Ce sont probablement les premiers avertissements d’une longue série de la Cour des comptes cette année sur le front des questions budgétaires. Dans un rapport sur la situation des finances publiques, rendu public ce 19 février, l’institution de la rue Cambon met le doigt sur la fragilité du redressement promis pour 2026. Le budget, adopté au terme d’un parcours parlementaire acrobatique, est moins ambitieux que ce qui était prévu à l’automne. C’était le prix des compromis censés permettre l’adoption : l’effort a été réduit, pour aboutir à une cible d’un déficit public à 5 % du PIB, contre 5,4 % l’an dernier.
Sans même faire mention des éventuelles censures de dispositions de la loi de finances qui pourraient être décidées par le Conseil constitutionnel ce jeudi, la Cour des comptes considère que cet objectif, déjà modeste, n’est pas garanti. « On a détecté des risques de fragilité sur les recettes mais aussi sur les mesures d’économies », a exposé ce matin Carine Camby, présidente de la première chambre de la Cour des comptes. S’agissant des économies, les mesures concrètes visant par exemple les opérateurs de l’État ne sont pas encore connues.
La haute fonctionnaire, qui assure l’intérim entre la présidence de Pierre Moscovici et celle d’Amélie de Montchalin à la tête de la Cour, estime qu’il faut « absolument, a minima, repasser à 5 % de déficit public ». « Déjà en ayant cet effort, on est très loin de la trajectoire sur laquelle on s’était engagé », insiste-t-elle.
Un effort de 80 milliards d’euros nécessaire pour revenir à un déficit de 3 %
Rappelons qu’au printemps dernier, la France s’était engagée auprès de ses partenaires de l’Union européenne à revenir à un déficit public de 4,6 % en 2026. L’effort a donc été divisé par deux en l’espace de quelques mois, ce qui n’est pas sans conséquence sur la hauteur des prochaines marches, et surtout sur l’envolée de la dette.
Premier élément, avec une réduction de 0,4 point du déficit public en 2026 – contre 0,8 point prévu dans la trajectoire initiale – la France voit s’éloigner de plus en plus la perspective d’un retour à un déficit sous les 3 % en 2029, ce niveau fixé par les traités européens et sous lequel le niveau d’endettement public se stabilise, à défaut de diminuer.
La situation politique inextricable à l’Assemblée nationale montre combien l’exercice est difficile. La campagne pour l’élection présidentielle ne devrait pas non plus faciliter les choses pour le budget 2027, loin s’en faut. « Avec une diminution de 0,4 point par an, on ne repassera sous les 3 % de déficit qu’en 2032, et pas en 2029 », se projette Carine Camby. Soit un calendrier deux fois plus long que prévu. Revenir à 3 % nécessitera un ajustement budgétaire massif, de 80 milliards d’euros, selon les calculs de la Cour.
Les intérêts de la dette passent de 65 à 74 milliards d’euros en seulement un an, et pourraient atteindre 100 milliards à la fin de la décennie
La procrastination budgétaire se matérialise concrètement sur le niveau de la dette, et la charge des intérêts qui gonfle à une vitesse inquiétante. « Ces reports successifs ont un coût croissant. Le retour à l’équilibre est de plus en plus difficile », constate la présidente de la première chambre de la Cour des comptes.
Une donnée illustre parfaitement le nœud coulant qui se resserre autour du pays. Pour 2026, le projet de loi de finances prévoit 11 milliards d’euros d’économies. Or, la charge de la dette à elle seule va progresser de 9 milliards d’euros, anéantissant en très grande partie l’effort sur la dépense. La somme des intérêts à payer sur la dette passera de 65 milliards d’euros en 2025 à 74 milliards d’euros en 2026. Deux phénomènes expliquent cette envolée. D’abord, la France renouvelle des titres de dette arrivés à maturité, et qui avaient été levés au début de la décennie, à une époque où les taux étaient bien plus bas. Deuxièmement, le non-respect de la trajectoire de redressement alimente une défiance des investisseurs.
« Si on continue sur la trajectoire actuelle, la charge de la dette atteindra 100 milliards d’euros en 2029, c’est considérable. Le temps n’est plus aux ajustements différés, nous l’avons trop souvent fait », conclut la Cour des comptes.