Colère des agriculteurs : il reste encore « énormément de travail », selon la présidente de la Coordination rurale,

Figure de la mobilisation des agriculteurs, Véronique Le Floc’h estime que les annonces de Gabriel Attal « correspondent en partie » aux attentes de la profession. Sur le plateau d’Extra Local, la présidente de la Coordination rurale indique tout de même que beaucoup reste à faire pour garantir le revenu des exploitants.
Rose-Amélie Bécel

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Suite à de nouvelles annonces de Gabriel Attal en conférence de presse le 1er février, la FNSEA et les Jeunes agriculteurs ont appelé à une suspension des blocages. La Coordination rurale, deuxième syndicat d’agriculteurs du pays et à la tête du cortège parti d’Agen en direction du marché de Rungis, s’est également dit satisfaite du discours du Premier ministre.

« Nous avons dit aux agriculteurs qui étaient sur le terrain, depuis dix jours pour certains, d’aller se reposer parce qu’on ne doit pas attendre qu’il y ait des débordements ou des accidents en lien avec la fatigue », explique la présidente du syndicat sur le plateau d’Extra Local. Pour autant, la mobilisation se poursuit pour s’assurer de la concrétisation des mesures annoncées : « Chaque département doit se retourner vers sa préfecture pour discuter de tous les décrets, de toutes les mesures de simplification, il y a énormément de travail. »

« Si chacune des enveloppes étaient insuffisantes, on nous a donné la garantie qu’elles seraient abondées »

Pour tenter de calmer la crise, Gabriel Attal a annoncé une série de mesures d’aides financières d’urgence pour certaines filières en difficulté. Une enveloppe de 50 millions d’euros pour les éleveurs bovins touchés par une épidémie de maladie hémorragique épizootique, 80 millions d’euros pour les viticulteurs, 20 millions pour les éleveurs bretons touchés par les tempêtes de l’hiver…

« Si chacune des enveloppes annoncées étaient insuffisantes, on nous a donné la garantie qu’elles seraient abondées », indique Véronique Le Floc’h. Productrice de lait en agriculture biologique dans le Finistère, l’éleveuse alerte déjà sur le faible montant de certaines aides d’urgence : « Pour le bio, ils ont annoncé 50 millions d’euros, sachant que la Fédération nationale d’agriculture biologique a annoncé, selon ses calculs, qu’il manquait 250 millions d’euros. »

« À la Coordination rurale, nous avons toujours dit qu’Egalim ne fonctionnait pas »

Au-delà des mesures de court terme, la présidente de la Coordination rurale reste vigilante sur les mesures qui seront mises en place pour garantir aux agriculteurs un meilleur revenu. Un problème persiste donc sur les questions de partage de valeur avec l’industrie agroalimentaire et la grande distribution. « Si vous prenez un litre de lait, qu’on payait il y a trois ans 70 centimes et qui est aujourd’hui à un euro voire plus, sur ces 30 centimes d’augmentation, l’agriculteur ne touche que 7 centimes supplémentaires. Cela veut bien dire que les deux autres maillons en ont touché plus que nous », constate Véronique Le Floc’h.

Pour garantir un meilleur partage de la valeur avec les agriculteurs, le gouvernement a annoncé vouloir renforcer les lois Egalim et davantage contrôler leur respect par la grande distribution. Une solution qui ne satisfait pas totalement Véronique Le Floc’h : « À la Coordination rurale, nous avons toujours dit qu’Egalim ne fonctionnait pas. On oublie que les produits qui sortent de nos exploitations vont pour un tiers seulement à la grande distribution, un tiers vont à l’export et le reste pour les autres débouchées comme la restauration collective. On ne peut pas s’attendre à ce qu’Egalim, même avec tous les contrôles, finisse par fonctionner. »

La présidente de la Coordination rurale dénonce également une forme de financiarisation de l’agriculture, qui causerait une perte de revenus pour les exploitants : « Au niveau des coopératives agricoles, qui sont aujourd’hui structurées comme des sociétés privées, les filiales versent leurs dividendes à des holdings et cela ne redescend pas aux agriculteurs ».

Autant de constats qui tendent à décourager les jeunes de s’installer en agriculture, alors que dans cette décennie la moitié des exploitants prendront leur retraite. Raison de plus pour poursuivre le combat, affirme Véronique Le Floc’h, « pour obtenir le modèle qui permettra aux jeunes de s’installer, à ceux qui approchent de la retraite de partir. »

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

« Menaces », « relations commerciales brutales » : la commission d’enquête du Sénat sur les marges étrille la grande distribution dans son rapport
5min

Économie

« Fébrilité », « perte de sang-froid » : face à l’offensive de la grande distribution sur ses marges, le Sénat persiste et signe

Le torchon brûle entre le Sénat et la grande distribution, qui a lancé ce lundi une campagne de « transparence » sur ses prix. Des chiffres d’une « mauvaise foi absolue », dénoncent Antoinette Guhl et Anne-Catherine Loisier les sénatrices écologiste et centriste qui avaient mené la commission d’enquête sur les marges de la grande distribution. Elles présenteront une proposition de loi à la rentrée.

Le

Colère des agriculteurs : il reste encore « énormément de travail », selon la présidente de la Coordination rurale,
3min

Économie

Retraites : le président du Cercle des économistes appelle à des « transferts massifs » des revenus des retraités vers les jeunes

Invité de notre matinale, Jean-Hervé Lorenzi a appelé à mettre à plat la fiscalité française en organisant des transferts de revenus des retraités vers les jeunes. L’organisateur des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence s’est aussi dit favorable à la participation du RN à l’événement - une opinion minoritaire au sein du Cercle des économistes.

Le

Colère des agriculteurs : il reste encore « énormément de travail », selon la présidente de la Coordination rurale,
4min

Économie

Accord Etats-Unis / Iran : « Ça va se répercuter à la pompe très vite », promet le ministre Serge Papin, après la nouvelle décrue sur le marché du pétrole

Invité de Public Sénat, le ministre chargé des PME estime que l’on est « en train de tourner la page » d’un « épisode de crise », après la signature mercredi soir du protocole d’accord entre les Etats-Unis et l’Iran. Il se dit optimiste pour la croissance française. « On sent que la reprise est en route », affirme-t-il.

Le