Stade de France – Illustration

Cession du Stade de France : « C’est comme si on vendait la Tour Eiffel ou l’Opéra Garnier ! »

En délicatesse avec la mairie de Paris pour l’achat du Parc des Princes, le fonds qatari QSI (Qatar Sports Inverstments), propriétaire du PSG, a candidaté jeudi pour devenir acquéreur du Stade de France, jusqu’à présent exploité par le consortium Vinci-Bouygues dans le cadre d’un contrat de concession passé avec l’Etat. Au Sénat, la perspective de voir cette « enceinte emblématique du sport français » passer dans le privé ne réjouit pas.
Simon Barbarit

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Le Stade de France va-t-il être vendu ? C’est la question qui va tenir en haleine les passionnés de sport et de finances publiques dans les prochains mois. Depuis sa construction en 1995, l’enceinte sportive, qui a vu Zidane soulever la coupe du Monde, est exploitée par le consortium Vinci-Bouygues via un contrat de concession qui court jusqu’en 2025.

Mais les choses pourraient changer car l’État a lancé une procédure portant sur le renouvellement de la concession mais également sur la cession de ce stade de 80 000 places. La date limite pour candidater était fixée à midi ce jeudi 27 avril. Le fonds qatari QSI (Qatar Sports Inverstments), propriétaire du PSG, a candidaté ce jeudi pour en devenir acquéreur. Cette candidature intervient alors que le club ne parvient pas à se mettre d’accord sur l’achat de son stade historique, le Parc des Princes, propriété de la mairie de Paris. Selon une source interne au club, l’acquisition du Parc « reste le plan 1,2,3 et le Stade de France le plan 4 ». Mais l’offre proposée par le PSG, 38 millions d’euros, ne convient pas à la maire de la capitale, Anne Hidalgo, qu’elle a jugée « ridicule », sur RFI, ce jeudi. « On est dans un pays où l’État de droit fonctionne donc il y a des procédures. Il y a aussi des prix qui doivent être fixés et qui doivent correspondre au bien », a-t-elle argué.

« Ce serait une vision court-termiste »

Le PSG qui désire à tout prix posséder son stade, notamment pour agrandir sa capacité, et ainsi garantir son modèle économique- le Parc de Princes ne comporte que 47 000 places-lorgne donc du côté de l’enceinte de la Seine-Saint Denis. Le Sénat, par la voix du président centriste de la commission de la culture, Laurent Lafon s’en était inquiété lors des questions d’actualité au gouvernement, le mois dernier. « L’État français serait-il prêt à céder à une structure appartenant à un État étranger le Stade de France, alors qu’il est un emblème du sport français depuis la Coupe du monde de football de 1998 et qu’il le sera plus encore après les jeux Olympiques qui se tiendront dans quelques mois ? », avait-il interpellé la ministre des Sports.

Amélie Oudéa-Castéra s’était alors voulue rassurante affirmant qu’un « candidat étranger ou un groupement d’opérateurs incluant un investisseur étranger devrait, comme les autres, satisfaire aux conditions protectrices qui, dans le cadre d’une cession, seront fixées par le Parlement dans la loi. Il n’y a donc pas de raison d’écarter un investisseur a priori et par principe », selon elle.

Interrogé par publicsenat.fr, ce jeudi, Laurent Lafon n’est pas vraiment rassuré. « Il y a des doutes sur l’intérêt d’une cession. Il va falloir que le gouvernement trouve des arguments pour nous convaincre. L’exploitation du Stade de France a montré qu’elle pouvait être rentable. Il serait paradoxal dans ces conditions de vendre un actif emblématique du sport français. Ce serait une vision court-termiste qui viserait pour l’État à obtenir rapidement une manne financière. Ça rappelle un peu les conditions dans lesquelles ont été cédées les autoroutes. Et puis, il va falloir s’intéresser à la fiabilité de l’offre du PSG qui peut servir pour le club de moyen de pression sur la mairie de Paris pour renégocier la vente du Parc des Princes ».

