la richesse de la Banque de France, qui est aussi son implantation territoriale », pour laquelle il s’« engage à conserver une succursale dans chaque département ». Des mots qui seront doux aux oreilles des sénateurs, attachés à leurs territoires.

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