Budget de la Sécu : le Sénat alourdit la fiscalité de certains jeux d’argent et de hasard

Les sénateurs, qui examinent depuis le début de la semaine le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, ont adopté jeudi 21 novembre un renforcement de la taxation de certains jeux d’argent et de hasard, en ligne ou physique. Des dispositions spécifiques, destinées notamment à préserver le sponsoring, ont été votées pour les paris sportifs.
Romain David

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Le Sénat s’est prononcé ce mercredi soir en faveur d’un renforcement d’une partie de la fiscalité des jeux d’argent et de hasard, à l’exception des paris hippiques. L’amendement adopté par les élus et porté par la commission des affaires sociales, dans le cadre de l’examen du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2025, prévoit également de créer une contribution sur les publicités relatives à ce type de jeux.

« Une forte croissance du secteur des jeux d’argent et de hasard est constatée depuis plusieurs années, essentiellement en raison du développement de l’offre en ligne », a relevé la rapporteure centriste Élisabeth Doineau. « Cette tendance s’accentue et le marché français des jeux d’argent confirme son dynamisme en 2023, avec un niveau record d’activité et l’enregistrement d’un produit brut des jeux de 13,4 milliards d’euros, en augmentation de 3,5 % par rapport à 2022 », a-t-elle détaillé.

Mais l’élue a également voulu alerter sur « l’augmentation continue du nombre de personnes prises en charge pour un problème d’addiction ». « Il est là aussi le sujet », a-t-elle pointé, alors que les recettes générées par cette fiscalité sont fléchées vers la branche maladie. « Ces jeux d’argent et de hasard peuvent entraîner des situations d’addiction et de surendettement pour un certain nombre de joueurs. Les conséquences sont néfastes pour ces joueurs, leur entourage et la collectivité : phénomène d’addiction, isolement, symptômes dépressifs… », a abondé la sénatrice socialiste des Côtes-d’Armor Annie Le Houérou.

Le mécanisme retenu prévoit notamment de faire passer de 11,2 % à 11,9 % le taux de contribution dû sur une fraction égale à 68 % du produit brut des jeux automatiques dans les casinos, et de 0,2 % à 10 % le montant du prélèvement sur le produit brut des jeux de cercle en ligne.

Deux cas particuliers : les paris sportifs et les courses de chevaux

Durant les débats, un amendement porté par la droite a permis de limiter à 1 % la hausse de la fiscalité sur les paris sportifs réalisés en ligne et dans les points de vente, contre 4,4 % dans une première mouture. L’objectif est de préserver les partenariats sportifs développés par certains opérateurs de jeux d’argent, alors que de nombreuses ligues sportives ont été durablement déstabilisées par la crise sanitaire. Mais cet allégement a fait bondir une partie de la gauche.

« Ces plateformes ciblent des publics très vulnérables, les joueurs deviennent addicts dans les quartiers populaires là où ils ont peu de perspectives d’avenir. Ces plateformes sont efficaces pour les cibler et les entraîner dans l’addiction. C’est aussi un fléau pour les sportifs, c’est à travers ces plateformes que des joueurs et des joueuses se font cyberharceler en masse parce qu’ils ont perdu un match alors que leur cote, sur ces sites, était alléchante », a voulu dénoncer le sénateur écologiste du Rhône Thomas Dossus. « Pour moi, ces plateformes de paris en ligne ne sont pas des soutiens au sport, mais des parasites qui contribuent à rendre cet univers toxique. »

Concernant l’exemption dont bénéficient les paris hippiques, physiques et en ligne – et ce malgré quelques tentatives d’élargissement du dispositif venues des rangs de la gauche -, Élisabeth Doineau a indiqué qu’il s’agissait de préserver une filière fragile. « Nous protégeons les courses hippiques parce que c’est de l’emploi direct et indirect sur notre territoire. Nous sommes sensibles à cette situation globale », a-t-elle souligné.

Partager cet article

Dans la même thématique

Immobilier, La Defense, Paris.
7min

Économie

Paris s’apprête à doubler la taxe sur les logements vacants « pour remettre environ 20 000 appartements sur le marché »

Pour lutter contre la pénurie de logements à Paris, la ville va appliquer à partir de 2027 les plafonds de la nouvelle taxe sur les logements vacants, un dispositif inscrit dans la dernière loi de finances. Emmanuel Grégoire a fait de la résorption du parc inoccupé le principal axe de sa politique en matière de logement. À terme, la majorité municipale espère aussi intervenir sur les résidences secondaires.

Le

Budget de la Sécu : le Sénat alourdit la fiscalité de certains jeux d’argent et de hasard
7min

Économie

« Les hausses de prix ne reflètent pas un enrichissement des industriels », assure au Sénat Mondelez, propriétaire des biscuits LU

Face à la commission d’enquête du Sénat sur la construction des prix dans la distribution et l’industrie, la multinationale spécialiste du goûter a insisté sur la dégradation de ses marges au fil des dernières années. « Nos coûts liés au marché français ont augmenté deux fois plus vite que nos prix de cession négociés avec nos clients », a exposé sa présidente.

Le

Budget de la Sécu : le Sénat alourdit la fiscalité de certains jeux d’argent et de hasard
5min

Économie

« Vous êtes sous serment ! » : accroc durant l’audition de la centrale d’achat internationale de Carrefour et de Coopérative U, au Sénat

L’une des réponses apportées devant la commission d’enquête du Sénat sur les marges dans la grande distribution et ses fournisseurs, le 4 mars dernier, était manifestement contradictoire avec les éléments dont disposait la rapporteure. Eureca, la centrale d’achat européenne, de plusieurs enseignes dont Carrefour et Coopérative U, était interrogée sur ses pratiques en matière de négociations commerciales.

Le