« C’est comme si on vendait la Tour Eiffel ou l’Opéra Garnier »

Fabien Gay, sénateur communiste de Seine-Saint-Denis, farouche opposant à une cession, insiste « sur la relation quasi charnelle » qui lie les Français avec ce stade. « Cette cession n’est pas envisageable même sous conditions. C’est comme si on vendait la Tour Eiffel ou l’Opéra Garnier. Le Qatar ne peut pas acheter l’histoire, les souvenirs. Il faut nous rassembler au-delà des clivages pour nous y opposer ». Fabien Gay craint en outre une augmentation des prix des places si le stade devait passer sous pavillon qatari. « En Seine-Saint-Denis, le sport doit rester accessible à tout le monde ».

Le Stade de France est estimé aux alentours de 600 millions d’euros. Mais la construction du Stade ne date pas d’hier et son exploitation nécessite des travaux que Vinci a estimé en 2017 à 450 millions d’euros. Et comme le relevait la Cour des comptes dans un rapport de 2018, l’enceinte et les infrastructures associées ont représenté au total quelque 778 millions de dépenses publiques.

L’absence de club résident : un coût pour les finances publiques

Le sénateur socialiste, Éric Jeansannetas, auteur d’un rapport d’information en 2019, intitulé « Jouons collectif pour l’avenir du Stade de France » rappelle l’urgence qui a conduit à la construction du stade en 1995. « La priorité numéro 1 à l’époque, c’était de sortir un stade en trois ans pour accueillir la Coupe du Monde. Il n’y avait que le fleuron des entreprises du bâtiment qui étaient en capacité de le faire. Mais le modèle économique s’est heurté dès le lendemain de la Coupe du monde à l’absence de club résident dans ce stade. Le consortium a donc fait jouer les garanties prévues dans le contrat », explique-t-il.

Le rapport sénatorial souligne que « L’État a été redevable, chaque année jusqu’en 2013, d’une indemnité pour absence de club résident, pour un montant cumulé de près de 207 millions d’euros (…) Cette indemnité a contribué aux résultats positifs enregistrés par le consortium au cours de « l’âge d’or » de la concession entre 1998 et 2010, représentant 15 % du chiffre d’affaires ». Depuis 2013, date où la garantie du club résident a été suspendue, le consortium indique malgré tout avoir un résultat « à l’équilibre ou légèrement bénéficiaire »

Le modèle d’exploitation actuel du stade repose sur son utilisation par les fédérations françaises de football et de rugby, et l’organisation d’évènements, comme des concerts. Or ces dernières années, ce modèle a été fragilisé. Les deux fédérations se sont estimées lésées par les termes des conventions qui leur avaient été imposées en 1995 par l’État et ont menacé de ne pas les reconduire. Ce qui aurait entraîné un coût supplémentaire pour l’État, estimé à 30 millions d’euros par an environ.

Raison pour laquelle, dans son rapport, Éric Jeansannetas préconisait « en priorité » une cession du Stade mais aux fédérations sportives. « Oui, il faudrait que le Stade de France soit le stade de nos équipes nationales. C’est par exemple le cas à Dublin, ou le Stade Aviva est détenu à la fois par la fédération irlandaise de rugby et de football. Mais malheureusement les deux fédérations françaises sont fragilisées par des tensions internes », relève le sénateur.

Michel Savin, sénateur LR, président du groupe d’études des pratiques sportives, espère lui aussi que les fédérations de rugby se positionnent sur le sujet. « Nous avons auditionné les dirigeants des deux fédérations il y a quelques jours et ils nous ont indiqué qu’une rencontre avec la ministre était prévue sur ce sujet. Nous avons besoin d’un stade en capacité d’accueillir des grands évènements sportifs et l’État n’a pas forcement l’intention de garder cet équipement. Donc, je regretterais fortement qu’il n’y ait pas de proposition commune des fédérations ».

À défaut d’une cession aux fédérations, le rapport d’Éric Jeansannetas préconisait une nouvelle concession mais « dans des conditions où le concessionnaire assumerait réellement l’exploitation à ses risques et périls ».

 

 

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