Budget 2026 : au Sénat, l’idée d’un volume d’économies moins important fait son chemin
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Budget 2026 : au Sénat, l’idée d’un effort budgétaire moins important fait son chemin

Alors que Sébastien Lecornu multiplie les consultations en vue d’un compromis budgétaire, de plus en plus de sénateurs à droite et au centre semblent s’être fait à l’idée d’un effort moins massif dans le budget 2026, que les 44 milliards d’euros de François Bayrou.
Guillaume Jacquot

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Le vote de confiance à l’Assemblée nationale le 8 septembre n’a pas seulement provoqué la fin de François Bayrou et de son gouvernement. L’ancien Premier ministre a probablement emporté dans sa chute les orientations budgétaires du 15 juillet. Pour tenir l’objectif d’une réduction l’an prochain du déficit public à 4,6 % du PIB (en partant des 5,4 % espérés pour 2025), il avait proposé il y a deux mois près de 44 milliards d’euros d’effort budgétaire.

Les consultations politiques lancées par Sébastien Lecornu dès le lendemain de son arrivée à Matignon en vue de parvenir à un compromis, avec suffisamment de groupes politiques sur le futur projet de loi de finances, devraient en toute logique rebattre les cartes du budget 2026. « Ces 44 milliards, c’était la proposition de cadrage qui a été faite au mois de juillet. À l’évidence, ce cadrage doit évoluer et donc cet effort doit être réduit, dans une dimension qui va être décidée par le Premier ministre grâce au dialogue que nous avons », expliquait le 13 septembre, Éric Lombard, le ministre sortant de l’Économie et des Finances.

« On se dit que tout est remis à plat »

Voilà des jours que l’idée d’un assouplissement de l’effort infuse dans les rangs du socle commun, la coalition qui réunit de fait Renaissance, le Modem, Horizons et les Républicains. « La période est tellement confuse, il y a une telle colère fiscale, qu’aujourd’hui on se dit que tout est remis à plat. On va se poser la question : 44 milliards d’euros, pourquoi ? Est-ce qu’on peut faire moins ? Et si c’est possible, on le fera », annonçait par exemple la semaine dernière la sénatrice LR Agnès Evren. Et c’était avant le mouvement social qui a réuni entre un demi à un million de Français dans les rues, mécontents de l’ébauche de budget présenté cet été.

Plusieurs parlementaires de cet arc central sont désormais convaincus qu’un effort moins lourd pourrait redonner de l’air pour des concessions budgétaires et éloigner un nouvel échec au Parlement, comme l’avait expérimenté Michel Barnier en décembre dernier. « Plutôt que de prendre le risque d’une censure, d’un retard budgétaire, des conséquences qu’on a déjà eues l’année dernière, qui coûtent en réalité plusieurs milliards au pays, autant avancer et faire un effort continu », considérait sur notre antenne le sénateur LR Roger Karoutchi, pour lequel le chiffre de 44 milliards n’est « ni béni ni sacré ».

« On ne peut pas rester figés sur des positions qui datent un peu »

Le vote d’un projet de loi de finances « suppose un accord global de tous les modérés. Chacun doit mettre un peu son drapeau dans sa poche. Je suis favorable à ce que tout le mette autour de la table et fasse des concessions. Si les concessions supposent de faire moins d’efforts que ce que nous devrions faire, il faudra les faire », admet également Emmanuel Capus, sénateur Horizons du groupe Les Indépendants. « On ne peut pas rester figés sur des positions qui datent un peu, alors que le contexte politique a évolué », estime pour sa part le sénateur Union centriste Bernard Delcros.

Reste désormais à savoir à combien pourrait se situer le nouveau curseur. En enterrant l’épouvantail de la suppression des deux jours fériés, Sébastien Lecornu a déjà réduit de quatre milliards d’euros l’ampleur des efforts imaginés par son prédécesseur. Dimanche, la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet a elle aussi estimé qu’il allait falloir « baisser cette ambition » affichée par François Bayrou au cœur de l’été. « Je pense que l’on peut arriver à un accord autour d’une somme qui sera un peu moindre. Si on pouvait avoir une cible à 35-36 milliards, ça serait bien », a-t-elle développé.

La position de la présidente de l’Assemblée nationale est en tout cas loin d’être isolée, dans son parti ou chez ses alliés. « C’était normal de partir de 44 milliards d’euros, de partir de haut pour négocier », rappelle le sénateur Renaissance François Patriat, le président du groupe RDPI (Rassemblement des démocrates progressistes et indépendants). Le parlementaire de Côte-d’Or suggère toutefois une limite allant dans l’autre sens, en prévision des éventuelles concessions en direction du Parti socialiste. « Il ne faut pas descendre en dessous de 37 milliards, si on ne veut pas de drame. Mais au-delà des chiffres, ce qui m’intéresse, ce sont quelles réformes nous faisons, quelles sont les économies qui permettent de faire baisser durablement le déficit. »

« Franchement, si on a un accord de non-censure, sans accroître la fiscalité, de l’ordre de 35 milliards, discutons », a également tendu la main le sénateur Roger Karoutchi cette semaine. L’abaissement des ambitions sur le front des économies pour 2026 dépendra également du niveau des recettes, qu’elles soient ordinaires comme la TVA, ou nouvelles avec le débat sur la fiscalité des ménages les plus aisés. « Si on veut que les efforts fournis soient acceptés par nos concitoyens, par les forces politiques dans une recherche consensus, il faut aussi agir sur le levier des recettes », préconise à titre personnel le centriste Bernard Delcros.

« L’effort doit quand même être significatif cette année, sinon je crains qu’on ne le fasse jamais »

L’abandon de l’objectif des 44 milliards d’euros d’effort budgétaire suscite dans le même temps quelques inquiétudes au sein de la commission des finances du Sénat. « L’effort doit quand même être significatif cette année, sinon je crains qu’on ne le fasse jamais. Il y a deux marches très hautes à franchir aussi l’an prochain et l’année d’après. Si on ne respecte pas nos engagements pris à l’échelle européenne, on va constamment décaler la réalisation effective d’économies et aggraver encore plus la situation », redoute le centriste Michel Canévet. « Si c’est moins ambitieux, déjà que ça ne l’était qu’un peu, cela veut dire qu’il n’y a aucune réforme de structure. On peut toujours faire des compromis, mais pas des compromissions », prévient le sénateur LR Dominique de Legge.

Dans l’état actuel des choses, la contribution commune envoyée par le socle commun du Sénat à François Bayrou en juillet ne devrait pas subir de retouches majeures, le nouveau gouvernement n’étant même pas encore nommé. Cette copie prévoyait des mesures budgétaires à même de réaliser 30 à 40 milliards d’euros d’économies. « C’est trop tôt », considère Jean-François Husson, le rapporteur général (LR) de la commission des finances. « Aujourd’hui, il faut un gouvernement. Cela sert à quoi de scénariser un projet de loi de finances qui n’existe pas ? » temporise-t-il. « Je ne veux pas ajouter de l’anxiété à la tension. Il faudra que l’on trouve une voie de passage respectueuse. »

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