Budget : « L’État est drogué à la dépense publique », estime David Lisnard

Invité de la matinale de Public Sénat, le maire (Nouvelles Energies) de Cannes et président de l’Association des maires de France a commenté l’examen en cours des budgets pour l’année 2026 au Parlement. Selon lui, le problème est plus profond : « l’Etat-providence qui a été un formidable modèle de développement d’après-guerre, est cuit ».
Clarisse Guibert

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Alors qu’à l’Assemblée nationale, les députés poursuivent les débats sur le budget 2026, et qu’au Sénat la commission des Affaires sociales vient d’examiner le projet de loi de financement de la sécurité sociale, le maire (Nouvelles Energie) de Cannes, David Lisnard s’inquiète de ce qu’il appelle « l’Etat boulimique » : comme un « drogué », l’Etat cherche « partout » l’argent public : « il se jette sur les entreprises, sur le patrimoine, et maintenant sur l’épargne des Français », estime-t-il.

Et ce pour financier notre modèle social. A son propos, le président de l’Association des maires de France fait preuve de fatalisme : entre démographie, croissance économique et immigration, l’Etat-providence appartient à l’ancien monde, estime-t-il. « On faisait des enfants, on n’en fait plus », et l’immigration qui était alors « maîtrisée » est aujourd’hui une immigration « de peuplement, et souvent très pauvre », affirme-t-il sur notre plateau. Pour David Lisnard, c’est le système entier qui doit remis en question : un projet qu’il portera peut-être lors de la prochaine élection présidentielle.

Congrès des Maires : « La colère, je la garde pour moi »

Pour l’heure, ce mardi s’ouvre le congrès des Maires, à Paris. Sont attendus plusieurs ministres dont le chef du gouvernement, Sébastien Lecornu. Comment seront-ils accueillis ? Pour David Lisnard, l’état d’esprit des maires alterne entre « exaspération » et « détermination ».

Si de son côté, le président de l’Association des maires de France préfère mettre de côté sa propre « colère », les maires de France s’épuisent à alerter le pouvoir central sur l’état de notre démocratie : « Il y a de l’exaspération parce que cela fait des années qu’on alerte sur la montée de l’impuissance publique. On est dans une crise de la démocratie, et l’enjeu est de montrer que la démocratie est plus efficace que les régimes autoritaires », affirme-t-il sur le plateau de Public Sénat.

De l’autre côté, la « détermination ». Selon la dernière étude du Cevipof avec l’AMF, 6 édiles sur 10 envisagent de se représenter lors des élections municipales de 2026. Six ans plus tôt, ils n’étaient que 49% à l’affirmer. Pour David Lisnard, les maires qui ont « résisté » à ce mandat « sont les plus costauds », et resteront volontaires malgré les difficultés rencontrées.

Municipales 2026 : « Quand je vois la « bordélisation » de la vie politique nationale, je n’ai pas envie de retrouver ça au plan local »

Un autre défi attend les prochains candidats aux élections municipales : ne pas confondre vie politique nationale et vie politique locale : « Quand je vois la « bordélisation » de la vie politique nationale, je n’ai pas envie de retrouver ça au plan local », craint le maire de Cannes. Le président de l’AMF fait clairement le distinguo : « S’il y a des situations compliquées, globalement on arrive à produire de l’action publique » au niveau local.

Mais il est encore trop tôt pour faire des « prévisions », estime David Lisnard : la vie politique nationale peut encore évoluer. Reste à attendre le scrutin, qui doit se dérouler au mois de mars prochain.

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