Bio : Marc Fesneau appelle l’Etat à être plus exemplaire, pour sortir la filière de l’ornière

Invité d’Audition publique, Marc Fesneau estime qu’il faut une « communication plus pro-active », « pour montrer l’intérêt du bio », alors que le secteur traverse une crise sans précédent. Il appelle l’Etat à se montrer « exemplaire » dans ses commandes, pour muscler la demande.
Guillaume Jacquot

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Après des années de croissance, le marché des produits issus de l’agriculture biologique s’est retourné violemment. Dès les premiers mois de l’année 2021, les ventes se sont essoufflées avant de se contracter. L’inflation galopante et ses effets sur le porte-monnaie des ménages, contraints de revoir leurs habitudes, ont aggravé le mouvement. L’an dernier, la part du bio dans l’alimentation des Français est passée de 6,4 % à 6 %, selon l’Agence Bio, ce groupement d’intérêt public chargé de promouvoir cet écosystème. Son panorama, publié la semaine dernière, présente des chiffres inquiétants. Le chiffre d’affaires des magasins bio a par exemple chuté de 8,6 %.

Le mois dernier, le gouvernement a dû revoir à la hausse le montant de son plan de soutien, qui mobilise désormais près de 200 millions d’euros, dont 60 millions d’euros d’aides d’urgence. « Ce qu’il faut, c’est qu’on soutienne la demande », a insisté ce 5 juin le ministre de l’Agriculture, dans Audition publique, l’émission politique hebdomadaire de Public Sénat et LCP-AN, en partenariat avec Le Figaro live. C’est toute une filière qui attend aujourd’hui des réponses, des producteurs (qui représentent 11 % de la surface agricole) jusqu’aux étals.

Estimant que l’Etat ne créera pas de débouchés « à coups de centaines de millions ou de milliards », le ministre espère en premier lieu changer le regard des consommateurs sur ces produits. « Il faut faire en sorte qu’on ait une communication qui soit plus pro-active, pour monter l’intérêt du bio […] et on a besoin de redire en quoi le bio est un produit de proximité », a-t-il expliqué. Selon l’Agence Bio, 70 % du bio consommé en France est produit sur le territoire national, 83 % même en excluant les produits tropicaux.

« Le bio, ce n’est pas forcément plus cher »

S’il admet qu’il y a bien « une question de prix pour un certain nombre de Français qui n’ont pas les moyens », le ministre en charge de l’alimentation estime qu’il s’agit avant tout d’une « question d’image collective ». « Le bio, ce n’est pas forcément plus cher, ça dépend des catégories », a-t-il affirmé. En 2020, le magasine spécialisé Linéaires a noté de son côté que les produits bio étaient 75 % plus onéreux que les autres produits alimentaires. Le ministre a toutefois posé sur la table la question de la marge sur le bio réalisée dans la grande distribution. « Pourquoi est-elle plus grande que sur les produits conventionnels ? » s’est-il interrogé.

Au-delà des aides d’urgences, le soutien à l’agriculture biologique via la commande publique va être le principal levier. Cette stimulation pèse 120 millions d’euros dans le plan gouvernemental. « Déjà, il faut que l’Etat applique dans ses propres cantines, dans sa propre restauration la loi Egalim », a plaidé Marc Fesneau. Actuellement, les achats en bio représentent 7 % du total des achats pour la restauration collective de l’Etat, selon le ministre, soit environ la moyenne nationale. Pour rappel, la loi a fixé un objectif minimum de 20 % de produits bio dans l’offre de restauration. Marc Fesneau espère un « effet d’entraînement » sur les collectivités locales.

L’an dernier, ce créneau a été l’un des indicateurs dans le vert pour le bio. Le bio « hors domicile », dans la restauration collective ou dans les restaurants, a progressé de 17 %.

Partager cet article

Dans la même thématique

Bio : Marc Fesneau appelle l’Etat à être plus exemplaire, pour sortir la filière de l’ornière
4min

Économie

Aides pour les agriculteurs : « Le quoi qu'il en coûte n'est plus possible compte tenu de l'état de nos finances », lance Annie Genevard

La crise énergétique, liée à la situation géopolitique au Moyen-Orient, continue de toucher de plein fouet les agriculteurs français. Plusieurs mesures ont déjà été annoncées par le gouvernement pour les soutenir. Mais celui-ci dit détenir une marge de manœuvre limitée, « d’où le choix (...) de conduire des aides ciblées », indique sur Public Sénat la ministre de l’Agriculture Annie Genevard ce jeudi 16 avril.

Le

Bio : Marc Fesneau appelle l’Etat à être plus exemplaire, pour sortir la filière de l’ornière
4min

Économie

Grande distribution : « Egalim est-il aujourd’hui pleinement efficace ? Non » tranche Annie Genevard, qui raconte les « pressions et menaces » sur les entreprises

Devant les sénateurs, la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a présenté sa vision d’une réforme de la loi Egalim, qui passe par « améliorer la structuration des filières à l’amont », « en finir avec la culture du prix le plus bas » ou « faire bouger Bruxelles sur l’affichage des origines des denrées alimentaires ».

Le

Bio : Marc Fesneau appelle l’Etat à être plus exemplaire, pour sortir la filière de l’ornière
3min

Économie

Prix des carburants : en envisageant d’encadrer les marges des distributeurs, le gouvernement « tape à côté du problème », déplore Manuel Bompard

Face à la flambée des prix du carburant, le gouvernement réfléchit à encadrer les marges des distributeurs, sans avoir à ce stade « tranché » la question. Invité de la matinale de Public Sénat ce mercredi, Manuel Bompard, coordinateur national de LFI, estime de son côté que « les marges qui sont abusives aujourd’hui ne sont pas à la distribution », mais au niveau du « raffinage ». Pour lui, les cortèges du 1er mai peuvent être l’occasion d’une mobilisation « pour le blocage des prix ».

Le

Bio : Marc Fesneau appelle l’Etat à être plus exemplaire, pour sortir la filière de l’ornière
6min

Économie

« Il faudra bien trouver des voies d'apaisement » : Serge Papin estime que le cadre des relations entre grande distribution et fournisseurs est arrivé « au bout »

Le ministre des PME et du Commerce plaide pour un développement des négociations commerciales sur le long terme. Celles-ci sont actuellement annuelles, concentrées sur trois mois, et sources de tensions. « Il faudrait que l’on trouve des voies nouvelles », a-t-il reconnu devant la commission d’enquête du Sénat.

Le