Budget des collectivités : « Il faut sortir de la logique technocratique de Bercy qui ne fait qu’ajouter des prélèvements », estime David Lisnard

A quelques jours du 106e congrès des maires et des présidents d’intercommunalité, le président de l’Association des maires de France (AMF) demande à l’Etat de ne pas faire des collectivités territoriales un bouc émissaire et de leur laisser plus de liberté.
Quentin Gérard

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

La colère monte d’un cran chez les élus locaux. Pour faire 60 milliards d’euros d’économies en 2025, le gouvernement leur demande de participer à hauteur de 5 milliards. Le budget des 450 plus grosses collectivités est notamment visé. Une injustice pour beaucoup d’entre elles. « On a démontré que les collectivités territoriales ne participent pas au déficit parce que c’est la loi en France », peste David Lisnard, président de l’Association des maires de France (AMF). Du coté de leur dette, elle représente un dixième de celle de l’Etat. « Elle a légèrement diminué depuis 30 ans alors que celle de l’Etat a quasiment été multipliée par 3 », souligne le maire de Cannes.

« Il faut vraiment assainir les comptes publics »

« Ce que l’on dit au gouvernement, c’est qu’il faut vraiment assainir les comptes publics. Il faut sortir de la logique technocratique de Bercy qui ne fait qu’ajouter des prélèvements », ajoute le président du microparti Nouvelle énergie. Pour lui, « il faut recréer de la responsabilité et de la liberté. C’est la seule façon d’assainir durablement les comptes publics et d’éviter les surcharges qu’on nous impose avec les normes absurdes ». Le membre des Républicains en veut pour preuve que le Conseil d’évaluation national des normes a estimé les normes supplémentaires à un surcoût de 4,2 milliards d’euros en deux ans.

Pointer la responsabilité des communes et des collectivités dans la situation des finances publiques « est un contresens », pour David Lisnard. « Le total des dépenses des collectivités par rapport aux richesses produites, c’est 11 %. Dans l’Union européenne, la moyenne est à 20 %. Et ce ne sont que des dépenses qui produisent du service ou de l’actif », affirme-t-il. « Il faut de la productivité dans les services publics de l’Etat et non désigner des boucs émissaires. Un coup les entreprises, un coup les ménages plus riches, puis un autre coup les collectivités », poursuit le maire de Cannes.

« L’Etat ne propose pas d’économies »

En 2025, le fonds de compensation pour la TVA (FCTVA), destiné à aider les collectivités à investir sera moins généreux. Ça va représenter 800 millions d’euros d’économies pour l’Etat. L’évolution annuelle de la TVA serait aussi gardée par l’Etat, ce qui fait 1,2 milliard en moins pour les collectivités. « L’Etat ne propose pas d’économies, il faut bien l’avoir à l’esprit », râle le président de l’AMF. « Ce sont des prélèvements supplémentaires pour alimenter un système qui ne se remet pas en cause. Et ça, ça n’est plus acceptable », continue-t-il.

Depuis 2020, plus de 1 300 maires ont démissionné. Ce qui équivaut à un rythme de 450 démissions par an. « J’ai connu une époque où on disait : les maires râlent mais ne démissionnent jamais. Maintenant, ils démissionnent. Il y en a deux fois plus que pendant les mandats précédents », se désole David Lisnard. Pour lui, les raisons sont évidentes : de plus en plus de charge, des taux d’encadrement qui augmentent, moins de capacité à agir… « Être maire reste magnifique, mais il serait tellement plus simple de créer de la liberté locale pour créer de la performance publique et plus de vocations », ajoute le président de Nouvelle énergie. Ça fait partie du message qu’il fera passer durant le 106e congrès des maires et des présidents d’intercommunalité du 18 au 21 novembre. Un évènement que vous pourrez suivre sur Public Sénat à travers de nombreuses émissions en direct de la Porte de Versailles.

Partager cet article

Dans la même thématique

« On ne peut pas rester comme ça dans ce flou artistique » : des sénateurs font monter la pression pour obtenir un budget 2026 rectificatif
6min

Économie

« On ne peut pas rester dans ce flou artistique ! » : des sénateurs font monter la pression pour obtenir un budget 2026 rectificatif

Le gouvernement a détaillé de nouvelles mesures d’accompagnement pour faire face à la flambée des carburants, mais n’a toujours pas révélé ses choix en matière d’économies, pour tenir la trajectoire des comptes publics. Au Sénat, le rapporteur général de la commission des finances exige par courrier à Bercy la communication des arbitrages. La demande pour un projet de loi de finances rectificative monte également.

Le

Le rapporteur général de la commission des finances du Sénat réclame un projet de loi de finances rectificative, « sans délai »
2min

Économie

Le rapporteur général de la commission des finances du Sénat réclame un projet de loi de finances rectificative, « sans délai »

Dans un communiqué, le sénateur LR Jean-François Husson appelle le gouvernement à agir, estimant que le cadre budgétaire voté en début d’année « n’est plus crédible ». Il considère que cela doit passer par un budget rectificatif, seul capable de redonner de la « visibilité à la Nation face aux incertitudes économiques et géopolitiques ».

Le

Budget des collectivités : « Il faut sortir de la logique technocratique de Bercy qui ne fait qu’ajouter des prélèvements », estime David Lisnard
7min

Économie

Banque de France : Emmanuel Moulin assure les sénateurs de son « indépendance » vis-à-vis « du pouvoir exécutif » et « des intérêts privés »

Nommé par Emmanuel Macron pour prendre la tête de la Banque de France, Emmanuel Moulin a assuré les sénateurs qui l’ont auditionné de sa totale « indépendance », s’il est bien confirmé à ce poste. « Homme libre », il juge que le « quoi qu’il en coûte », lors du covid, « aurait pu être désactivé plus tôt » et que les mesures de soutiens face au coût de l’énergie ont été « beaucoup trop élevées ».

Le

France Cannes 2026 Minotaur Red Carpet
9min

Économie

Tribune anti-Bolloré : le cinéma Français peut-il se passer de Canal + ?

La menace du patron de Canal+ d’écarter les signataires d’une tribune contre l’influence de Vincent Bolloré a provoqué une onde de choc à Cannes. Au-delà de la polémique politique, l’affaire met en lumière la place devenue incontournable du groupe dans le cinéma français. Premier financeur privé du secteur, diffuseur historique et désormais présent dans une partie de l’exploitation des salles via UGC, Canal+ s’impose à tous les niveaux de la chaîne de valeur d’une filière fragilisée et fortement dépendante de ses investissements.

Le