Budget des collectivités : « Il faut sortir de la logique technocratique de Bercy qui ne fait qu’ajouter des prélèvements », estime David Lisnard

A quelques jours du 106e congrès des maires et des présidents d’intercommunalité, le président de l’Association des maires de France (AMF) demande à l’Etat de ne pas faire des collectivités territoriales un bouc émissaire et de leur laisser plus de liberté.
Quentin Gérard

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La colère monte d’un cran chez les élus locaux. Pour faire 60 milliards d’euros d’économies en 2025, le gouvernement leur demande de participer à hauteur de 5 milliards. Le budget des 450 plus grosses collectivités est notamment visé. Une injustice pour beaucoup d’entre elles. « On a démontré que les collectivités territoriales ne participent pas au déficit parce que c’est la loi en France », peste David Lisnard, président de l’Association des maires de France (AMF). Du coté de leur dette, elle représente un dixième de celle de l’Etat. « Elle a légèrement diminué depuis 30 ans alors que celle de l’Etat a quasiment été multipliée par 3 », souligne le maire de Cannes.

« Il faut vraiment assainir les comptes publics »

« Ce que l’on dit au gouvernement, c’est qu’il faut vraiment assainir les comptes publics. Il faut sortir de la logique technocratique de Bercy qui ne fait qu’ajouter des prélèvements », ajoute le président du microparti Nouvelle énergie. Pour lui, « il faut recréer de la responsabilité et de la liberté. C’est la seule façon d’assainir durablement les comptes publics et d’éviter les surcharges qu’on nous impose avec les normes absurdes ». Le membre des Républicains en veut pour preuve que le Conseil d’évaluation national des normes a estimé les normes supplémentaires à un surcoût de 4,2 milliards d’euros en deux ans.

Pointer la responsabilité des communes et des collectivités dans la situation des finances publiques « est un contresens », pour David Lisnard. « Le total des dépenses des collectivités par rapport aux richesses produites, c’est 11 %. Dans l’Union européenne, la moyenne est à 20 %. Et ce ne sont que des dépenses qui produisent du service ou de l’actif », affirme-t-il. « Il faut de la productivité dans les services publics de l’Etat et non désigner des boucs émissaires. Un coup les entreprises, un coup les ménages plus riches, puis un autre coup les collectivités », poursuit le maire de Cannes.

« L’Etat ne propose pas d’économies »

En 2025, le fonds de compensation pour la TVA (FCTVA), destiné à aider les collectivités à investir sera moins généreux. Ça va représenter 800 millions d’euros d’économies pour l’Etat. L’évolution annuelle de la TVA serait aussi gardée par l’Etat, ce qui fait 1,2 milliard en moins pour les collectivités. « L’Etat ne propose pas d’économies, il faut bien l’avoir à l’esprit », râle le président de l’AMF. « Ce sont des prélèvements supplémentaires pour alimenter un système qui ne se remet pas en cause. Et ça, ça n’est plus acceptable », continue-t-il.

Depuis 2020, plus de 1 300 maires ont démissionné. Ce qui équivaut à un rythme de 450 démissions par an. « J’ai connu une époque où on disait : les maires râlent mais ne démissionnent jamais. Maintenant, ils démissionnent. Il y en a deux fois plus que pendant les mandats précédents », se désole David Lisnard. Pour lui, les raisons sont évidentes : de plus en plus de charge, des taux d’encadrement qui augmentent, moins de capacité à agir… « Être maire reste magnifique, mais il serait tellement plus simple de créer de la liberté locale pour créer de la performance publique et plus de vocations », ajoute le président de Nouvelle énergie. Ça fait partie du message qu’il fera passer durant le 106e congrès des maires et des présidents d’intercommunalité du 18 au 21 novembre. Un évènement que vous pourrez suivre sur Public Sénat à travers de nombreuses émissions en direct de la Porte de Versailles.

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